Oui, potentiellement, cela pourrait être un carnage, mais bon, ce n'est pas encore l'heure, et à moins de travailler dans une exploitation de poulets ou à l'OMS, je ne vois pas qui peut vraiment se sentir concerné. Ce ne sont pas les commentaires sur le dernier billet qui vont me faire changer d'avis : cette psychose est vraiment de trop, surtout aujourd'hui, alors que seules quelques bestioles sont mortes. Mais nous n'avons pas tellement moyen non plus d'échapper au tir de barrage médiatique anxiogène dont l'unique fonction semble de dénombrer les oiseaux morts comme l'automne dernier on comptait les caisses qui brûlaient, et de faire durer la panique aussi longtemps qu'elle sera rentable en terme d'audience.

Puisque tout le monde en parle : le plus comique, c'est d'entendre les gens qui passent leur temps à cloper et à conduire bourrés, en attendant que le portable vissé à l'oreille ne leur grille le cerveau (et je sais de quoi je parle), dire qu'ils ne mangent plus de poulet. C'est, toute proportion gardée, comme les voyageurs qui flippent en avion mais sont tout contents, une fois arrivés, de monter dans un taxi du tiers monde, une bagnole pourrie conduite dans une circulation d'enfer par quelqu'un de suffisamment croyant pour ne plus craindre la mort.

Hélas, les choses avancent toujours par deux, au rythme débile de la fausse contradiction, et le pendant énervant de cette irrationalité est le discours lénifiant des experts qui veulent, eux, nous rassurer. L'épidémie de la mauvaise communication est peut-être plus nocive encore que le virus, et je ne peux pas m'empêcher d'entendre dans les injonctions au calme le calque de ce discours pédagogique façon 29 mai 2005 qui, à force de se mettre à niveau du "peuple" pour lui faire entendre raison, donne toujours l'impression qu'on nous parle comme à des singes.


Sur l'autre sujet médiatique du jour, allez lire l'excellent billet de Hugues, qui hormis un titre peut-être mal trouvé, résume bien cette situation de paranoïa où tout le monde cherche à doser scientifiquement le degré d'antisémitisme du crime : est-ce que c'est juste de la bêtise de croire que juif = thune, est ce que c'est de l'antisémitisme, "par amalgame", "primaire", ou "secondaire" ? Voilà des vraies questions.