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Collège : la réforme à l'envers 2

Je dois dire que j'adore l'idée de l'enseignement du latin ; je serais vraiment heureux si mes filles pouvaient faire du latin, et encore plus heureux si elles aimaient ça. Alors spontanément, je m'offusque qu'on veuille toucher à cette chère langue morte. Que je n'ai absolument rien tiré du latin, hélas, que je n'en ai presque que des mauvais souvenirs (comme de l'allemand d'ailleurs), tout cela s'efface au nom de l'idéal abstrait du latin, et d'une vision irréelle au possible du cursus parfait que les élèves devraient suivre pour être des citoyens accomplis et cultivés.

Or les enfants, dans leur majorité, n'aiment guère le latin et n'en retiennent rien. On peut les forcer à y goûter, mais pas à aimer. Dans les années 30, où la place des langues anciennes à l'école était autrement plus solide qu'aujourd'hui, Valéry jugeait leur enseignement pour tous inutile, disant qu'il n'y croirait que le jour où il verrait ne serait-ce qu'un voyageur sur mille dans un train sortir un "charmant Virgile" de sa poche et s'y absorber. D'ailleurs combien de députés qui protestent, à part quelques normaliens égarés, seraient capable de citer quelques vers, combien fréquentent parfois le latin ?

Au delà du latin la notion même de programme devient comique. Prenons l'histoire ; chaque groupe veut son morceau de programme, on se méfie des obsédés de la colonisation mais la même logique est à l'oeuvre partout, eux sont juste les derniers entrants dans la foire. Tous partagent cette vision productiviste de pousse bouton, comme s'il suffisait d'enseigner disons la chrétienté médiévale (ce qui par parenthèse est la meilleure promotion de l'athéisme) pour que les enfants aient ces belles notions en tête. Tu parles.

A la fin, c'est comme le latin : que retient-on ? Quel est programme d'histoire ? Qui peut faire une chronologie correcte de l'histoire de France, politique et économique ? La réalité est qu'on ne sait rien, et que le rôle de l'école, passé les fondamentaux qu'elle n'est d'ailleurs pas capable de transmettre, devrait plutôt être de donner quelques repère, puis d'apprendre à penser par soi-même, et de développer un goût pour la connaissance. A la place on prend un ticket pour déposer dans l'esprits des enfants de vagues notions morales de bien ou mal, la chrétienté c'était super, la colonisation très méchant. Cela produit peut-être quelques valeurs communes, mais à quel prix ? Jusqu'au prochain opportuniste qui gagnera gros en les retournant ?

Comme si l'on se sentait la charge d'une trop grande culture qu'on a nous-même oublié depuis longtemps, et qu'on espérait se débarrasser de ce fardeau culpabilisant en l'inscrivant dans les programmes - nous laissant ensuite, ceci fait, libres de continuer à ne plus lire ni écrire ni penser, préférant faire la queue pour voir des blockbusters ou des expos Jeff Koons.

Car l'école se débat dans une société sans écrit ou presque - ce dont nos chers députés latino-médiévistes témoignent justement quand on entend la langue mutilée dans laquelle ils s'expriment. Sans même parler des Lumières ou du latin, comment apprendre l'orthographe ou la syntaxe à des enfants vautrés devant des séries télé, qui ne touchent les livres qu'avec dégoût ? Cela incombe aux professeurs ; les meilleurs pédagogues sauront donner le gout de l'écrit et de la connaissance, quels que soient la matière ou le programme enseignés - mais ça la bureaucratie ou notre sympathique ministre n'y peuvent rien, quand ils ne font pas en sorte d'étouffer les initiatives. .

De ce point de vue, la réduction du latin ou des programmes infaisables d'histoire ne changera pas grand chose, tout comme, on s'en doute, les quelques innovations pédagogiques proposées. Ce qui fait le cœur de cette réforme, finalement, c'est la volonté de supprimer ce qui restait de classes de niveau au nom d'un pseudo universalisme de l'excellence. Après tout, c'est une choix "de gauche" et qui peut se défendre. D'autant plus que le privé est en fait une sorte de détachement de service public, financé massivement par l'Etat, concurrentiel et plus souple, déjà prêt à récupérer les enfants de la classe moyenne qui risqueraient d'aller dans de trop mauvais collèges. On va donc faire reculer encore un peu plus la mixité sociale - et tant pis pour les (rares) enfants des classes populaires qui auraient pu aussi en profiter.

Si on arrive, et tant mieux, à prendre conscience du soutien nécessaire aux plus faibles (lui aussi massivement externalisé et financé par les réductions d'impôts), il serait bon d'arriver à parler sereinement de sélection et d'excellence. Aujourd'hui on cumule glorieusement une école qui casse l'expression et la confiance des élevés tout en écartant massivement les enfants des classes populaires au lieu de leur donner une chance. Il est curieux que - par exemple - le mouvement des charter schools américaines, qui semble produire des résultats au prix d'une exigence et d'une compétition entre enfants assumée, passe entièrement inaperçu ici. Au pragmatisme - qui a aussi ses limites - on préfère substituer un débat théorique et "républicain", défendant l'idée irréelle du collège unique tandis que les inégalités augmentent.

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Dernière MAJ: 07 juin 2015

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