radical chic

Crier au loup

Le FN monte. Ou pas exactement, ou pas partout, plus fort dans les campagnes, dans le périurbain ou dans les villes, chez les pauvres ou la classe moyenne, on ne sait plus trop. Mais bon ça pousse. Dans ces élections de seconde zone, incompréhensibles et sans enjeux sérieux - sauf ce rappel lancinant qu'il faudrait supprimer les départements une fois pour toute - on se préoccupe peu de la victoire mécanique de l'UMP. Il n'y a qu'une seule chose qui compte, ce parti plus ou moins fasciste complètement installé au cœur de la politique.

Dénoncer ou promouvoir ?

Question ouverte : à chaque ligne rouge tracée, à chaque mention coupable du FN pour se redonner une couleur de gauche ou une virginité républicaine, est ce qu'on défend encore un sanctuaire entre gens bien élevés, ou est ce qu'on fait la promotion du brun bleu ? Car qui ignore au fond sa vraie nature ? Quand Valls dit que le FN n'est pas la république, il n'apprend rien à personne. Bien sur que les électeurs savent à quoi s'en tenir, et que le FN n'est pas un vote "autorisé". Au contraire il est tabou, hors du jeu ; c'est justement ce qui fait son intérêt !

Le FN est partout : épouvantail pour les "valeurs", outil pour exhorter à la participation, repoussoir général. Tous ceux qui crient au loup, éditorialistes, politiques, "intellectuels", alimentent la bête en s'étonnant qu'on n'écoute pas leurs mises en garde - bien content au fond que les électeurs remettent une pièce dans la machine à spectacle.

Ainsi avant l'idéologie, avant la peur, avant le racisme, avant la haine du plus faible que soi, les citoyens exaspérés (ou bêtes, ou las, ou méchants) qui votent FN ne font qu'obéir à l'injonction qui leur est faite. Il n'y a plus qu'un seul stimulus qui provoque une réaction, qui donne l'impression d'exister et d'être entendu. Les culpabiliser ou les sermonner les enfonce encore un peu plus dans cette même mécanique. Parler contre le FN, c'est faire voter FN.

Le bouffon est nu

Paradoxalement le FN ne sert à rien et ses électeurs le savent. Il ne propose rien, et ne pourra rien faire, et ils le savent. Il n'est bon qu'à valider leurs peurs légitimes ou illégitimes. La focalisation sur la petite délinquance et la peur du déclassement. Le FN est demande d'écoute. Oh, il porte sans doute en lui ces rêves inavoués de purge ou d'action violente, contre les étrangers et les "assistés", dernière perspective révolutionnaire, en triomphe du ressentiment. Mais peu y croient.

Le FN n'est qu'une chimère, un tabou, le marqueur d'une société toujours plus à droite. On joue à se faire peur, on a envie de voir, qu'est ce qu'on risque dans un département inutile ou dans une ville médiocre ? Mais une fois sobre tout électeur FN sait bien que ça sera pire. Alors pourquoi continuer ?

L'axe FN-UMP

Autre paradoxe : d'un coté voila le FN engagé dans son travail de respectabilité, d'implantation locale, qui nettoie toujours plus, réprimande, ripoline, vire ses candidats "dérapant" trouvés dans les foires à un euro - qui ne le comprendrait pas, passés si vite de l'ombre à la faible lumière led des réseaux sociaux ? C'est au fond le seul parti qui obéit à l'injonction médiatique de "républicanisme", travail hypocrite, jeu de petit malin qui ne trompe que ceux qui veulent être trompés, et qui ravit les vrais fachos, heureux d'une si grossière manipulation.

Mais tandis que le FN se veut respectable, tout autour la parole réactionnaire, raciste, complotiste, est totalement libérée. Le FN comme parti n'est rien, mais ses idées sont partout en ligne, massives et systématiques, pas le moindre fait divers où le commentateur traque le prénom musulman du suspect ou s'étonne de ne pas le trouver. La "pensée" FN triomphe via des nouveaux idéologues - ce brave Zemmour qui ressort les horreurs de "la France juive", n'est ce pas ironique - et s'ancre, toujours plus grosse, à la droite de l'UMP.

Alors aujourd'hui l'UMP est bien plus inquiétante que le FN, comme parti. Après tout ce dernier est loin du pouvoir (on vient encore de le voir), et cesserait d'être un recours à la frustration au moment même où il serait éligible. Mais voir un jeune bourge éduqué comme Wauquiez s'en prendre aux repas sans porc - si ce n'est pas la définition de "la trahison des clercs", je ne sais pas ce que c'est. Ce qu'on n'accepte pas de la part du FN, ou qu'on s'attend à trouver de la part de beaufs revendiqués comme Ciotti ou Luca, on l'entend dans presque toute l'ex-droite républicaine.

Ainsi non seulement le pays n'est plus à gauche (c'était le cas depuis longtemps, malgré 2012), mais son centre est désormais incarné par Alain Juppé - l'homme droit dans ses bottes de 1997, devenu 20 ans après un espoir pour une bonne partie de la gauche. Ironie.

Comment sortir de là ?

On n'en sortira pas. La droite est là, dans la tête de tout le monde. Mais faut arrêter de "dénoncer le FN" et se définir en négatif, comme une forteresse assiégée. Donc, puisqu'on me demande (ahah) :

  • arrêter de parler du FN. Voila, j'arrête.
  • arrêter avec les valeurs dans le vide, passer au pragmatisme. Combattre la droite autrement qu'en appelant à la République, ce qui ne veut plus rien dire pour personne, ou à "l'esprit du 11 janvier" qui est défensif, pas positif. Montrer que la redistribution profite plus que l'égoïsme, que les assistés sont finalement bien rares, et que les banlieues coûtent moins cher en transferts de richesse que les campagnes isolées. Soyons factuels.
  • assumer le multiculturalisme, non pas comme une "chance" qui sent encore son slogan et appelle tout droitier au backlash (et nos identitaires savent retourner les slogans), mais comme une réalité. Il n'y aura pas de retour en arrière et au fond tout le monde le sait. Les fachos ne sont pas des réalistes qui s'opposent à la gauche naïve, ce sont des illuminés qui refusent de voir le réel, entre catastrophismes (tous noirs et arabes, partout !) et appel à une souchitude qui n'a jamais existé.
  • partant de là, définir une culture française non identitaire. C'est la langue qui nous unit, et un certain attachement à ce pays de merde, malgré tout. Et le choix d'aller vers l'autre, le voisin déjà, plutôt que de se murer dans le bunker de sa propriété privée. Le reste n'est pas affaire publique, et ne doit pas l'être.
  • enfin, penser à long terme. Les fachos le font, qui projettent une France islamisée. Quel est notre modèle ? Que veut-on, à part lutter (en parole) contre le chômage et le réchauffement climatique ?

Ça vaut ce que ça vaut, mais merde, faut construire là. Evidemment ça serait bien de trouver de la croissance et de l'emploi. Mais ça c'est hors de portée de tout le monde, gauche ou droite, et on le sait tous. En attendant...

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Dernière MAJ: 31 mars 2015

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