A propos
radical chic

En finir avec la gauche morale !

C'est bien beau de dénoncer la droite, mais encore faut-il le faire efficacement, en se mettant un peu à la place des cibles du discours UMP. Cela permettrait peut-être d'éviter deux arguments, toujours les mêmes, terriblement contre-productifs : 1/ "C'est dégueulasse de stigmatiser (les pauvres / les étrangers / les fonctionnaires / etc) 2/ "C'est comme l'extrême droite / ça fait monter le FN" Ce discours est éculé et pathétique, et surtout il est depuis très longtemps intégré dans la stratégie rhétorique d'en face. Il ne dénonce rien, il sert la droite.

Ainsi à chaque provocation droitière répond cette petite levée de bouclier, exactement attendue, et qui permet l'usuel tour de passe-passe : faire croire qu'une proposition inutile, parfaitement dans l'air du temps égoïste et paranoïaque, est l'expression courageuse d'un tabou à faire sauter ! La preuve : toute la "bien-pensance" se ligue contre elle.

Il faut peut-être revenir à la genèse de ces arguments moralisateurs, qui sont globalement (ok je simplifie) issus d'un contexte idéologique favorable : quand la gauche est passée d'une structuration marxiste à une avant-garde anti-raciste et anti-fasciste - au moment où il y avait un racisme institutionnel et individuel à combattre, et où ce combat était - pardonnez moi le raccourci - "cool". Etre antiraciste, c'était être moderne. De même pour la défense des pauvres, qui se justifiant dans un contexte où la pauvreté etait encore perçue comme un produit du système économique.

Aujourd'hui le contexte est bien différent, le racisme individuel progresse et l'idée que les pauvres sont responsables de leur merde (et pas question de payer pour eux !) est de plus en plus forte. Quant au FN, ce n'est plus un épouvantail, mais la nouvelle avant-garde unissant prolétaires désaffiliés et petite-bourgeoisie flippée par le déclassement. L'idéologie du moment est totalement dominée par des idées de droite.

Mieux, cette idéologie parvient à se dissimuler, au prétexte des euphémismes des médias, et à se faire passer pour un discours minoritaire, courageux. Une idéologie de combat, en lutte pour son acceptation - qui n'a jamais été aussi totale. Il suffit de voir comment le moindre fait divers est lu par des malades de l'ethnicité : s'il n'y a pas le nom du délinquant, on crie à la censure bien pensante ; si le nom est étranger, on le souligne lourdement, et si jamais c'est un bien d'chez nous, on rappelle que c'est une exception. CQFD, facile d'avoir toujours raison.

Si la gauche veut gagner, il faut qu'elle comprenne qu'elle doit reconstruire sa légitimité à la base. En commençant par changer d'argumentation. C'est pour cela que je trouve (j'en parlais l'autre jour avec Vogelsong) la couv de libé de mardi contre-productive. Dire "Guéant = Le Pen", c'est rendre service à Guéant.

Que faire ? Abandonner pour l'instant le terrain de la morale, pour celui du fait. Sur la sécurité typiquement, il faut dénoncer l'inefficacité de la répression, pas dire "c'est dégueulasse" ; la prévention, ce n'est pas de l'angélisme, c'est ce qui fonctionne. Sur l'immigration, deux arguments : le pays ne tournerait pas sans étrangers pour bosser, et le fait que 99% des immigrés et enfants d'étranger ne posent aucun problème. La fiscalité, c'est dire que la droite a fait le choix d'un transfert de la charge fiscale vers les classes moyennes. Bref, arrêter de croire qu'on mobilise sur la morale !

(Et l'autre réponse, c'est l'outrance symétrique : à la caricature, répondre par la caricature. On y reviendra). (Oui ce blog devait fermer, mais là ça m'énerve tellement ce gaspillage que bon voila).

2 milliards de cadeaux fiscaux : quand y'a d'la gêne y'a pas d'plaisir

Allez, reconnaissons-le, il y avait urgence à soulager les contribuables les plus aisés de 2 milliards d'ISF. Les pauvres, écrasés sous une telle pression fiscale, obligés de choisir entre le gros turbodiesel et l'intérieur en cuir ! Et ces 50 paysans victimes de la spéculation foncière, qu'on ressort à chaque débat, c'est pas un vrai scandale ? Et l'odieux bouclier fiscal, qu'on va supprimer suivant un principe simple, étendre son bénéfice à tous les redevables ou presque. Voila qui est juste !

Cela étant, pourquoi ne pas contenter ses électeurs ? Personne ne proteste ! Tout le monde s'en branle, de la fiscalité. Le PS râle mais a du mal à embrayer, et les médias n'aiment plus que les faits divers. Du coup on peut dire et faire n'importe quoi ; expliquer en même temps que l'impôt décourage la croissance et qu'il taxe injustement l'immobilier ; faire des comparaisons internationales en isolant l'ISF, sans parler de succession ou de niches fiscales. On est entre experts, on fait ce qu'on veut, le peuple regarde ailleurs.

J'attends maintenant que nos amis députés de droite - dont on ne saura pas combien d'entre eux ont bénéficié directement de la mesure - enchaînent avec leurs protestations de bonne gestion et de rigueur fiscale. En commençant par les couilles molles centristes qui ravalent poliment leurs amendements avant de voter comme on leur demande. Et la dette ? Quelle dette ?! C'est pas la Grèce ici ! D'ailleurs on va faire quelques économies sur le dos des assistés, notre cancer.

Le plus fort, c'est qu'on trouvera toujours des prolos et des bonnes gens de la classe moyenne pour revoter Sarkozy, et de sortir encore leurs mouchoirs en entendant le grand discours du sacrifice qu'ils ne manqueront pas d'entendre dès juin 2012 ! La dette creusée à coup de cadeaux fiscaux pour la classe rentière, qui va la rembourser, hein, sinon les connards de travailleurs ? Qui va se prendre une hausse de la TVA ? Qui va voir les classes de ses mômes fermer faute de profs ? Ils l'auront voulu - maigre consolation.

En finir avec l'homme providentiel

Dans un monde pré-Sofitel j'aurais, comme beaucoup de crypto-militants socialistes, un œil sur les sondages et un autre sur la stature du gars, donné mon pouvoir au boss du FMI, pressé de dégager Sarkozy et confiant dans la politique de centre-gauche qui en aurait découlé. Mais comme Royal en 2007, ce que je n'ai toujours pas digéré, il aurait fallu se ranger directement derrière une personnalité, avec ses frasques, ses défauts, ses envies d'indépendance, ses mauvais calculs pour faire le malin à la télé. Et tout ça pour quoi ?

Pour cette saloperie d'élection présidentielle, héritage empoisonné de toutes les gloires de l'histoire de France, passé à la moulinette de la bêtise télévisuelle, relents monarchistes, bonapartisme chauvin et courbettes devant l'homme providentiel. Et le doux plaisir de se voir courtisé, chaque fois plus grossièrement (encore un coup de république irréprochable ? mmhh ?), ne peut cacher longtemps que ce vote est acte de minorité, de sujétion, et comme toutes les dépendances, trop souvent renouvelé. Reste donc l'homme providentiel de droite, le même qu'avant, au plus bas des sondages et pourtant voyant s'ouvrir un boulevard devant lui, du fait de cette élection de merde, de ce plébiscite sur les grandes gueules, et pour les tronches qu'on connait ; après avoir chié sur Johnny, on en fait un dieu vivant, alors Sarkozy...

Ah oui me direz-vous, on connait l'analogie entre la monarchie et la Ve République, et puis la démagogie hein, c'est bon zyva avance. Oh oui on la connait ; on s'en repait même, on la cite à longueur de journée, mais quand on est face à l'urne, on cherche le Bonaparte du moment ; on dénonce, mais au moment d'agir, on se range derrière le mieux noté, et on bouffe aussi sa merde.

Mais cela va peut-être changer. Car désormais, il n'y a plus personne à gauche ; Hollande ou Aubry, voila tout : "normal", joli euphémisme pour le manque complet de charisme du père Hollabnde, et qui ne le démarquera guère de sa concurrente. Et pourtant, on se souvient que le meilleur gouvernement de ces vingt dernières années était celui de Jospin, dont la séduction protestante était pour le moins discrète. Jospin le relou frisé, sérieux et chiant, assez largement battu en 95, revient deux ans plus tard par la grâce d'une élection démocratique, c'est à dire un choix de programme et non pas de gueule de l'emploi ; Jospin qui perd assez logiquement après avoir bêtement souhaité "inverser le calendrier" et mettre la mère de toutes les élections, la présidentielle, à sa juste place. CQFD.

Les chances de victoires s'étiolent, et paradoxalement une campagne réussie à gauche ferait bien plus que de changer (tranquillement) la donne politique ; elle contribuerait à nous faire entrer dans l'age de la majorité politique, le moment où l'on vote pour un programme et pas pour une gueule, des promesses vaines ou des rêves d'amour vaches (n'est ce pas Le Pen fille ?). Le moment où nous désignons des représentants, des techniciens du pouvoir, et pas des semi roitelets braillards. Cela peut sembler délirant au moment où l'hyper personnalisation de la com permet de fabriquer une nouvelle Le Pen, et pourtant je pense qu'on n'est pas loin du mouvement de reflux, et du retour à des principes sains. Rêvons un peu.

Nucléaire : vos gueules

Mais quelle horreur, ces écologistes qui profitent honteusement de la catastrophe japonaise pour nous emmerder avec leurs lubies à la con ! Aucun respect pour les milliers de morts au Japon, en ces temps de tragédie (pas comme nous qui en débordons tiens, de respect) ! Quelle désinformation, alors qu'on sait bien que la France n'est pas sensible aux tremblements de terre (ben tiens) ! Alors qu'on a une énergie toute propre qui crache même pas de CO2 et à peine quelques tonnes de déchets prêts à enfouir ? Mais putain qu'est ce qu'ils veulent, QU'ON S'ECLAIRE A LA BOUGIE ?!

Je ne caricature même pas, c'est exactement le niveau du débat qu'on voit sur le web. Touchez pas au nucléaire ! Ce n'est même pas l'expression de la filière qui défend logiquement son bout de gras et sa sureté à l'épreuve des siècles, ni même des politiques qui - PS ou UMP - en ont depuis longtemps fait un élément du consensus. Non, ce sont les aboiement de milliers de commentateurs qui partout répandent leurs oukases pro-nucléaire, traitent les écolos de débiles rétrogrades et veulent à tout prix fermer le ban.

Tout est bon pour faire taire les récalcitrants. Ne pas exploiter le drame, bien sûr, mais surtout répéter à chaque instant qu'il n'y a pas d'alternative à la production massive de l'atome, que le renouvelable est un fantasme de bobos, qu'on ne plantera jamais assez d'éoliennes, que les panneaux solaires coutent trop cher, et surtout qu'on ne va jamais économiser d'énergie (et puis quoi encore).

Enfin c'est quand même curieux ce refus du débat. Au delà de la débilité des arguments, on se demande quelle hargne nous vaut cette fin de non recevoir terriblement arrogante. Moi qui ne suis pas particulièrement antinucléaire, j'aimerais bien qu'on sorte de l'alternative entre la pub EDF béate (arreuh, lumière, gaaa) et la sanction arrogante des "savants" qui polluent les commentaires. A croire que d'ailleurs tous les autres pays qui n'ont pas de nucléaire en sont à l'âge de pierre ou presque.

Bullshit et conséquences

"Un survival hallucinogène sous haute tension". (20 minute ou Première ou autre, à propos de 127 heures, sur l'affiche)

"Vivante jusqu'à la brûlure. Vivante dans sa part lumineuse" (Raphaëlle Rérolle, le Monde des Livres, à propos de Françoise, dans une publicité)

Aux "œuvres" inintéressantes du moment correspondent presque toujours des critiques trop emphatiques dans leur jugement comme dans leur expression ; de plus en plus courtes et superficielles, elles empilent les formules toutes faites comme si celui qui les écrivait voulait prouver qu'il faisait bien autre chose que de paraphraser les dossiers de presse.



Rien d'étonnant alors que ce "matériel" revienne alimenter en flux tendu bandes annonces, introductions aux bonnes feuilles, et affiches et encarts de pubs des objets chroniqués, bref toute la cohorte promotionnelle dont les médias se sont depuis longtemps emparés. Vous noterez que jamais la publicité culturelle n'a autant fait appel à ces extraits choisis, et que jamais ces critiques n'ont autant semblé les résultats d'une commande, au point qu'on se demande quelle est la rétribution du petit effort servile des "critiques" qui s'assurent, par l'habileté publicitaire de la tournure, la place de choix sur ladite affiche.

Mais le mot de critique est encore trop fort ; à force d'être continuellement haï par ceux qui voudraient se trouver dans un rapport immédiat au tombereau de merde qui leur passe des yeux au cerveau reptilien, les journalistes commis à l'évaluation de l'industrie culturelle ont abandonné depuis longtemps l'idée de comprendre "l’œuvre" (et peut-être parce qu'il n'y a plus rien à comprendre ?) pour s'ingénier à ce qu'on pourrait appeler le "partage d'envie", l'impératif de rajouter du désir sur le désir publicitaire pour qu'évidemment les "spectateurs" ou "lecteurs" (ou ce qu'il en reste) consomment et se fassent - graal de l'individualisme contemporain - leur "propre opinion" ; propre opinion que l'internet recycle à l'envie, par contre, appelant partout aux commentaires et vivant du flux de trafic commis par les imbéciles.

Alors on tombe régulièrement sur des crétins chiant sur un livre ou un film trop compliqué pour eux, comme des pigeons sur une statue se moquent bien de qui elle représente ; heureux de salir Proust (un exemple parmi tant d'autres) parce qu'ils n'ont "pas pu dépasser 50 pages" ou, pire, qu'ils l'ont "lu jusqu'au bout" pour vraiment nous confirmer que c'était une œuvre vaine.

Le cynisme contre-révolutionnaire

Ce qui se passe en Egypte est magnifique ; seule la neutralité de l'armée sépare les manifestant de Tahrir de ceux de Tien An Men, et nous devrions tous nous prosterner devant le courage inoui qu'il faut pour affronter les polices secrètes, les milices et les nervis du pouvoir - certains armés de battes cloutées - pour enfin changer de régime. Constat banal, me direz-vous, et il l'est. Moins cependant que le constat affreux des cyniques et des calculateurs qui bien planqués dans leur fauteuil, raisonnent de travers depuis le début et n'attendent que de voir les frères musulmans au pouvoir pour nous faire la leçon du "j'vous l'avait bien dit" et réduire le soulèvement à la "menace islamiste".

Sur ce point, une pensée nauséeuse pour les marchands de peur du Point, dont la dernière couve destinée à faire trembler les notaires gâteux enkystés dans leur patrimoine se pare d'un ridicule cache sexe, "fantasmes et réalité" - côté fantasme, ils savent faire au Point. Et une autre pensée pour tous les rentiers de la démocratie, le cul derrière leur clavier (et moi donc) qui à la façon de BHL dans le même torchon, voudraient des révoltes parfaites, des foules éduquées et efficaces, de préférence sur Facebook et Twitter (c'est tellement moderne !), surtout pas islamisées (bah, en Egypte, hein), et qui fautent de la perfection des révolutions de couleur, finissent en Machaviel au petit pied, préférant la "stabilité" au désordre.

C'est oublier bien vite que le propre d'une révolution, c'est d'être sale. Pas forcément en ses premiers moments, et la dignité courageuse des manifestants égyptiens doit être saluée encore, mais dans ses conséquences. Après 89 vient 93, et Napoléon encore, et il nous a fallu presque un siècle pour enfin devenir une république solide et démocratique, d'ailleurs en partie construite sur le sang de la Commune. Si les Frères Musulmans arrivent au pouvoir en Egypte, et s'ils le font de façon légale et légitime, ce sera l'expression de la voix du peuple, tout aussi imparable et déplaisante que celle qui ici - toute proportion gardée - vote Sarko. La démocratie ne se discute ni ne se décrète, elle prend du temps à s'installer et il en faut peu pour la chasser. Alors de grâce, qu'on arrête avec "le péril islamiste".

Populisme, quand tu nous tiens

Cette fois-ci c'est le dessin imbécile - et comme souvent, pathétiquement littéral, aussi subtil qu'un morceau de viande - de Plantu qui ne passe pas. Tant mieux. Il faut voir l'absurdité. D'un coté on se lamente en permanence de la coupure entre le peuple et les élus. Ah si le bon peuple s'intéressait un peu à la politique ! Ah, s'il allait voter au lieu d'aller à la pêche le dimanche ! De l'autre, dès que quelqu'un fait l'effort de parler au "peuple", l'élite qui se croit centriste (et qui penche lourdement du côté de la rente contre le travail, du côté du 4x4 contre la megane d'occasion) le fustige immédiatement de l'affreux mot de populisme.

Le populiste serait celui qui flatte l'électeur, lui raconte ce qu'il veut entendre, et le prend pour un con. D'une c'est assez amusant de voir les supporters du pouvoir actuel, qui se vautrent dans la fange la plus abjecte de la démagogie, l'oeil rivé sur la courbe des sondage, utiliser ce mot ; de l'autre la frange pédagogique est encore plus insupportable. Combien d'imbéciles énarquisants sont au fond persuadés que si les gens se coupent de la politique qu'on leur propose, s'ils rejettent la mondialisation et l'évidence écono-centrique du marché libre, c'est parce qu'ils ne comprennent pas ? L'ouvrier qui voit son usine fermer et qui sait parfaitement qu'il ne trouvera plus jamais de boulot s'il a un certain âge, ne comprend pas l'intérêt, en plus, de l'éloigner encore un peu de la retraite ? Personnellement je pense qu'il comprend très bien qu'il se fait baiser, et il se tourne vers lesdits "populistes".

Enfin chose curieuse, c'est qu'il suffit de lire le long et souvent fastidieux blog de Mélenchon pour voir qu'on est très loin du simplisme. Un édito d'Apathie, un papier cul du JDD, sans parler de l'hideuse presse gratuire, en voila de la merde simpliste. Mais là ? Je pense que Melenchon se trompe sur pas mal de choses, et que comme le NPA il est surtout le porte étendard de petits fonctionnaires désaffiliés à force de s'être fait chier dessus par tous les gouvernements - gauche compris, dans une moindre mesure, mais je dois lui reconnaitre deux choses ; d'abord qu'il l'ouvre avec raison contre une caste d'éditorialistes qui pensent comme ils mangent du foin, avec des oeillères, méprisant les petits candidats tout en se couchant devant les hiérarques de l'UMP, ensuite qu'il fait justement l'effort d'expliquer ses choix sans prendre les gens pour des singes, à coup de raccourcis et de gros clins d'oeil au bon sens.


PS : blog toujours en travaux, mais ça me prend un temps fou et je suis nul. Donc réouverture temporaire, mais chialez pas si un jour les commentaires disparaissent.

Travaux en cours

Blog et commentaires fermés, en attendant une mise à jour un peu solide. A bientôt les amis. Et bon réveillon.

Répugnantes campagnes caritatives

Je supporte de moins en moins les pubs pour les associations caritatives. Leur façon de me balancer des enfants à la gueule, de me provoquer pour accrocher mon regard ou de me culpabiliser un peu (pas trop, sinon ça braque le client) suffit à m'irriter, mais pas autant que cet usage débridé de la ruse publicitaire, doublement lâchée, parce que les mecs bossent gratos et se font plaisir, et surtout parce qu'ils portent l'onction de la Cause. Tiens, la dernière, vue tout à l'heure : alors Manon dessine sur les murs, mais - surprise, interpellation, publicité quoi - c'est pas elle qui a pourri ce logement incroyablement dégradé. Ah bon ? Sans blague ?

Cette petite astuce, cette plaisanterie méchante, sordide, c'est la pub dans ce qu'elle a de pire. On ne pouvait pas juste montrer une famille dans un logement pourri, il fallait ce contraste artificiel entre la mignonne bêtise de l'enfant et l'horreur théâtrale d'un lieu défoncé, souligné au pot de peinture par le slogan en mauvais français ("le reste, c'est pas elle"). Cette façon de caricaturer la réalité du mal logement avec ces enfants si mignons, et pas les familles maliennes entassées à 22 dans un hôtel meublé, c'est le principe habituel de la pub qui trafique le réel pour le rendre conforme aux merdes qu'elle souhaite vendre, dissimulant habilement les conditions de production dégueulasses des esclaves du tiers monde. Bref, tout ce qu'elle touche, produit, fait, est un mensonge répugnant.

Et c'est d'autant plus répugnant qu'évidemment la noblesse du produit, pardon de la cause défendue, stérilise d'avance toute opinion déviante. Comme pour le Téléthon, toute critique est une saloperie, puisqu'elle fragilise la machine à émotion. Haro sur Bergé donc - qu'il ait tort ou raison, haro sur le type d'Act Up qui flingue le Sidaction, haro sur MSF qui après le tsunami casse la belle solidarité des donneurs parce que ça ne sert plus à rien, se mettant à dos tout le charity business. Comme les marchands d'armes, les marchands d'émotion justifient sans problème de nous bourrer le mou, au nom de la réalité sordide de l'époque : si on ne rentre pas dans cette logique publicitaire, alors il n'y aura pas d'argent pour nous, alors l'argent ira aux autres. Quel responsable d'assoce pourrait, au nom de beaux principes, ne pas céder à l'exploitation des fichiers et à l'affichage, fragilisant ainsi son action ? La boucle est ainsi bouclée, jusqu'au jour où une affiche trop cynique, un slogan trop malin mettra à bas l'édifice.

Violence légitime, dernier recours

Image magnifique : des étudiants qui manifestent pour ne pas se retrouver criblés de dette pendant des années, et qui rencontrent par un hasard incroyable deux représentants d'un ordre poussiéreux et pourtant tout puissant, celui de la rente. Clash terriblement violent, pas tant dans la réalité des dégâts - une rolls cabossée, deux personnes âgées un peu secouées - que dans la confrontation qui n'aurait pas dû avoir lieu, entre le bas peuple et la classe possédante. Est-ce l'incompétence de la police qui les a mis au milieu d'une fin de manif, ou la volonté inconsciente de produire cette rencontre classique, shakespearienne entre toute, du roi nu et de ses sujets ?

On entend bien sûr les imbéciles expliquer que "la violence n'est jamais acceptable", ce qui est doublement faux ; parce qu'elle est souvent acceptée, y compris par ceux qui la dénoncent, mais sous des formes euphémisées qui ne la font pas disparaître, et parce qu'elle est toujours présente en tant que dernier recours. Et c'est bien un dernier recours que cette manifestation, contre une mesure qui impose une augmentation délirante des frais de scolarité (et même si ces frais ne sont pas des décaissements à proprement parler) des facs publiques, sous couvert d'un vote "démocratique" qui masque la trahison d'un parti de coalition assis sur ses promesses explicites. C'est la même histoire que celle des "Contis", ou l'abruti Pujadas refuse de regarder au delà des dégradations physiques.

La violence est une arme à double tranchant ; nécessaire pour faire plier le pouvoir qui se moque bien des défilés sages (au nom de la transcendance des urnes), elle sert bien sûr à délégitimer les manifestants. Maintenant, combien de temps va-t-il falloir aux anglais pour voir en face ce que cette rencontre d'un soir veut dire ? Que la même société juge normal d'avoir à sa tête symbolique cette famille de milliardaires oisifs, tout en demandant à ceux qui veulent apprendre ou s'élever un peu dans l'échelle sociale de cracher toujours plus de blé ? Qui sont les vraies victimes, les vioques chahutés, ou les barbares qui protestent ?

Sarkozyques (I) : la preuve par l'absurde

On débat généralement du fond, bien moins de la forme. Pourtant, je suis convaincu que la forme sarkozyenne, celle qui énerve tant ses détracteurs, est presque la seule garante de l'absence de fond. Il ne s'agit pas tant de se préoccuper des "petites phrases" ni de faire du "désintox" que de voir comment s'opère la conviction qui, bon an mal an, emporte encore un gros tiers de Français pas bégueules, et notamment lors de ces interventions télé toujours bien suivies de ses électeurs.

Comme en plus les journalistes se couchent plus ou moins proprement devant lui, acceptant pleinement de se faire rouler dans la farine pour donner la réplique à notre comique national, je me suis dit qu'un petit guide, fait avec les moyens du bord, ne serait pas inutile pour mieux comprendre le style du patron. En commençant par la preuve par l'absurde, sur le modèle de ces questions rhétoriques qu'il utilise tout le temps ; à chaque fois les "journalistes" se font piéger, à chaque fois la vérité souffre (mais Mitterrand c'était pareil, disent alors les gens de droite, dans cette constante comparaison biaisée qui mérite un autre billet), et à chaque fois l'attaque est la même : "vous voyez, vous imaginez".

Exemple 1, la fameuse réponse à la thèse du juge Trévidic avec "la douleur des familles et des trucs comme ça"

"On est dans un monde où tout se sait, où la notion de secret d’Etat n’existe plus. 14 ans après vous venez me poser la question : ’est-ce que vous êtes au courant de rétrocommissions qui auraient pas été versées à des Pakistanais dans le cadre de la campagne de Monsieur Balladur ? Et vous, vous étiez pas au courant non plus, non ? Vous, vous, vous étiez peut-être journaliste à cette époque… "

Exemple 2, sur la question du financement de sa campagne par Bettencourt, lors de ce fameux tête-à-tête avec Pujadas :

"Vous m’imaginez venant à un diner, devant les convives à table, et repartant avec de l’argent ?"

Exemple 3, plus récemment, à propos des ordinateurs volés aux journalistes bossant sur le sujet Karachi :

"Vous imaginez que c'est moi qui organise le cambriolage de l'ordinateur portable de votre confrère ?... Est-ce que c'est ce que vous pensez ? Non ? Parfait"

Exemple 4 : à propos de son éventuelle implication dans l'affaire Karachi, lors du fameux off

"Vous voyez le ministre du Budget qui va signer un document pour donner son aval à une société luxembourgeoise ?"

Notez que ces propos ne sont presque jamais retranscrits tels quels ; cette langue relâchée, mutilée, lourdement orale, régressive et - en un mot - décomplexée ne peut être écrite sans provoquer un certain dégoût. Lors des synthèses AFP émaillées de bribes d'interprétation, intitulées "temps forts" ou "points clés", on réécrit toujours, et les citations s'arrêtent au syntagme, presque jamais à la phrase, par pudeur sans doute. On a les grammairiens qu'on mérite.

Comment critiquer les films que l'on n'a pas vus ?

Ce n'est pas faute d'avoir prévenu, mais ma dernière sortie assumée contre un livre que je ne veux pas lire m'attire les critiques de ceux qui m'expliquent que vraiment, hein, il faut savoir de quoi on parle pour se faire un avis. Ce qui ouvre deux discussions ; l'une sur la capacité effective à juger sans se tromper quelque chose qu'on n'a pas vu ou lu, et l'autre sur la capacité effective de juger sans se tromper quelque chose qu'on a vu ou lu. "Se faire sa propre idée" est une sorte d'axiome à la con, comme si notre jugement était pur de toute influence, et suffisamment constitué pour ne pas s'égarer. Pour savoir si l'on aime ou pas, en effet, autant prendre connaissance de l'objet ; mais quant à sa qualité, le jugement individuel ne vaut pas grand chose - et l'enthousiasme démocratique pour l'expression individuelle ne me fera pas oublier que certains pensent et disent n'importe quoi, et que l'agrégation des opinions moyennes n'est que rarement un indice sûr de qualité.

Afin d'aller plus loin sur ce terrain miné, je voudrais dire (un peu) de mal d'un film que je ne suis pas allé voir, et que je n'irai surtout pas voir : les petits mouchoirs. Et contrairement à la dernière fois, je n'ai vu aucun film de Guillaume Canet - même si sa présence en tant qu'acteur dans des choses proprement effrayantes comme des adaptations d'Anna Gavalda ne m'incite pas à l'indulgence. Je me décide donc à trouver d'autres éléments de preuves, comme cette fort pratique fiche synthétique proposée par allociné :

C'est pas beau ? Non mais franchement ? En règle générale on peut séparer les critique en deux catégories grossières : les popu de droite et les intellos de gauche, avec quelques positions intermédiaires (le nouvel obs n'est ni franchement intello ni franchement à gauche, mais score mieux sur ces deux critères que le Parisien). En affectant un score à chaque média qui critique le film, on obtient la distribution suivante, assez amusante je trouve :

Bien sûr c'est biaisé, hein, mais in fine les opinions cinéma de Metro ou du JDD (qui avait courageusement refusé l'unanimité autour des hommes et des dieux, signalant clairement son manque élémentaire de goût) diffèrent de celles du Monde ou des Cahiers : les derniers ont une certaine exigence - tandis que les premiers vont vers un certain confort, privilégiant les trucs bien ficelés au risque de s'ennuyer un instant.

Et il y a donc 4 grilles de lectures possibles, suivant que les deux groupes ont aimé ou non. Ici la distribution est ideal-typique, il n'y a que les popu de droite qui ont aimé, et aucun des intellos de gauche ne s'est laissé prendre : c'est donc objectivement médiocre. Certes moins que si aucune critique n'avait aimé, mais bien pire que si le schéma était inversé - on aurait alors un film potentiellement chiant, mais probablement meilleur : affaire de goût. Par contre si la distribution était irrégulière (si les Inrocks et Chronikart aiment, mais pas les Cahiers par exemple), on ne pourrait pas en tirer de conclusion sérieuse, et il faudrait s'en référer, non pas à l'avis moyen, mais à l'avis d'un critique respecté. Voila au moins de quoi s'avancer, sans se risquer de perdre un peu d'argent et beaucoup de temps à subir une merde au cinéma, parce qu'il faudrait "se faire sa propre idée".

Le coup du patrimoine

Il est évident que l'urgence des urgences, c'est de réformer la fiscalité du patrimoine. La compétitivité franco-allemande ! L'erreur de "taxer le patrimoine" et non pas "les plus values du patrimoine" !! (Ah bon, les plus values sont pas taxées en France ??) Je rêve. Donc voila la réforme fiscale, pas celle de la TVA qui pèse plus lourdement sur les pauvres que sur les ménages aisés (z'ont qu'a épargner, les pauvres), pas celle de l'impôt sur le revenu dont les principales niches dites "VIP" ne seront toujours pas plafonnées (pardi, et mon bateau dans les îles ?), mais la seule qui compte, la suppression de l'ISF.

Cela dit quelque chose de l'inanité terrible du débat politique en France. D'abord l'annonce, lâchée à la télé, décrite en 30 secondes. Passons sur le jeu qui consiste à abandonner le bouclier fiscal en supprimant l'ISF, tout le monde l'a compris, même l'interviewer lui demande, c'est dire. Mais justement, une fois encaissé le coup de "il touche au bouclier fiscal !" et "il touche à l'ISF !!", la critique cale. Elle se limite au symbole des dispositifs, en fait des totems et tabous qui finalement permettent de poser en courageux réformiste pour peu qu'on les brise. Et comme les électeurs aiment bien l'idée de "laisser quelque chose à leurs enfants", ils applaudissent des deux mains ces mesures faites pour les 1% les plus riches.

Le choix du patrimoine, c'est le choix de la mort par étouffement, avec de moins en moins de travail et de plus en plus d'accumulation sauvage de biens. Accumuler, surveiller, flipper puis crever, mais avec la satisfaction d'en laisser le moins possible à l'Etat, pour engraisser les descendants cyniques et incultes qui peuplent les beaux quartiers, et dont Jean Sarkozy est l'idéal type. Et comme on meurt de plus en plus vieux, enfin quand on a de la thune, on a mis en place ces pratiques donations qui ont été largement libéralisées depuis 2007, pour que les petits jeunes puissent quand même accéder à l'immobilier tandis que les autres iront s'épuiser dans le RER. Voila la fiscalité du patrimoine en France, et voilà ce que Sarkozy veut encore alléger au nom - comique - de la comparaison avec l'Allemagne, comme si le fait de pouvoir stocker du gras stimulait l'économie au lieu de l'étouffer.

Mauvais comme un prix Goncourt

On désapprouve généralement de ceux qui parlent des livres qu'ils n'ont pas lus ; cela ne fait que rajouter au plaisir du cuistre celui de la transgression. Voila bien l'un de mes sports préférés, noté ici, théorisé avec brio là, et tout ce bruit autour de Houellebecq m'y encourage davantage. Enfin l'on a tant décrit ce dernier opus, tant donné le sens qu'il fallait en retirer, qu'on peut considérer que l'expérience de sa lecture même n'y ajouterait pas grand chose.

Alors voici ; je pense que le dernier Houellebecq est mauvais. Non pas "mauvais" au sens d'un Marc Levy ou d'un Paolo Coehlo, car il s'agit encore sans doute de littérature, mais mauvais comme un livre ordinaire, mauvais comme un prix Goncourt. J'en sais quelque chose, à double titre : d'abord pour avoir lu la plupart des autres Houellebecq, avec un plaisir de plus en plus faible au mesure que j'avançais dans l"oeuvre", ensuite pour noter que le Goncourt salit souvent ce qu'il touche (regardez "Je m'en vais", le plus mauvais Echenoz et de loin, et le voila couronné).

Il y avait dans le premier Houllebecq un style marquant et une rage perceptible ; en s'avançant, et surtout dans l'affligeant "La possibilité d'une île" (que ce titre poétique est trompeur !) il ne reste plus qu'une affectation de style, et une rage transmuée en une misanthropie pathétique et répugnante, qui veut en plus faire système. D'où les fatigantes digressions sur les "futurs hommes", le tout si lourdement saupoudré de prétention naïve (Voyez ! Je suis un visionnaire !) qu'on en oublierait presque les narrations habituelles de la misère sexuelle qui sont la marque de fabrique du gars. Il ne suffit pas de noircir sa description du monde pour devenir un Céline, surtout quand on se pique d'écrire comme un rapport annuel. Un mélange de Barjavel et de SAS, voilà à peu près tout ce qui restait.

Alors quand j'apprends qu'il aurait en plus assagi ses histoires, et qu'on y trouve même plus les saloperies et les petites transgressions qui faisait, il faut bien le dire, une grande partie du plaisir de sa lecture, on se demande ce qu'il en reste. Il suffit enfin de voir à quel point tout le monde se précipite sur ce phare défaillant pour se douter que quelque chose ne tourne pas rond dans le petit milieu nécrosé de la littérature française, de plus en plus écartelé entre des grands stylistes réduits au minimalisme (Michon, Echenoz pour en citer deux) et ce reste du grand roman "ambitieux" piétiné par Houellebecq et ses potes, en passant par les écrivains aliénés au point de ne plus savoir se situer dans la culture française, comme le dernier Médicis.

Je le dis d'autant mieux qu'il est triste de voir un auteur décliner, que c'est bien le métier le plus difficile qui soit, et que ce travail même - et malgré la mascarade des prix - mérite largement notre respect. Je suis sûr qu'il pourrait faire mieux, je ne pense pas qu'il le souhaite.

Remaniement, piège à rien

Il est vraiment des actualités dont on se passerait. Tiens, le remaniement. Franchement. Le remaniement, quoi. Le nom même, usé, ringard, pathétique torchon de novlangue cinquième république, n'annonce rien de bon. Quant à sa promesse ! On a vu gonfler le ballon Borloo, ministre indolent, quidam passé par là, jeté sans le vouloir dans l'arène, presque sympathique d'être si inactif et si loin des dossiers qui font le sarkozysme ; il y a deux semaines, il n'y avait que lui. Puis quelqu'un a sifflé la fin de la récrée, mais sans enterrer cette attente imbécile d'un changement.

Car voila le remaniement ; créer du neuf avec du vieux, dans la plus pure tradition de la IVème république qu'on fait mine d'abhorrer dans le culte du gaullisme officiel (pauvre de Gaulle, être récupéré par un tel cloporte, s'il savait...) ; remplacer un baron par un autre, et attendre que les commis des médias interprètent l'oracle de l'Elysée, côté "social" ou côté "dans la gueule des bougnoules". Les copains récompensés, les porteurs de casseroles sacrifiés, quelle surprise vraiment, tout cela va changer la politique française.

Il n'est pourtant pas si dur de retracer le sillage de ce bateau ivre (mais laid) qui nous gouverne. A l'étranger, on se couche devant Khadafi puis les Chinois, tout en tançant l'Afrique ; en Europe, on fait des courbettes devant les banquiers, et en France on chouchoute les rentiers et on baise les pauvres, surtout basanés. Je simplifie, mais j'attends qu'on me prouve le contraire. Et qu'est ce que de nouveaux pions, tout guindés de l'air des ministres serviles battant le pavé de Matignon, vont changer à l'affaire ? Rien.

Seule consolation peut-être, le supplice des ambitieux menés en bourrique par le bouffon qui est leur maître. Obligés de faire des courbettes à ce type instable qu'ils détestent, anxieux de grappiller le bon fromage en cas de sortie, et de ne pas se faire rétrograder trop brutalement dans le protocole des chenilles. Qu'ils en crèvent, tiens.