Contre l'ouverture des magasins le dimanche
Par Guillermo, le mercredi 26 novembre 2008 :: La vie moderne
Ca fait bizarre de se retrouver d'accord avec 60 députés de la majorité, tendance catho en plus, mais ce sont les étranges détours de la vie politique en cette période d'effondrement des repères post-congrès. Ainsi, je crois que je pourrais signer intégralement ce texte-là, à commencer par son introduction :
"La liberté d'entreprendre et l'économie de marché triomphent partout et dans le même temps le profit voulu pour lui-même, recherché par tous les moyens et déconnecté de l'économie réelle, montre toute la puissance de sa nocivité."
Cela étant, ce texte demeure assez mollasson, se contentant de réfuter les arguments techniques avancés par le gouvernement pour justifier une extension "raisonnée" du travail du dimanche. Car c'est l'une des caractéristiques frappante de ce débat que d'être réduit à des arguments par analogie : "pourquoi dans certaines zones et pas ailleurs ? pourquoi le samedi et pas le dimanche ? pourquoi sur internet et pas en vrai ? pourquoi le cinéma et pas les magasins, etc." Ce sont les mêmes casuistes qui s'étonnent, horrifiés, qu'en Allemagne les magasins puissent fermer à 16h le samedi (enfin, pouvaient fermer), comme s'ils ne pouvaient pas imaginer pire atteinte à leur "liberté" d'acheter des fringues.
Bref, tout cela ne suffira pas à calmer les emmerdeurs qui rêvent de shopping 24 heures sur 24 - c'est "tellement plus pratique", qui craignent de s'ennuyer le dimanche si on venait à les priver de leur promenade chez Ikea et qui se plaisent à peindre leurs contradicteurs en rétrogrades passéistes. Ce qui manque, c'est une condamnation plus solide de la consommation - et non pas seulement du profit - comme dernière forme de distraction. Cette histoire de dimanche n'est pas que la défense de l'église le matin, mais le choix d'un mode de vie où la consommation, pour ceux qui peuvent encore se la permettre, ne vienne pas combler le vide.
Ainsi l'argument selon lequel les cinémas et les restaurants sont ouverts, et donc font travailler des gens le dimanche, ne tient pas, car la finalité de ce travail n'est pas le même. Et si les ordinateurs seront toujours accessibles pour satisfaire les fringales de gadgets, les livreurs ne travailleront pas le jour même, et l'expérience rapide et sèche du shopping en ligne ne remplacera jamais un long oubli de soi dans les magasins. Il y a le samedi pour ça, et c'est déjà beaucoup.