Tout a commencé à Seattle en 1999, lors de la réunion de l'OMC. Pour la première fois les altermondialistes ont fait une démonstration de force, et dit clairement qu'ils ne laisseraient pas se dérouler des sommets sans faire en sorte que leurs messages passent, d'une manière ou d'une autre. Qu'on soit d'accord avec eux ou pas, ils ont enclenché un nouveau cycle politique, celui de la forteresse - car le pouvoir a répondu par l'isolement. Ensuite, chaque réunion de l'OMC, du FMI, du G7-G8 s'est déroulée dans des lieux de plus en plus bouclés, avec une présence policière et militaire chaque fois plus massive, jusqu'à l'horreur de Gênes ou la police locale, prenant fait et part pour le pouvoir, s'est permis de battre et de torturer, jusqu'à la mort.

Ce modèle de la forteresse s'applique désormais en France, plus seulement pour des enjeux globaux mais avant tout pour soigner l'image du président, et répondre à sa notable paranoïa. Il ne supporte pas la contestation, et il a le goût de la sécurité, au point de faire de chaque déplacement sur le "terrain" une épreuve de force. Cet excellent papier sur Article XI (via rezo) résume toute l'affaire : déploiement policiers démesurés, villes bouclées, magasins fermés, passants interdits de mouvement, manifestants parqués loin du chef et privés de pancartes s'ils s'approchent trop. Belle chose que la démocratie.

Bien sûr, on a parlé de St-Lo, et du message très clair adressé à la hiérarchie : "cachez ce sein" disait Tartuffe, cachez ces gueux à pancartes qui me salissent mon image JT, dit Sarkozy. Mais l'affaire est plus vaste. Et comme le mécontentement grandit face aux gesticulations, il y aura toujours plus de manifs et toujours plus de flics. Alors, jusqu'où allons nous tolérer ce délire sécuritaire, qui nous empêche de vivre, le tout pour des déplacements vides de sens (sur le blog de Bianco, cité par Article XI, Nîmes paralysée pendant 8 heures pour 11 minutes de visite au Carré d'Art...) ?

Bref : il faut que cela devienne un sujet médiatique, puis un sujet politique, jusqu'au moment où ce gaspillage dangereux ne sera plus accepté par les villes visitées, qui refuseront d'être transformées en bantoustan le temps d'un débarquement des forces d'occupation. Car il s'agit bien de la réplication d'un modèle de gestion des peuples, qu'on filtre les clandés à coup de barrière électrifiées ou les populations locales avec des cordons de CRS.