Qu'une défaite en vienne à passer pour une victoire n'est pas surprenant ; il y a quelque chose de moral ou de superstitieux à ne finalement pas faire advenir ce qui est trop écrit d'avance, et c'est sûrement cela plus que la TVA sociale qui a douché l'enthousiasme des français pour leur nouveau chef. L'indiscipline d'un peuple qui se défie des élites qu'il vient de sacrer n'est pas un caprice, mais la conséquence de l'arrogance du nouveau pouvoir, qui semblait appeler sur lui la foudre tant il ne touchait plus terre. Cette baffe est presque un cadeau, et elle vient rappeler à propos qui détient le véritable pouvoir. Voila en tout cas une façon apaisée de clore ce cycle électoral, en attendant que les choses sérieuses commencent.


Voila l'occasion de changer un peu de sujet. L'omniprésence de la politique ces derniers temps n'a d'égale que la platitude des commentaires ; et ici aussi, à force de lire les mêmes articles chaque jour, les sondages, les interprétations et les faux décryptages, je n'arrive plus à prendre assez de recul pour dire autre chose que ce que tout le monde raconte. A force d'être la tête dans le guidon, il me semble qu'il n'y a rien d'autre que la chronique des pipoles de chaque camp ou les appels creux à la "rénovation" ; hors la chronique mondaine, dans le meilleur des cas l'horizon du pouvoir consiste à faire alterner des objectifs chiffrés, croissance, chômage, place de la France avec des valeurs censées produire ces résultats.

Les objectifs techniques n'appellent que des réponses techniques ; du coup le débat politique n'est plus capable de nous faire voir pourquoi nous préférons être ensemble et ce que nous voulons, après tout, faire ensemble. Le bon sens nous signale qu'éviter le chômage ou acheter un appartement (et à quelles conditions !) constitue une garantie pour persévérer dans l'existence, mais personne pour dire où cela mène. Par exemple, est ce que nous gagnons quelque chose à devenir un "pays de propriétaires" ? Est ce que je suis le seul à y voir des des pavillons identiques alignés à l'infini, ou de vieux proprios abandonnés dans leurs immenses appartements familiaux ?

Et comme la politique ne répond plus à ce qu'on appelle vulgairement "la question du sens" - encore une formulation pathétique de l'époque, comme s'il y avait une case "sens" à cocher à côté du triptyque amour-travail-argent, comme nous sommes relativement sortis de la religion, comme l'école est à la masse, il ne reste plus que la télé pour occuper notre imaginaire collectif. Bien sûr, chacun se débrouille avec sa propre vie, mais passé son cercle de potes et de connaissances, après les quelques engagements militants ou associatifs, pour ceux qui en ont, il n'y a que les médias de masse et la culture de masse pour tracer ces perspectives de vies.

De coup, est-ce encore utile de commenter la politique, une fois les élections passées ? Peut-on sortir des discours incantatoires sur le chômage ou le pouvoir d'achat ou la sécurité ou la propriété ? Bien sûr qu'il restera des combats à mener, des mesures à contrer, des "réformes" à dénoncer, mais cela ne suffira pas à remplir le vide. Mais de mon côté, je crois que je vais parler d'autre chose, revenir à des trucs plus fondamentaux... Radio Solférino (hé hé) c'est fini pour l'instant !