Cette photo de Thomas Clément a bien circulé sur les blogs, comme chez Laurent par exemple. Voila Sarko chez lui, dans un dixième arrondissement autrefois funeste à Jospin, et nous constatons que la première idée de déco est une photo géante dans l'escalier monumental. Avec les deux flambeaux qui encadrent le portrait géant, cette rencontre du clinquant et du culte de la personnalité me fait immédiatement penser au soviétisme d'export des pays frères, Roumanie en tête.

Même impression sur le site de campagne : des photos de lui partout, sarko souriant, sarko confiant, sarko intime dans le blanc des yeux, sarko rassurant, sarko en rupture, sarko en cravate, sarko en action, sarko à l'écoute (oui j'ai déjà utilisé ce procédé facile dans un précédent billet, mais ça ne m'inspire que ça). A ce jeu là, la madone des médias est larguée, son pauvre site participatif faisant mauvaise figure. Alors évidemment je sais que la comm' c'est important, je sais que tout va se jouer sur l'image, qu'on s'en plaint tous ces dernières temps, mais on vient de franchir un nouveau palier dans la pipolisation (hum) avec ce traitement tout lybien de l'image du Chef.

Franchement, il faut se demander : Sarkozy est-il beau ? Son image a-t-elle des propriétés magiques ? Est ce que l'espoir progresse, que les réformes paraissent enfin à portée quand Il se matérialise devant nos yeux ? Surtout qu'en parallèle, comme le note Stéphane Bou dans un article du Charlie de la semaine, toute la préparation médiatique du meeting a consisté à forger un sarko plus humain qu'il n'y parait, en ligne avec son bouquin de merde et la couve de merde de Match. On voit bien que les médias et le candidat poussent du même côté, les premiers, en célébrant le "professionnalisme", finissent par acheter la soupe que le second leur sert. Ils ont déjà fait de l'arrivisme une vertu politique ("ah il est fort, quand même"), et aujourd'hui on se retrouve avec des portraits géants et cela n'étonne presque plus personne.

Je prends peut-être mes désirs pour des réalités, mais ce délire me semble appeler un retour au réel brutal : les Français sont indisciplinés et se refusent à faire ce qu'on leur commande trop brutalement. Malheur au vainqueur annoncé, car il s'attire la foudre qui punit l'arrogance des élites. Je craignais que Royal, trop longtemps en position de force, explose en vol juste avant l'élection, mais le trou d'air dont elle serait victime aujourd'hui et le relatif désamour des médias pourraient bien lui servir. A contrario, le hiatus entre la nouvelle humilité proclamée de Sarko et le culte de sa personne va finir par devenir flagrant.