J'éprouve toujours un plaisir pervers à voir les vitrines des boutiques de fringues cheap s'orner de magnifiques créations destinées à s'habiller pour LA soirée de l'année. Bien sûr, comme souvent, plus on va dans le bas de gamme et plus le rendu est fascinant : écoeurant kitsch des vitrines de Jennyfer ou de Pimkie (oui, je vais chercher loin mes références) avec des sapes toujours plus brillantes d'année en année. Autant dire qu'il n'y a plus que les ados qui croient que le réveillon pourra leur apporter du plaisir ou des rencontres.

Les autres, et moi le premier, se plaignent d'avance des soirées à venir, et finissent carrément par les éviter. Rien que la perspective de me balader cette nuit dans Paris et de croiser tous les blaireaux de la terre en plein laisser-aller aviné suffit à me couper de toute envie de rejoindre une fête frelatée. Et pourtant, il y en a encore qui s'étonnent en coeur que leurs attentes puissent être systématiquement déçues alors qu'ils continuent pourtant d'essayer de faire quelque chose. Comme le note Véronique Nahoum-Grappe dans une interview intéressante (mais vraiment trop décousue), non seulement l'ennui fait partie de la commémoration, mais il n'est pas possible de s'extraire totalement de l'événement. Ne rien faire, c'est encore faire quelque chose, se placer contre, reconnaître l'impératif de la fête.

On ne s'en sort pas, mais on notera quand même que les deux fêtes successives, l'avalanche de cadeaux et le bourrage de gueule + klaxon correspondent aux deux piliers de notre sociabilité, la famille et les amis. Mais à chaque fois l'effet de convocation des deux fêtes produit d'un côté une évocation hystérique de la famille, où le pire n'est jamais loin, et de l'autre une vision déprimante de l'amitié, réduite à des coups de fils passés pour trouver le pauvre innocent qui acceptera de prendre la responsabilité d'héberger chez lui la soirée la plus sordide de l'année.

Seule consolation : cette année, nous assisterons aux derniers voeux de Chirac, ce qui prouve que 2007 nous apportera enfin, sur ce plan là, du nouveau (et pas forcément du meilleur). Je me soucie fort peu des conneries qu'il pourra débiter de son ton monocorde, mais je me demande s'il sera assis ou debout tout raide, s'il aura des lunettes ou non, et si l'on verra comme l'an passé le reflet du prompteur dans la porte-fenêtre qui donne sur le jardin de l'Elysée. Comme le dit la sociologue, l'ennui va bien avec les commémorations.