Voilà bien la couverture la plus obscène de l'année, qui allie les grâces putassières de l'époque au charme éprouvé de la plus pure propagande stalinienne. Voici donc Paris Match qui titre "Sarkozy, un destin en marche" : au moins le limogeage de Généstar n'aura pas été inutile. Et bien sûr, comme dans les meilleurs sketchs, c'est à ce moment que l'intéressé, qui a certainement donné l'imprimatur pour que paraisse ce torchon, se plaint d'être mal aimé des médias, et voit sa complainte reprise par les idiots utiles, qui la reçoivent comme l'expression du bon sens crasseux qu'ils affectionnent.

Contrairement à Phersu, pour une fois, je ne pense pas que cette couverture, à force de ridicule dans le coup de lèche, puisse se retourner contre le petit conducator de Neuilly. Je crois plutôt qu'un mensonge répété avec force, et repris par des crétins embrigadés pour lesquels la victoire est plus importante que la vérité, finit par devenir la vérité : ainsi triomphe le bullshit, qui fait passer ceux qui s'en méfient pour des pisse-froids.

Pourquoi est ce qu'un MacDo trouve utile de se décorer à coups de légumes géants (rue Soufflot, voyez vous-même) alors qu'il sert la même merde sucrée et grasse que partout ailleurs ? Pourquoi est ce que des spammeurs continuent à envoyer des mails "enlarge your péniche" ? C'est parce que le mensonge profite, s'il est repris à satiété.

Le cas Sarko est d'ailleurs bien inspiré. C'est Bush Jr qui a trouvé utile de répandre pendant la campagne de 2000 que les mainstream medias étaient majoritairement démocrates (liberal bias), idée qui semblait tellement évidente que les démocrates eux-mêmes n'étaient pas à l'aise pour la contester. Et pendant ce temps, bien sûr, les "rares" médias conservateurs pouvaient en rajouter dans la propagande la plus éhontée, puisqu'ils étaient minoritaires ! Et quand Al Franken, bien après l'élection, a mené l'enquête dans un bouquin hilarant pour démontrer, en comptant les articles avec une armée de stagiaires, que la couverture était en fait légèrement favorable à W et en tout état de cause le reflet du bipartisme, personne n'en avait plus rien à foutre - et ce Franken n'est-il pas l'un de ces menteurs démocrates de toute façon ?

Du coup, c'est à nous de démonter le pseudo complot anti-sarko, alors qu'aujourd'hui le rouleau compresseur TF1 roule au moins autant pour lui, sinon plus, que pour l'égérie du PS, que Paris Match est vendu, et que même les rédactions composés de journalistes de gauche finissent par se faire amadouer à coup de coquilles saint-jacques (payées avec notre pognon, mais qui s'en soucie ?), mettant au clair un mécanisme déjà démontré dans l'excellente BD de Cohen, Malka & Riss.

Ainsi quand Ségolène joue et jouera encore la victime du machisme, Sarko pourra continuer à défendre ses projets de merde tout en répliquant, quand on l'attaquera, qu'il s'agit d'un complot gauchiste. On est bien barrés.