En gros, on ne peut pas parler avec les terroristes du Hezbollah, c'est complètement interdit. Peu importe qu'ils tiennent la moitié du Liban (de gré ou de force d'ailleurs), ils sont vraiment trop méchants, et puis ce sont des chiites, donc des amis de la Syrie et de l'Iran, autant dire la dernière incarnation du mal, celle qui remplace Al Quaeda dans le coeur des géopoliticiens de comptoir. Et quand on décide quand même de parler au Hezbollah, on ne peut pas les laisser comparer Israël avec le nazisme, ou dire que les américains sont des brutes. Non non et non, dans ce cas, on se lève et on quitte la salle, ou alors on leur fait une leçon de morale, ou en tout cas on réagit en moins de 24 heures (!).

Dieu sait que je ne suis pas un fan de Royal. Et en effet, elle a fait une bourde, elle ne s'est pas rendue compte que son interlocuteur franchissait la ligne jaune diplomatique. Mais quelle ligne jaune, au fait ? Que lui reproche-t-on au juste, sinon d'avoir laissé dire les conneries que le Hezbollah répète en permanence ? Cette comparaison pourrie entre Israël et les nazis est l'un des plus vieux lieu commun du monde arabe, et tout ennemi de "l'entité sioniste" y sacrifie en permanence, avant de pleurnicher parce que l'occident y voit de l'antisémitisme au lieu d'une analyse factuelle d'historien ! Et en général cela culmine dans la mauvaise foi, de la négation du 11 septembre au besoin de rétablir la justice en dénonçant le "mensonge de l'holocauste" quand des dessinateurs danois osent laisser entendre que l'islam sert de prétexte au terrorisme.

Du coup, je ne sais pas si l'indignation automatique et programmée face aux discours antisémites tenus à l'étranger, et surtout à cette comparaison grossière qui fait tant plaisir au Hezbollah, soit vraiment la meilleure solution. Ou alors il ne faudrait pas rencontrer le Hezbollah, faire comme s'il n'existait pas, peut-être ? Cela sera sans doute vachement efficace pour faire avancer la situation libanaise (si tant est que Royal puisse y prétendre, d'ailleurs). Le problème du Hezbollah n'est pas qu'il dit n'importe quoi, mais bien qu'il est encore prêt à entraîner le sud du pays dans une guerre qu'il n'a pas demandé, sans que l'on sache jusqu'où les libanais sont prêts à le soutenir.

De la même manière, je trouvais un peu stupide qu'on hurle tout à coup à l'arrivée au pouvoir du Hamas à Gaza, et de se rendre compte que non seulement ce sont des terroristes, mais qu'ils veulent détruire Israël. Sans blague ? Là encore, il s'agit de principes déplacés ; ce n'est qu'une fois (on peut rêver) l'occupation finie et Israël rassemblé derrière la ligne de 67 qu'il faudrait empêcher le Hamas d'aller plus loin. Et d'ici là, ce n'est pas en faisant la leçon de morale au Hamas qu'il arrêtera d'utiliser l'arme du terrorisme, mais seulement quand il n'y aura plus intérêt ; c'est peut-être inacceptable, mais c'est comme ça.

En attendant, ce qui est encore plus énervant que la politique spectacle, ce sont ces indignations pretexte auxquelles plus personne ne croit, le spectacle du bal des hypocrites culminant quand un incompétent notoire comme Double Ecstasy (rappelez vous, celui qui ne savait pas que l'Angleterre n'avait pas été envahie par l'Allemagne en 40) se permet de donner des leçons de diplomatie.