Vous préférez dire quoi, "réforme fiscale qui profite surtout aux plus riches" ou "bouclier fiscal" ? Il me semble que la seconde option gagne en rapidité et en élégance, non ? D'ailleurs partout c'est cette expression forgée par le gouvernement qui a été reprise, la plupart du temps entre guillemets, car elle permet de dire simplement une mesure technique difficile à résumer : un "dispositif qui fait que le montant total des impôts directs nationaux et locaux d'un contribuable ne pourra pas dépasser 60 % de ses revenus".

Mais ce n'est pas qu'un résumé ; "bouclier", cela renvoie à une image Astérix de la justice, c'est le gouvernement qui protège contre l'arbitraire de l'administration. Et surtout cela sonne beaucoup, beaucoup mieux que "plafonnement", qui aurait clairement traduit que la progressivité de l'impôt ne concerne pas tout le monde. Bref, c'est un magnifique exemple de framing, où la formulation de la réforme s'impose naturellement et influe favorablement sur sa perception dans l'opinion (l'exemple canonique, c'est Bush rebaptisant l'impôt sur la succession "death tax").

Bien sûr, comme pour toutes les réformes fiscales, ou plutôt les mesures de réduction d'impôts, on met en avant l'exemple de pauvres contribuables écrasés par la fiscalité locale - 90% des personnes concernées parait-il - alors que l'essentiel du coût pour l'Etat ira aux plus riches : 250 millions d'euros sur 400 millions pour 15 000 contribuables au plus : soit 16 600 euros en moyenne, de quoi profiter vraiment de Courchevel (il faut dire que les nouveaux Russes mettent la barre assez haut côté train de vie). Techniquement, rien n'empêchait de limiter l'imposition des premiers tout en maintenant les taxes des autres, mais ce n'aurait pas été "juste", n'est-ce-pas ?


Et pendant ce temps, c'est le grand retour de la famille Gaymard, avec pub sur la une du New York Times ! (qui met aussi en exergue un article sur la Courneuve, pas aussi "new France" qu'on le voudrait).