Leclerc détourne Mai 1968
Par Guillermo, le lundi 21 février 2005 :: Grouik :: #18 :: rss
Ce choix a de nombreuses vertus. Les événements de Mai illustrent les valeurs de combat, de militantisme. Les échos en sont positifs, même chez les plus jeunes. (Romain Vuillerminaz, un des concepteurs de la campagne, cité par le Monde).
Nous sommes dans un système marchand, une société de récupération et de nostalgie. La mise en scène de la contestation est très appréciée pour son côté ludique. (Gilles Masson, un autre pubard, idem).
Ce sont les publicitaires qui parlent. On ne leur reprochera pas de rechercher le maximum d'efficacité, ni de piller un répertoire déja largement profanné. Mais je remercie Edouard L. pour cette campagne qui va me permettre d'alimenter mon moulin
anti-pub.
La pub a toujours aimé flirter avec la propagande, dont elle descend naturellement. On se souvient des pubs de Nike dans une tonalité mussolinienne, bien adaptées au marché du foot comme à la logique du stade ; mais cet emprunt à l'extreme droite est encore rare, malgré tout les fachos ne sont pas tres fréquentables.
Par contre le communisme, Marx Staline ou Mao pour vendre la française des jeux, la faucille pour les sociétés de Bourse, ça marche à fond. Normal, d'abord parce qu'on a en France une sorte de tolérance nostalgique pour les stals et les maos, qui n'ont rien fait de mal chez nous, et ensuite parce que le discours "prendre aux riches pour donner aux pauvres", un peu réduit et caricaturé par rapport à Lénine dans le texte, s'adapte quand même bien à la pub qui défendra toujours l'illusion de la valeur du produit : un achat de merde en supermarché vous transforme en grande star, et cet écart miraculeux entre le prix du tube de gel et l'aura qu'il apporte au blaireau de base n'étonne personne, chacun étant trop content de faire l'affaire du siècle dans son coin (grande inversion : la valeur d'usage plus grande que la valeur marchande, tiens Marx prend ça dans la gueule.)
On me dira que cette campagne, nostalgique ou pas (tu parles) n'est qu'une des variations infinie du second degré, simplement un peu plus grossière que d'habitude (il y aura bien un vieil ouvrier de la CGT pour s'indigner qu'on récupère aussi cyniquement un véritable folklore). La pub aime le second degré, qui est naturellement le meilleur ami du mensonge. On y reviendra.
Mais ce qui est fort, c'est qu'il n'y a pas plus antagoniste que l'esprit 68, quoi qu'on en pense, et un hypermarché qui vend de la merde ; pas plus opposé que les slogans de l'époque, qui appelaient au moins à penser par soi-même, et le lobotomie routinière façon Leclerc. Tout le monde le sait, mais c'est la grace du second degré, en entrechoquant les références et en dénonçant à l'avance le caractère absurde d'une telle amalgame, tout en la réalisant, qui fait que tout le monde s'en fout et se contente de trouver "sympa" ce genre de pub qui met en scène des images d'une révolte devenue aujourd'hui absurde. Les créateurs auraient tort de se priver, d'autant qu'ils n'ont pas eu trop de boulot à faire ce coup-ci.

Commentaires
1. Le lundi 21 février 2005, par Tommy Boy
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