Valls. Chaque bonne conscience de gauche qui condamne ses propos le fait jouir, et le sert. Valls n'en a rien à foutre des Roms, de la sécurité, de la gauche ou de la France. On le sait tous. Il ne travaille que pour lui, ses sondages, sa carrière. On le sait et on l'oublie et on le sert forcément en parlant de lui, en bien ou en mal. Nous laisse-t-il seulement le choix ?

Valls n'est pas seulement déplaisant parce qu'il se fout de nous et qu'il ne prend même pas la peine de cacher son ambition derrière le prétexte de l’intérêt général. Il nous dégoûte parce qu'il touche directement le sale en nous, le petit, le mesquin, l'envieux qui se rassure en conchiant les Roms.

Valls a compris que la France se créolise. La structure des classes et des castes épouse celle des couleurs et des origines, et le Rom a la bonne chance d'être au plus bas de l'échelle. Alors quel bonheur pour le français moyen bouffeur de BFMTV, "intégré" ou "de souche" en zara hachéeme, comment mieux se consoler de sa misère morale, intellectuelle et parfois financière que de pester contre les Roms qui ont le malheur de sortir de leurs bidonvilles pas encore rasés. Pas question que 0,0000001% de la TVA payée sur mon écran plat serve à aider ces gens qui "ne veulent même pas s'intégrer".

Et reconnaissons qu'on est tous quelque part tentés par la haine raciale, parce qu'on a tous vécu cette petite délinquance de très basse intensité, risqué de se faire piquer un téléphone, s'être énervé de voir quelqu'un vider les poubelles dans nos rues proprettes. Quand le Rom est un emmerdeur ou un voleur, ce qui arrive ne-nous-voilons-pas-la-face, il faudrait être bien faible ou profondément sain pour voir encore son humanité, cette misère - parfois choisie - tendue en miroir de la notre. Je rends grâce aux bénévoles (tiens les gens près de l'église de mon quartier) qui font l'effort d'aider les Roms, à contre-courant de tout ce que la société pense.

La société aime écouter Valls. Elle s'indigne avec Valls, puis elle s'indigne de tous ceux qui rappellent que c'est compliqué, qu'on ne devrait peut-être pas focaliser l'énergie politique d'un pays sur 15 000 gens différent. Alors après la haine des Roms vient celle de leurs derniers défenseurs, naïfs-bisounours-angéliques ou désinformateurs téléguidés d'en haut, ces donneurs de leçons qui voudraient nous empêcher de nous repaître de notre haine tartinée de supériorité de connards civilisés avec crédit immobilier (pas comme eux).

Et Valls avance tranquillement là où il veut. Comme Sarkozy, l'efficacité n'est plus une composante de la discussion politique, seule compte la dénonciation dégueulasse, et les lois qu'on sait inutiles ou contre-productives mais qu'on fait voter quand même. Que propose Valls ? Rien, sinon bientôt transformer le Rom (européen et chrétien d'ailleurs) en clandestin qu'on pourra enfin foutre en cage et expulser loin de chez nous, qu'ils aillent se non-intégrer ailleurs, là où on les ratonne, qu'ils crèvent mais ailleurs. Changer l'Europe bureaucratique et libérale non, mais pouvoir repousser ces gens trop sales pour nous ça c'est important.

Bien sûr je n'ai pas de solution ; mais ce n'est pas aux blogueurs et aux commentateurs du dimanche dans leur genre de trouver des solutions, c'est aux types a qui on a bien voulu - et faute d'autre choix - confier le pouvoir, ils n'ont pas peur de nous balancer toutes les excuses technocratiques du monde pour justifier leur impuissance face au chômage, que leurs technocratie produise quelque chose d'utile pour une fois, sans nous dégrader au rang de kapos ou de bourreaux tant qu'à faire.