Le nouveau discours dominant, "post pigeons" si l'on peut se permettre ce raccourci, fait grand cas de la taxation des plus-values. Celles-ci ne sont plus rattachées à l'ordre de la spéculation, mais à celui du travail - mais d'un "nouveau" travail, plus méritoire, plus bénéfique, et qui justement ne saurait être taxé comme "l'ancien" travail.

Sur quoi ce base ce "nouveau" travail ? D'abord sur la figure de l'entrepreneur, modèle idéal-typique en entreprise, avec cet investissement absolu et compréhensible qu'on voudrait étendre à ceux qui ne disposent pas de capital.

Ainsi cette figure porte en creux une dénonciation presque directe du travail "réel", c'est à dire du travail de la très grande majorité des salariés, décompté à l'heure, rarement bien payé, pas toujours intéressant, et presque jamais valorisant. Travail souvent difficile, et qui se trouve dégradé symboliquement, parce qu'il ne saurait être ni créateur, ni risqué.

Pourtant, qui crève des maladies professionnelles ? qui plus souvent encore doit flipper de perdre son emploi et de ne plus jamais rien retrouver passé 45 ans ? Qui doit subir et écraser parce qu'il est coincé, non pas par manque de goût du risque, mais parce qu'à un moment tout est déjà écrit, figé, et que les carrières ont le plus souvent une destination unique ? Qui risque d'y passer finalement ? Et pour quels bénéfices, puisque le salariat, sauf rares exceptions, ne permet plus de se constituer un patrimoine ?

La péroraison de droite sur la "valeur travail", mise en perspective, écartèle donc le salariés lambda entre la figure totémique de l'entrepreneur et le repoussoir de l'assistanat. Condamner l’assistanat, c'est au fond la seule façon de valoriser des salariés appauvris qui ne sont qu'une variable d'ajustement - la question de la compétitivité, c'est à dire de ces salaires tellement élevés - et qui n'ont pas l'heur de prendre des risques. C'est le meilleur moyen de faire avaler des solutions de précarité choisie, comme l'auto entreprenariat, salariat déguisé sans le moindre avantage.

C'est enfin une manière de prolonger la confusion conceptuelle qui commence quand un patron, un politique, un grand ponte explique qu'il travaille énormément. Confusion entre le travail-loisir, valorisé et valorisant, de déjeuner en vol classe affaires, travail qui consiste à jouer du pouvoir et à s'exprimer, et le travail tel que vécu par la majorité des salariés. Confusion qui ne laisse plus tellement d'espace à ceux qui justement, travaillent vraiment, et pour plus rien.