Dans cette société d'exploitation, la vie n'a jamais été rose pour celles et ceux qui n'ont ni capitaux ni rentes et n'ont que leur travail pour vivre. L'injustice fondamentale de cette société est que ce sont précisément ceux qui produisent, qui font tout fonctionner, qui vivent le plus mal, pendant que de riches parasites, qui ne font rien d'utile et, au contraire, ruinent la société par la spéculation, amassent des fortunes de plus en plus grandes. (dans la profession de foi de Nathalie Arthaud).

Que cela soit caricatural, c'est l'évidence - où est passée la classe moyenne ? Les riches sont-ils tous des rentiers spéculateurs ? Et que cette formule maladroite soit proprement inaudible aujourd'hui tant la vulgate marxiste qu'on trouvait partout il y a 40 ans s'est décomposée, c'est tout aussi évident.

Mais j'ai beau les trouver irréels et dangereux, ces mots me touchent. Après tout ils disent une réalité de la société tellement ancrée que personne ne prend plus la peine de la rappeler. Nous avons amélioré infiniment la condition des travailleurs, certes l'école est gratuite et on a la sécu (pour l'instant), mais derrière le voile de la consommation il reste le partage des destins entre une seigneurie toujours renouvelée et des paysans au goût du jour, versé d'abord dans les usines puis aujourd'hui les open space, et surveillés par les bataillons d'une classe moyenne elle-même de plus en plus famélique. En témoigne, parmi tant d'autre, ce récit de Florence Aubenas.

D'autres trouvent cela normal ; ils insisteront sur l'anthropologie de l'inégalité, sa nécessité, la contribution de ceux qui s'enrichissent, le démérite de ceux qui sont trop paresseux pour s'élever ; ils ne voient même plus le problème, et la comparaison est leur meilleure alliée ; ainsi va le monde, nous répètent-ils, et encore nous avons de la chance, tiens regardez la Chine. C'est bien le propre d'une pensée de droite.

Mais cela n'est qu'une phrase ; voter LO ne sert évidemment à rien, et ils le disent eux-mêmes, seule la révolution changera quelque chose, soyons patients. Quant à la réalité de l'exploitation, j'ai bien peur qu'elle soit celle du péché originel, et qu'il n'y ait pas de si grande richesse cachée qui, répartie autrement, puisse sortir tout le monde de la misère. Mais cela ne doit pas nous empêcher d'essayer de réduire ces inégalités, en commençant par user du bon vieil outil fiscal, et de garder à l'esprit cette exigence.


***

Voila aussi une question fondamentale qui ne fera pas débat, trop profonde pour qu'on s'y arrête sérieusement. Pour moi, cette formule caricaturale et inaudible, donc, contient cette part de vérité qui donne à penser, et représente finalement la chance de cette campagne relativement terne, que beaucoup voudraient réduire aux principaux acteurs, en s'autorisant un peu vite des conneries racontées sur Mars.

Ainsi des médias, qui bannissent toute curiosité si elle n'est pas liée à la distraction, et qui rejettent ce qui ne leur ressemble pas. Tous les BFMTV se foutent de la gueule d'Arthaud, parce qu'ils sont les agents abrutis de la reproduction du système à l'identique, et ne sont pas capable de lire ce qu'écrit LO, d'entendre ce que dit Arthaud, comme tout ce qui ne leur ressemble pas, et ne peuvent même pas se hisser au niveau de débat d'une secte anachronique. C'est dire.

Tiens Pascale Clarke, toujours fine, bouffée par des préjugés de classe en bonne représentante de la bourgeoisie journalistique, demande à Arthaud si "elle aimerait être riche". Je ne sais pas ce qu'Arthaud a répondu, mais je sais que son utopie est justement l'abolition de la richesse au profit d'une richesse de l'essentiel, pour tous ; peut etre a-t-elle même dit qu'elle était déjà riche, et elle l'est, puisqu'elle a tout ce dont elle a besoin.

Le rêve de richesse de Pascal Clarke, par contre, c'est le retour du rêve du rentier derrière le paravent de l'entrepreneur, ceux qui ne travaillent pas ou ne voudraient que commander, avachis comme des empereurs romains ; c'est le rêve vendu par la Française des jeux, de ne rien changer sauf sa situation individuelle, et qui ne marche justement que par la persistence des inégalités.