Disons le tout de suite : il avait bonne figure, not’président, hier à la télé ! Ça c’est du charisme ! Ça c’est un président ! Et disons le juste après : cette histoire de charisme, c’est un incroyable écueil. Après les gens qui s’épuisent à gagner le smic et qui flippent parce qu’on veut taxer les joueurs de foot millionnaires, voici les gens qui se font maltraiter - et qui en redemandent.

Gouvernez-nous ! Gardez-nous de la tentation de nous servir une retraite tant qu’on n’a pas bossé 45 ans derrière une machine ! Préservez-nous de l’étranger, des mahométans, des rouges, et de l’ennemi intérieur, les assistés et les chômeurs ! Enfoncez-nous dans l’austérité car nous avons trop dépensé, même si nous n’y sommes pour rien ! Et surtout protégez les riches, car ils sont le sel de la terre, et la fierté de la France. Bref, tant que vous ne touchez pas à nos détecteurs de radar, faites de nous ce que vous voulez.

Je vais vous le dire, je ne supporte plus ce peuple d’éternels mineurs qui en appellent lâchement à un chef. Je ne supporte plus ces frustrés qui veulent se venger de leur existence de plus en plus dure en espérant que la contrainte se porte sur les autres. Je ne supporte plus qu’on ait conquis le pouvoir pour mieux s’en débarrasser quand arrive le premier tribun venu.

Je ne comprends pas qu’on soit en république et qu’on continue à désirer un chef de clan, un roi vulgaire ou autres remugles bonapartistes. Qu’on en appelle encore à cette vieille lune de l’homme providentiel, ce vieux remord d’un peuple qui n’assume pas d’avoir décapité un (traitre) roi. Voilà bien le résultat de cette élection infantilisante, à laquelle nulle autre démocratie moderne ne se soumet.

Cette histoire de charisme qu’on entend partout reprocher à Hollande, c’est exactement ça : la peur des sujets devant l’inconnu, le cri des mineurs qui ne voient la politique que comme la projection de rapports familiaux fantasmés. Alors je commence à prendre toute la mesure de cette promesse de « président normal » à laquelle je ne prêtais jusqu’ici qu’une oreille distraite.

Je veux qu’on puisse débattre et décider sereinement, pas combattre des ennemis invisibles à chaque « réforme ». Je veux que le parlement soit autre chose qu’une armée de godillots. Je ne veux plus être le jouet de manipulateurs qui alternent appels à la pédagogie et excitation des vieilles peurs. Je veux qu’on se fasse confiance collectivement, comme le peuple majeur que nous sommes.