C'est bien beau de dénoncer la droite, mais encore faut-il le faire efficacement, en se mettant un peu à la place des cibles du discours UMP. Cela permettrait peut-être d'éviter deux arguments, toujours les mêmes, terriblement contre-productifs : 1/ "C'est dégueulasse de stigmatiser (les pauvres / les étrangers / les fonctionnaires / etc) 2/ "C'est comme l'extrême droite / ça fait monter le FN" Ce discours est éculé et pathétique, et surtout il est depuis très longtemps intégré dans la stratégie rhétorique d'en face. Il ne dénonce rien, il sert la droite.

Ainsi à chaque provocation droitière répond cette petite levée de bouclier, exactement attendue, et qui permet l'usuel tour de passe-passe : faire croire qu'une proposition inutile, parfaitement dans l'air du temps égoïste et paranoïaque, est l'expression courageuse d'un tabou à faire sauter ! La preuve : toute la "bien-pensance" se ligue contre elle.

Il faut peut-être revenir à la genèse de ces arguments moralisateurs, qui sont globalement (ok je simplifie) issus d'un contexte idéologique favorable : quand la gauche est passée d'une structuration marxiste à une avant-garde anti-raciste et anti-fasciste - au moment où il y avait un racisme institutionnel et individuel à combattre, et où ce combat était - pardonnez moi le raccourci - "cool". Etre antiraciste, c'était être moderne. De même pour la défense des pauvres, qui se justifiant dans un contexte où la pauvreté etait encore perçue comme un produit du système économique.

Aujourd'hui le contexte est bien différent, le racisme individuel progresse et l'idée que les pauvres sont responsables de leur merde (et pas question de payer pour eux !) est de plus en plus forte. Quant au FN, ce n'est plus un épouvantail, mais la nouvelle avant-garde unissant prolétaires désaffiliés et petite-bourgeoisie flippée par le déclassement. L'idéologie du moment est totalement dominée par des idées de droite.

Mieux, cette idéologie parvient à se dissimuler, au prétexte des euphémismes des médias, et à se faire passer pour un discours minoritaire, courageux. Une idéologie de combat, en lutte pour son acceptation - qui n'a jamais été aussi totale. Il suffit de voir comment le moindre fait divers est lu par des malades de l'ethnicité : s'il n'y a pas le nom du délinquant, on crie à la censure bien pensante ; si le nom est étranger, on le souligne lourdement, et si jamais c'est un bien d'chez nous, on rappelle que c'est une exception. CQFD, facile d'avoir toujours raison.

Si la gauche veut gagner, il faut qu'elle comprenne qu'elle doit reconstruire sa légitimité à la base. En commençant par changer d'argumentation. C'est pour cela que je trouve (j'en parlais l'autre jour avec Vogelsong) la couv de libé de mardi contre-productive. Dire "Guéant = Le Pen", c'est rendre service à Guéant.

Que faire ? Abandonner pour l'instant le terrain de la morale, pour celui du fait. Sur la sécurité typiquement, il faut dénoncer l'inefficacité de la répression, pas dire "c'est dégueulasse" ; la prévention, ce n'est pas de l'angélisme, c'est ce qui fonctionne. Sur l'immigration, deux arguments : le pays ne tournerait pas sans étrangers pour bosser, et le fait que 99% des immigrés et enfants d'étranger ne posent aucun problème. La fiscalité, c'est dire que la droite a fait le choix d'un transfert de la charge fiscale vers les classes moyennes. Bref, arrêter de croire qu'on mobilise sur la morale !

(Et l'autre réponse, c'est l'outrance symétrique : à la caricature, répondre par la caricature. On y reviendra). (Oui ce blog devait fermer, mais là ça m'énerve tellement ce gaspillage que bon voila).