Allez, reconnaissons-le, il y avait urgence à soulager les contribuables les plus aisés de 2 milliards d'ISF. Les pauvres, écrasés sous une telle pression fiscale, obligés de choisir entre le gros turbodiesel et l'intérieur en cuir ! Et ces 50 paysans victimes de la spéculation foncière, qu'on ressort à chaque débat, c'est pas un vrai scandale ? Et l'odieux bouclier fiscal, qu'on va supprimer suivant un principe simple, étendre son bénéfice à tous les redevables ou presque. Voila qui est juste !

Cela étant, pourquoi ne pas contenter ses électeurs ? Personne ne proteste ! Tout le monde s'en branle, de la fiscalité. Le PS râle mais a du mal à embrayer, et les médias n'aiment plus que les faits divers. Du coup on peut dire et faire n'importe quoi ; expliquer en même temps que l'impôt décourage la croissance et qu'il taxe injustement l'immobilier ; faire des comparaisons internationales en isolant l'ISF, sans parler de succession ou de niches fiscales. On est entre experts, on fait ce qu'on veut, le peuple regarde ailleurs.

J'attends maintenant que nos amis députés de droite - dont on ne saura pas combien d'entre eux ont bénéficié directement de la mesure - enchaînent avec leurs protestations de bonne gestion et de rigueur fiscale. En commençant par les couilles molles centristes qui ravalent poliment leurs amendements avant de voter comme on leur demande. Et la dette ? Quelle dette ?! C'est pas la Grèce ici ! D'ailleurs on va faire quelques économies sur le dos des assistés, notre cancer.

Le plus fort, c'est qu'on trouvera toujours des prolos et des bonnes gens de la classe moyenne pour revoter Sarkozy, et de sortir encore leurs mouchoirs en entendant le grand discours du sacrifice qu'ils ne manqueront pas d'entendre dès juin 2012 ! La dette creusée à coup de cadeaux fiscaux pour la classe rentière, qui va la rembourser, hein, sinon les connards de travailleurs ? Qui va se prendre une hausse de la TVA ? Qui va voir les classes de ses mômes fermer faute de profs ? Ils l'auront voulu - maigre consolation.