Dans un monde pré-Sofitel j'aurais, comme beaucoup de crypto-militants socialistes, un œil sur les sondages et un autre sur la stature du gars, donné mon pouvoir au boss du FMI, pressé de dégager Sarkozy et confiant dans la politique de centre-gauche qui en aurait découlé. Mais comme Royal en 2007, ce que je n'ai toujours pas digéré, il aurait fallu se ranger directement derrière une personnalité, avec ses frasques, ses défauts, ses envies d'indépendance, ses mauvais calculs pour faire le malin à la télé. Et tout ça pour quoi ?

Pour cette saloperie d'élection présidentielle, héritage empoisonné de toutes les gloires de l'histoire de France, passé à la moulinette de la bêtise télévisuelle, relents monarchistes, bonapartisme chauvin et courbettes devant l'homme providentiel. Et le doux plaisir de se voir courtisé, chaque fois plus grossièrement (encore un coup de république irréprochable ? mmhh ?), ne peut cacher longtemps que ce vote est acte de minorité, de sujétion, et comme toutes les dépendances, trop souvent renouvelé. Reste donc l'homme providentiel de droite, le même qu'avant, au plus bas des sondages et pourtant voyant s'ouvrir un boulevard devant lui, du fait de cette élection de merde, de ce plébiscite sur les grandes gueules, et pour les tronches qu'on connait ; après avoir chié sur Johnny, on en fait un dieu vivant, alors Sarkozy...

Ah oui me direz-vous, on connait l'analogie entre la monarchie et la Ve République, et puis la démagogie hein, c'est bon zyva avance. Oh oui on la connait ; on s'en repait même, on la cite à longueur de journée, mais quand on est face à l'urne, on cherche le Bonaparte du moment ; on dénonce, mais au moment d'agir, on se range derrière le mieux noté, et on bouffe aussi sa merde.

Mais cela va peut-être changer. Car désormais, il n'y a plus personne à gauche ; Hollande ou Aubry, voila tout : "normal", joli euphémisme pour le manque complet de charisme du père Hollabnde, et qui ne le démarquera guère de sa concurrente. Et pourtant, on se souvient que le meilleur gouvernement de ces vingt dernières années était celui de Jospin, dont la séduction protestante était pour le moins discrète. Jospin le relou frisé, sérieux et chiant, assez largement battu en 95, revient deux ans plus tard par la grâce d'une élection démocratique, c'est à dire un choix de programme et non pas de gueule de l'emploi ; Jospin qui perd assez logiquement après avoir bêtement souhaité "inverser le calendrier" et mettre la mère de toutes les élections, la présidentielle, à sa juste place. CQFD.

Les chances de victoires s'étiolent, et paradoxalement une campagne réussie à gauche ferait bien plus que de changer (tranquillement) la donne politique ; elle contribuerait à nous faire entrer dans l'age de la majorité politique, le moment où l'on vote pour un programme et pas pour une gueule, des promesses vaines ou des rêves d'amour vaches (n'est ce pas Le Pen fille ?). Le moment où nous désignons des représentants, des techniciens du pouvoir, et pas des semi roitelets braillards. Cela peut sembler délirant au moment où l'hyper personnalisation de la com permet de fabriquer une nouvelle Le Pen, et pourtant je pense qu'on n'est pas loin du mouvement de reflux, et du retour à des principes sains. Rêvons un peu.