"Un survival hallucinogène sous haute tension". (20 minute ou Première ou autre, à propos de 127 heures, sur l'affiche)

"Vivante jusqu'à la brûlure. Vivante dans sa part lumineuse" (Raphaëlle Rérolle, le Monde des Livres, à propos de Françoise, dans une publicité)

Aux "œuvres" inintéressantes du moment correspondent presque toujours des critiques trop emphatiques dans leur jugement comme dans leur expression ; de plus en plus courtes et superficielles, elles empilent les formules toutes faites comme si celui qui les écrivait voulait prouver qu'il faisait bien autre chose que de paraphraser les dossiers de presse.



Rien d'étonnant alors que ce "matériel" revienne alimenter en flux tendu bandes annonces, introductions aux bonnes feuilles, et affiches et encarts de pubs des objets chroniqués, bref toute la cohorte promotionnelle dont les médias se sont depuis longtemps emparés. Vous noterez que jamais la publicité culturelle n'a autant fait appel à ces extraits choisis, et que jamais ces critiques n'ont autant semblé les résultats d'une commande, au point qu'on se demande quelle est la rétribution du petit effort servile des "critiques" qui s'assurent, par l'habileté publicitaire de la tournure, la place de choix sur ladite affiche.

Mais le mot de critique est encore trop fort ; à force d'être continuellement haï par ceux qui voudraient se trouver dans un rapport immédiat au tombereau de merde qui leur passe des yeux au cerveau reptilien, les journalistes commis à l'évaluation de l'industrie culturelle ont abandonné depuis longtemps l'idée de comprendre "l’œuvre" (et peut-être parce qu'il n'y a plus rien à comprendre ?) pour s'ingénier à ce qu'on pourrait appeler le "partage d'envie", l'impératif de rajouter du désir sur le désir publicitaire pour qu'évidemment les "spectateurs" ou "lecteurs" (ou ce qu'il en reste) consomment et se fassent - graal de l'individualisme contemporain - leur "propre opinion" ; propre opinion que l'internet recycle à l'envie, par contre, appelant partout aux commentaires et vivant du flux de trafic commis par les imbéciles.

Alors on tombe régulièrement sur des crétins chiant sur un livre ou un film trop compliqué pour eux, comme des pigeons sur une statue se moquent bien de qui elle représente ; heureux de salir Proust (un exemple parmi tant d'autres) parce qu'ils n'ont "pas pu dépasser 50 pages" ou, pire, qu'ils l'ont "lu jusqu'au bout" pour vraiment nous confirmer que c'était une œuvre vaine.