Ayant moi-même joué au gauchiste énervé dans ma prime jeunesse, ayant eu le plaisir de balancer des (petits) cailloux sur les flics (en tenue anti-émeutes, quand même), ayant ramassé quelques coups de matraque et respiré pas mal de lacrymo lors de dispersions de "sit-in pacifiques" ("étudiants, pas casseurs"), bref ayant eu mon petit mouvement de formation dans les manifs étudiantes tandis que d'autres mettaient à profit le temps de leur jeunesse pour aller à l'aumônerie, monter des assoces ou carrément créer des entreprises, j'avoue qu'il m'en reste un sentiment de compréhension face aux pseudo-émeutiers qui protestent contre l'élection de Sarkozy.

Bien sûr, cette violence n'est aucunement acceptable, et procède même, dans sa spontanéité, d'un calcul politique absolument foireux, dont on se demande parfois s'il ne vise pas inconsciemment à renforcer Sarkozy. De ce point de vue, la logique froide de la justice ne me surprend pas, qui condamne ces pseudo-émeutiers à des peines bien lourdes pour des primo-délinquants, d'autant plus que le régime de la preuve n'est jamais vraiment respecté lors de ces procès en comparution immédiate. C'est dans la logique du pouvoir qui sanctionne toujours lourdement ce genre de public militant tandis qu'il n'est pas dérangé par la violence "légitime" des agriculteurs ou des marins pêcheurs (celle justement qui était absoute d'avance par notre nouveau président).

Reste que si ces agitations sont illégitimes et contre-productives, voire surréalistes (le blocage anticipé de Tolbiac avait quelque chose de rigolo, sans doute pas loin de la mémorable "occupation de l'EHESS" par des totos alcoolisés producteurs de sens), il y a quelque chose de comique à voir la droite toute contente de dénoncer le "déni de la démocratie" qui consiste en la "contestation de l'élection" super majoritaire de notre nouveau super président. C'est encore une fois, et comme une répétition générale, le vieux coup de "c'est pas la rue qui gouverne", décliné cette fois sur un mode absurde vu le caractère insignifiant de cette contestation violente : à les écouter, on croirait que les ligues marchent à nouveau sur la Chambre.

Pourtant, s'il y a bien quelque chose qui peut menacer la démocratie et la république, c'est bien l'élection parfaitement démocratique de Sarkozy. Si l'homme n'est heureusement pas la graine de dictateur que les gauchistes dénoncent à tort, je crains que les mesures proposées dans son programme (et validées par le peuple) fassent autrement plus de mal au pays et aux institutions que trois cents gogols énervés dans la rue. Qu'est ce qui menace la démocratie : un président renforcé devant un parlement remplis de godillots, ou des pavés sur les flics ? Des médias aux ordres, à peine bons à enquêter sur les aspects les plus triviaux des vacances dorées du chef, ou des vitrines brisées ? La violence des démunis assistés qu'on va priver d'indemnité sous prétexte d'économies, ou le blocage d'une fac ?

Donc ces violences de rue ne sont pas acceptables, pas plus que les peines disproportionnées auxquelles elles donnent droit, et pas plus que les mesures antisociales que le futur gouvernement prépare.