H5N1. Le chiffre de la bête, le code du virus. Rien que ces deux lettres et deux chiffres suffisent à faire peur. Certes, il faut creuser pour comprendre d'ou vient ce nom (merci Wikipedia), mais après tout cela n'a pas d'importance, puisque les sigles finissent toujours par ne plus signifier qu'eux-mêmes.

La vraie fonction de "H5N1" est de renouveler "grippe aviaire", ce truc qu'on nous promet depuis deux ans et qui, à force de ne pas se matérialiser, finissait par perdre son caractère d'épouvantail. "Grippe aviaire" n'a pas la précision clinique du code, ne sonne pas de façon aussi menaçante, le mot grippe lui-même banalise l'affaire, une simple épidémie, pas une pandémie ou, mieux, une épizootie, tout au plus un prétexte pour sécher l'école, rien de sérieux en sorte.

Mais quand le code du virus barre la une du Monde daté d'aujourd'hui, il permet en 4 signes de résumer toute l'affaire, y compris dans ses aspects un rien grotesques (sauvons la filière avicole !), et de sonner l'alarme. Comme toujours, le rabâchage journalistique joue sa crédibilité à coup de termes techniques, et "la première victime du H5N1" (en titre de dépêche, modifiée depuis) sonne décidément mieux que "canard mort de la grippe aviaire". Une fois le mot prononcé, il ne nous reste plus qu'à attendre, bien calé dans notre fauteuil, le développement inéluctable du fléau, tellement annoncé d'avance qu'il semblera peut-être un peu longuet.

Et comme à chaque fois, nous trouverons des gens pour prononcer le code d'un air entendu, d'un air de pro, profitant de l'autorité magique du terme pour mieux annoncer qu'ils ne mangeront plus de poulet.