A propos
radical chic

"Je suis blonde, mais je comprends, hein"

J'en peux plus d'entendre ce genre de conneries ; la prochaine fois qu'une femme plus ou moins blonde me sort cette bouffonnerie je vais éviter le petit sourire de circonstance que l'on réserve aux amateurs de vannes pourries, celui qui accuse réception de l'intention humoristique tout en évacuant immédiatement tout prolongement sur le même terrain (laissant chacun se demander si c'est la blague, ou la personne qui l'entend, qui n'est pas drôle) et dire quelque chose de cassant. Non pas une leçon sur le sens de la perpétuation du (faux) stigmate, mais plutôt sur la culture pathétique de la vanne de merde et du stéréotype sexiste.

D'ailleurs je me fous du stéréotype sexiste. Il est certes attristant de voir des filles reproduire les carcans débiles sous le prétexte bien pratique du second degré, sacrifiant leur identité au profit du collectif ; comme si l'on acceptait de voir un type basané dire "je suis arabe, mais je peux me retenir de voler, hein" (merde d'ailleurs ça doit arriver). Mais le plus grave, c'est ce comique de répétition qui espère que la conversation sera plus légère parce que ponctuée de ces références bas de gamme que tout le monde comprend immédiatement.

Pour la petite histoire, je n'ai rien contre les blagues de blonde, pas plus que les blagues ou c'est un Arabe, un Français et un Belge qui... Ce ne sont que des structures qui peuvent donner le pire comme le meilleur humour. De même, le problème dépasse la culture totalitaire du second degré ; l'ensemble devient insupportable quand le second degré se combine avec une absence totale d'humour et d'originalité. Pire, cette tentative de complicité instantanée suppose un agrément de la part du locuteur, agrément du cadre de l'échange, agrément à la blague sexiste et au fait qu'on la reconnaisse et qu'on accepte qu'une relation puisse se constituer sur une bêtise aussi crasse. Au fond, c'est une insulte.

Non, Facebook ne gardera pas pour l'éternité mes photos de merde !

Ouf, justice est faite, Facebook recule devant le tollé général, et ne gardera donc pas pendant toute la durée de son existence les données personnelles de ses utilisateurs. Retour aux anciennes conditions de service, que je ne connais pas plus que les nouvelles, que personne ne connait à part quelques maniaques procéduriers et les éternels défenseurs des libertés, surtout sur des sujets aussi urgents et dramatiques.

Il y a quelques mois on a avait déjà hurlé quand Facebook, qui ne dispose pourtant d'aucun revenu, voulait se servir des ces fameuses données (que personne n'est obligé de remplir) pour les vendre à des publicitaires. J'ai l'impression que les utilisateurs de Facebook (personnellement j'en suis mais je n'y vais jamais, je devrais d'ailleurs fermer mon compte) demandent une sorte de service public du réseau social, oui raconter ma vie avec des statuts débiles ("pfff trop marre du taf là" / "trop sympa le dîner chez gaston lol"), oui commenter les statuts débiles de mes potes, oui publier des photos pourries et les taguer pendant des heures, mais ne jamais payer le prix de ce divertissement.

Et aujourd'hui ce sont les mêmes qui flippent que Big Brother Facebook leur pique leurs contenus ! Est ce que quelqu'un a déjà réfléchi sérieusement à la "valeur" des contenus en question, et de ce que pourrait faire Facebook dans 10 ans avec les 10 milliards de photos merdiques qui encombrent ses serveurs (combien de centrales électriques pour stocker tout ça d'ailleurs) ? Avec la photo de Jessica et ses copines se tenant par les épaules, les yeux rouges et le regard torve de la fête ordinaire, le tout surexposé au flash ? Avec les photos de vacances de Jeannot et ses potes, là devant la tour eiffel ou l'empire state ? Avec tout ce dégueuli de photo produites en chaîne parce que gratuites, merci le numérique, et qui ne vaudront jamais rien au delà du cercle d'intimes auxquelles elles sont naturellement destinées ?

Quel noble souci des "libertés publiques", tandis que nos facebookers tolèrent très bien le reste du régime de surveillance qui constitue le pouvoir d'aujourd'hui. Mettez des caméras partout, mettez tout le monde en garde à vue, mais pas de pub ciblée sur Facebook, et pas touche à mes photos de merde ! Comme si les avertissements d'Orwell avaient été compris à l'envers.

Week-end à Libé

Toujours pas trace, sur le site de libé, de la rubrique "monjournal", ex "journal de la semaine" ; c'est dommage, car cette semaine signée Alain Schifres est plutôt réussie. D'abord, il traduit enfin en mot une tendance énervante de la langue : "La mode est à supprimer le verbe et l'adjectif. On ne veut que des noms, on va au listing. Le français se substantive, il devient pierreux." En effet, ce matin même, je tombais sur une affiche de la marie de Paris déconseillant "le nourrissage" des oiseaux. Ben tiens. Mais surtout, Schifres aligne les "semaines" (comme il dit) un peu snob qui font miroiter la vie des intellectuels chanceux :

"Pour en revenir aux Semaines, il y en a du dernier chic. L'auteur déjeune avec Carla. Il dîne avec Milos qui adapte une de ses oeuvres au cinéma. Il fait une conférence à Berkeley, rencontre ses lecteurs à Strasbourg, appelle son agent à Toronto, soupe avec Hichir qui le traduit en japonais. Il ne donne que des prénoms, comme chez les coiffeurs et les socialistes. Il cite Saint Augustin, Pascal, Graciàn et trois lignes bien senties tirées de l'Art de la guerre de Sun Zi".

Avec le temps, il fallait bien que la rubrique suscite sa propre critique, et c'est fort bien vu - sauf peut-être pour Sun Zi qui, trop commun, ne sert plus que dans les manuels de management. Le reste du papier célèbre les "choses qui n'en valent pas justement pas la peine", ce qui généralement rend ces chroniques charmantes. Alors pourquoi ne les trouve-t-on pas en ligne ?


A part ça, je glande, comme c'est bon. Et je pense affectueusement à ces connards de sarkozystes qui veulent nous mettre au travail tandis qu'ils se gavent, eux aussi, de RTT sur les plages de Deauville (pas moi, pas Deauville).

Casual Friday

J’avoue tout. Je ne conseillerais jamais à des jeunes d’entrer dans une entreprise même si, ce qui est pure fantaisie, on devait leur y promettre toutes les sécurités. Je le dis sans colère, comme une conviction acquise : l’entreprise n’est pas un bon terreau pour le végétal humain. Les médiocres s’y enferment dans leur médiocrité, les meilleurs y perdent leurs qualités ou sont contraints de les mettre en veilleuse. De la base au sommet, l’entreprise développe les petites habiletés et cisaille les grands élans. Elle entraîne irrésistiblement vers le bas. Il faut s’y montrer plus avisé qu’intelligent, plus calculateur qu’inspiré, plus malin que diplomate. Ou se taire, ronger son frein, se mitonner son ulcère. C’est le lieu des fausses rencontres, de l’expression truquée, des enthousiasmes mimétiques, de la soumission à la force des choses ou plutôt à ceux qui se sont soumis, pour en tirer avantage et gloriole, à la force des choses. On s’accoutume à l’entreprise comme à une drogue : moins par plaisir ou par goût que parce qu’on se croit incapable de la quitter. (...)

Jean Sur, Résurgences, marché 36

(...) Ne promouvoir que le salariat me semble terriblement limité. Voir seulement l'homme comme un être recherchant une paie me semble une conception étroite de l'humain. C'est une forme d'esclavage.
Aujourd'hui, dans les pays du Nord, chaque enfant travaille dur à l'école pour obtenir un bon travail. C'est-à-dire un bon salaire. Adulte, il travaillera pour quelqu'un, deviendra dépendant de lui. L'être humain n'est pas né pour servir un autre être humain. Un travailleur indépendant, qui tient une échoppe par exemple, travaille quand il en a besoin. Si certains jours il ne veut pas travailler, il le peut. Il a fait sa journée, il profite un peu de la vie. Il n'a personne à prévenir s'il a une heure de retard. Il ne s'inquiète pas de perdre une partie de son salaire. Quand nous étions des chasseurs-cueilleurs, nous n'étions pas des esclaves, nous dirigions nos existences. Des millions d'années plus tard, nous avons perdu cette liberté. Nous menons des vies rigides, calées sur les mêmes rythmes de travail tous les jours. Nous courons pour nous rendre au travail, nous courons pour rentrer à la maison. Cette vie robotique ne me semble pas un progrès. Avec le salariat, nous avons glissé de la liberté d'entreprendre et d'une certaine souplesse de vie vers plus de rigidité. J'ai un salaire, un patron, je dois faire mon job que cela me plaise ou non, car je suis une machine à sous.

Muhammad Yunus, in le Monde : "Le système est aveugle à toute autre considération que le profit"

For tens of thousands of years, human beings didn’t have clocks. They lived, amazingly, by the sun and the moon and seasons and the needs and rhythms of their bodies. The clock is a very very recent invention, and even more recent is our modern society’s slavish adherence to the dictatorship of the clock.
Only very recently have we been forced to work from 8 to 5, and to go to school and follow a very rigid class schedule. Only very recently have we become obsessed with tracking and making use of every minute, so that we have things to do when we’re waiting for other things to happen.
Only recently did we begin to lose our humanity, begin to lose the art of conversation and the art of listening to our bodies, begin to lose sight of what’s really important and begin to become robots.

Zen Habits, Simple Manifesto: Break Free from the Tyranny of the Clock

Si vous lisez ce livre, sans doute faites-vous partie de la famille nombreuse des salariés d’entreprise, de statut cadre ou pas encore. Il y a fort à parier que, chaque jour, votre réveille-matin sonne avant l’aube. (...)
Comment tout cela a-t-il commencé ? Quand avez-vous acheté ce réveille-matin ? Quand le précédent est tombé en panne, n’est-ce pas ? Peut-être que, d’aussi loin que vous vous souveniez, la vie s’est profilée ainsi (...)
Pourriez-vous vous imaginer sans travailler ? Le rythme quotidien du bureau vous est-il indispensable ? Si oui, l’admettez-vous pourtant ? êtes-vous reconnaissant à l’entreprise de vous avoir accueilli, fourni cet espace, cet ordre dans lesquels vous avez trouvé vos rails ?

Antoine Darima, Guide pratique pour réussir sa carrière en entreprise - Avec tout le mépris et la cruauté que cette tâche requiert

Poncifs (I)

On ne sait que choisir, entre les crétins qui s'excitent sur les nouvelles technologies et les pauvres directeurs de conscience qui nous invitent à la prudence. Encore un exemple de la deuxième catégorie dans le Monde, où l'on nous explique que les emails peuvent être néfastes, qu'à force de trop vouloir gagner du temps on finit par en perdre, gna gna. Toujours le même genre d'article, qui alimente les mêmes poncifs, variation éternelle sur la technologie qui ne doit pas nous rendre esclave.

D'un point de vue pragmatique, c'est bien une perte de temps. Si encore cela pouvait faire tilt dans la tête des malades narcissiques qui arrosent la moitié de la terre en copie dès qu'ils écrivent trois lignes à un client, on pourrait tolérer ces papiers, mais ils ne sont jamais lus que par ceux qui en connaissent déjà les arguments. Le mail déconcentre ? Très bien, mais bonne chance pour échapper à l'emprise d'une boite de réception qui clignote, sans parler d'un blackberry en chaleur. Pourquoi enseigner la tempérance alors que la seule solution serait de couper les accès ?

Et plus largement, peu importe la façon dont le temps est gaspillé au travail. Croire que cela créé du stress, c'est confondre l'un des symptômes avec le principe même de la maladie. Le sentiment d'urgence est souvent la seule chose qui donne du sens au travail, tandis qu'on se bat contre des délais toujours plus absurdes. Machin doit voir truc, bidule présente machin devant chose, avec tout le comité zob, il faut qu'on soit prêts, ne nous laissons pas déconcentrer par les mails urgents. La belle affaire.

Fait ch'tier

Vous n'en avez pas marre d'entendre le mot ch'ti tout le temps et à toutes les sauces ? Et pas seulement à propos du film, ou de ses produits dérivés, ni des inévitables articles qui font le point sur le "phénomène" pour meubler les périodes sans inspiration. On dirait que l'une des conséquences imprévues du succès de Danny Boon est la disparition complète de la notion de "Nord" au profit de l'attrape-tout "ch'ti". C'est pratique et c'est tellement plus sympa, "gens du Nord" semblait sec et géographique, ch'ti c'est tout de suite convivial.

C'est à se demander si l'apparition de nouveaux mots - ou leur résurgence comme dans ce cas - ne créé pas ce qu'ils désignent. C'était le cas de "bobo", terme qu'on entend en permanence et dont on voit bien que ce qu'il nomme (dans sa version française d'ailleurs) n'existait tout simplement pas avant l'invention du mot. Et c'est encore le cas pour ce qui nous intéresse aujourd'hui, comme si l'on prêtait soudain attention à tout un pan de la culture populaire, par ailleurs passablement caricaturé, qui n'existait pas sur les radars auparavant. La preuve ce matin dans un journal gratos, où le journaliste précise qu'on "entend l'accent ch'ti" au parc Astérix. Evidemment, cette remarque n'aurait pas été possible trois mois plus tôt, car jamais il n'aurait entendu ou reconnu cet "accent".

Du coup Ch'ti va servir de désignation générique pour à peu près tout ce qui est au nord de Paris, aspirant toutes les nuances dans la joie du consensus. Je vois peut-être tout en noir, mais il me semble qu'à chacun de ces nouveaux mots à la mode la langue s'appauvrit un peu plus.

La vérité sur la bannière maudite

C'est incroyable mais pour une fois je vais être d'accord avec les footeux : cette bannière qui fait scandale n'en mérite pas tant. Elle n'a rien à voir avec les insultes racistes et autres régimes de bananes, autrement plus systématiques, et surtout elle ne doit pas être considérée comme "raciste", les cht'is n'étant pas une ethnie à part, aussi "consanguine" ou abonnée aux assedics soit-elle.

Cette bannière, c'est une grosse blague de beauf faite par des imbéciles qui ne connaissent pas le sens des limites, et qui ont confondu l'humour de fin de repas avec l'insulte publique. Je les imagine très bien en train de monter ce coup pendable, sans jamais se rendre compte qu'ils allaient un peu trop loin, tout cela étant destiné, comme le note le supporter en chef, à énerver les ultras d'en face, pas toute une région.

L'insulte fait partie du foot, comme la culture des "tifos" - d'où le fait étonnant que certains lensois aient pu apprécier l'offense, en connaisseurs, comme s'ils participaient à un concours de celui qui pisse le plus loin. Certes, c'est d'une bêtise navrante, mais à tout prendre je préfère que cette bêtise se manifeste par une pauvre bannière plutôt que par la violence physique, bien plus fréquente et autrement mieux acceptée. Et si cela fait un feuilleton distrayant, je ne vois pas non plus de quoi retenir des gens - fussent-ils des supporters de foot - en garde à vue.

Fast blogging

Ca fait pas cinq ans comme l'autre camarade, là, mais quand même trois bonnes années révolues, dont une et demi de délitement : de moins en moins de billets, de moins en moins bons, à quelques exceptions près (tiens, celui là, réhabiliter l'argent, pour rester dans le débat d'hier).

Quand j'ai commencé ce blog, je m'étais donné une règle simple : un post par jour. Puis je me suis dit que le dimanche, quand même, j'étais pas obligé. Puis y'a eu les vacances, encore plus sacrées que le dimanche, donc j'enregistrais des billets à l'avance, avant de laisser aussi tomber. Puis j'ai considéré que le samedi était une sorte de dimanche, dédié au dieu du commerce, autrement plus important. Puis j'ai changé de boulot, ce qui, combiné avec une baisse d'inspiration, a été fatal.

Bref, en perdant les obligations du départ, j'ai laissé filer ce blog (non, ce n'est pas le moment d'ironiser sur cette défaite de la liberté). Et comme ce qui me tenait à cœur était déjà dit plusieurs fois (sous les catégories "de merde" et "misère", en général), j'ai voulu compenser en faisant des billets plus sérieux, plus construits, avec des liens, et même avec des idées. Hélas, cela s'est d'abord traduit par un stock déprimant de billets non publiés, par des textes sentencieux et - surtout - par une écriture sans plaisir. Tout cela sans égaler, sauf moments d'inspiration, les billets mieux informés de mes camarades de lieu commun.

Du coup, j'ai pensé tout arrêter, mais comme cela sentait le gaspillage, j'ai plutôt choisi de revenir aux débuts de ce blog : un billet par jour (de semaine), en privilégiant le plaisir d'écrire et la mauvaise foi qui a toujours été ma principale ligne éditoriale. Tout cela au risque de la qualité, qui pourrait encore baisser d'ici à ce que je trouve le rythme de ces billets écrits d'une traite en quinze minute. Donc vous êtes prévenus, si c'est mal écrit, si ça ne sert à rien, c'est la faute de la règle.


J'adore cette tribune ; hyper bien écrite, et quelle réponse au papier mollasson qui prétendait expliquer pourquoi les filles n'aiment pas les maths ! Moi qui ne suis pas une gonzesse et qui n'aime pas les maths, je ne pouvais pas me l'expliquer par la peur de la vérité tranchante et virile de la science. Et pourtant :

Les femmes, ou plutôt, dans une immaturité lexicale évidemment innocente, «les filles», saisies au moment de leur formation où elles révèlent le plus sûrement leur hormoneuronale essence, supportent mal la violence de la vérité, le caractère obtus du réel n’étant pas adapté à leur nature intime. Les filles, c’est bien évidemment du ressenti, de la tripe, de l’utérin…- tota mulier in utero (semper) - cela ne formalise, ni ne formule, une fille, le concept, c’est pour les garçons ! Diplomates, accommodantes, humaines, en quelque sorte, et enclines par nature, dans ce monde relativiste, à tout mélanger : le vrai, le mou, la béchamel, les filles sont dans le compromis. En face, dures mais justes, inflexibles et binaires, les mathématiques offrent leur stature virile et incorruptible.


Si vous ne l'avez pas lu : Mieux vaut être Ch’ti et pédophile que footballeur et Nègre

iSinges

Il a quand même fallu des attentats ratés au Royaume Uni pour qu'on arrête de nous les briser avec l'iphone.... Avant cela, impossible d'y échapper : depuis l'annonce où des journalistes lobotomisés hurlaient de joie devant tant de promesses jusqu'aux parodies de l'engouement pour le "Jesus Phone", qui complètent malgré elles le buzz, tout contribue à alimenter encore les files de gogo qui flippent à l'idée de rater un produit dont personne ne manquera jamais. Magie de la comm totale, qui recycle les critiques pour mieux saturer les cerveaux.

Et au lieu de reprocher à Apple d'embrigader les médias en leur fournissant cette actualité frelatée qui pollue nos esprits, on applaudit la belle stratégie marketing qui transforme un gadget inutile en graal contemporain. Les aliénés en redemandent - comme si nous n'avions pas d'autres préoccupations plus urgentes. Il faudrait d'ailleurs étudier la complaisance de la télé et des médias en général (vendus au grand capital, comme on sait) pour ces images de consommateurs parqués comme du bétail en attendant l'ouverture de magasins, que ce soit pour les nouvelles consoles, les soldes d'après thanksgiving aux USA (les images les plus impressionnantes, lardées de ricains obèses se précipitant de tout leur poids à l'ouverture des portes) ou nos bonnes vieilles soldes d'été.

A force, on fini par donner à ces épiphénomènes une place démesurée, seuls répits rassurants dans cette actualité anxiogène, et qui permettent opportunément de faire oublier d'autres sujets moins drôles - comme la suppression de postes dans l'éduc nat, au hasard. Finalement, seule la franchise Al Qaeda pouvait lutter contre la marque Apple : l'amour de la technologie et la hantise du terrorisme, voila d'ailleurs un raccourci saisissant de l'époque.

By popular demand

Cette fois-ci, la critique vient de la droite : Bayrou, reflet médiocre d'une basse époque. Décidemment...


Et ça continue : la pétition de Gracchus signée par "333 Hauts-Fonctionnaires et Super-Hauts-7e-Ciel Fonctionnaires anonymes de droite" en faveur de Ségolène Royal !

On arrête tout de suite

Je ne supporte plus le pignolage sur "l'internet et la politique" ni ce débat moisi et complètement vain sur "2007 se gagnera sur le web (action ou vérité ?)". Je ne veux même pas savoir si c'est vrai ou non, je veux juste qu'on parle d'autre chose. Je ne veux plus lire des articles lénifiants sur "le journalisme à l'ère du web" (comme le torchon d'Elkabbach dans le Monde, j'espère qu'il n'a pas commis lui-même ce ramassis de clichés écrit à la truelle), ni des papiers sur les influenceurs de sarkoségo, ni des billets sur les stratégies des partis online, bref sur tout ces sujets où soit l'on se regarde amoureusement en train de faire l'histoire (pour certains blogs), soit l'on se donne le rôle chic du "décrypteur" pour expliquer aux ménagères qu'elles sont quand même ringardes mais que, heureusement, "ça avance".

Et bien entendu la posture en contre-pied qui prétend dénigrer en bloc les blogs ou le web n'est que la même chose, inversée mais exactement symétrique, de l'adoration du veau web. C'est le temps deux de la démonstration, avant la synthèse finale qui viendra nous rassurer sur l'intérêt du web et du GPS embarqué, exactement comme les visions d'horreur de la surveillance électronique et le recyclage vulgaire de la référence orwellienne viennent inévitablement ponctuer le deuxième tiers de tous les articles de newsmagazines.

Le web est là, c'est bien et je m'en plains pas. Il y a des gens qui écrivent sur la politique, s'engueulent sur Johnny en Suisse, dénoncent les voeux bidons de Ségolène avec une boîte de prod payée pour filmer comme l'oncle bourré avec son caméscope qui fait chier la famille à chaque Noël, et je trouve toutes ces discussions extrêmement agréables et distrayantes. Sauf qu'on risque gros à oublier qu'elles ne servent à rien et n'influenceront rien - en tout cas telle est mon intime conviction, et ne font qu'accompagner le navire amiral des réputations toutes faites, façonnées à coup de TF1.

Je crains surtout que la fascination morbide sur le rôle du web en politique ne soit qu'une des dernières instances de l'amour aveugle pour la technologie et la nouveauté qui vrille le cerveau de la moitié des gens. Quand les lecteurs des magazines ne se perdent pas en rêverie devant les pubs pour écrans plats, quand on s'échappe un peu de pages de catalogue style "les choses de la vie" de l'Obs ou le stratosphérique Série Limitée des Echos (ou "je suis cadre moyen et je me pignole devant Berlutti ou Rolex, putain un jour j'y arriverai"), on trouve dans chaque article un ébahissement devant le progrès qui est navrant. Navrant, mais moins que l'inévitable défense du progrès, on vit plus longtemps qu'avant et mon dieu quel confort, que l'on se tape assurément dès qu'on veut jouer les kulturkritik (comme dirait Dan).

Sans doute faut-il absolument croire en quelque chose, que l'espoir viendra de campagnes encore plus sur Internet, qui sauveront la démocratie tellement en crise, et de gogols branchés en permanence pour échanger de la merde en temps complètement réel, ou de bagnoles moins polluantes, ou... Formidable. Mais en attendant, prenons de la distance et parlons d'autre chose !

Le beau en plastique

Depuis quelque temps les pubs pour téléphones portables font très souvent référence à la beauté ; l'image grossie 100 fois du truc en plastoc ne suffisant décidemment pas à le caractériser, il faut que l'accroche vienne préciser qu'on a bien la chance de contempler un sommet du design industriel, tellement petit, tellement fin, tellement élégant, gna gna. Comme toujours, le sous-titrage est de rigueur dans la pub, au cas où l'on aurait pas fait attention, et la Beauté devance le Rêve et la Technique au rang des eidos habituelles destinées à nous faire oublier notre misère quotidienne.

Cela dit je ne vais pas tomber dans l'anti-portablisme primaire qui a marqué les débuts de ce blog (souvenez-vous), et même si je me suis bien fait avoir, 6 mois plus tôt, en achetant un téléphone samsung dont la batterie est déjà crevée. Echaudé par l'obligation de recharger mon téléphone tous les jours (!), je me contente de noter que ce qui est étiqueté "beau" aujourd'hui remplira les poubelles dans deux ans, tandis que les lignes qui nous plaisent seront pataudes et datées. Pareil pour les bagnoles ; partout un effort de design, partout la célébration de l'élégance industrielle, et encore ces traits qui vieillissent prématurément quand la mode ou la R&D chinoise changent nos critères et l'ordre de nos désirs.

Ainsi nous prenons plaisir à nous entourer d'objets jolis, au point que la Beauté, dans son acceptation la plus sordide, soit un prétexte officiel pour justifier ces dépenses inutiles. Et pendant ce temps nous baignons dans la laideur la plus abjecte, et le même mode de vie qui nous donne l'envie de gadgets design produit les constructions horribles qui sont devenues la norme. Voila bien la contradiction, patauger dans un environnement hideux, sauf exception, voir des tonnes de béton et des pavillons sordides et des immeubles de bureaux tous identiques, mais quand même se toucher devant la pseudo beauté de son téléphone, en plastique comme les photos des filles de max ou FHM, d'ailleurs tout aussi jetables que les portables.

Mais ce qui nous entoure peut crever, cela ne nous concerne plus, sauf à désirer au moins le maintien du patrimoine, parce que ca fait venir des touristes et que c'est bon pour l'économie. Il suffit de se promener dans une ville méditerranéenne ou une ancienne ville coloniale, souvent hélas réduites à l'ombre d'elles-même par la modernité, pour trouver ce sens du beau qui irrigue partout le regard : quel plaisir cela devait être de vivre sous les colonnades et dans les patios, à l'ombre des arbustes et devant les fontaines, et même ceux qui n'étaient ni rentiers ni exploiteurs devaient prendre plaisir à parcourir ces rues régulières.

Aujourd'hui c'est Cogedim et l'envie de standing comme seul horizon, hors le repli patrimonial, et la consolation en tripotant un portable ou en caressant les sièges en cuir de sa bagnole ; et il faut s'étonner que notre prochain président soit un beauf démagogue ?

Des ailes dans ton cul

Tiens ça faisait longtemps que je n'avais pas tapé sur une pub de merde - mais il faut dire que ça faisait longtemps que je n'avais pas vu une telle horreur. Je parle de la dernère pub de la poste, vous savez, la fille avec les voiles de bateau qui font des ailes. Cette pub incarne tellement bien l'espèce d'impasse du langage dans laquelle nous nous enfonçons en ce moment qu'elle me rend presque fou à chaque fois que je la croise dans le métro, et encore ce matin dans libé. D'ailleurs il y a peut-être une version TV qui rajoute une couche de laideur et de bêtise, mais j'y ai échappé par miracle.

D'abord cette affiche est d'une laideur remarquable, laideur qui frappe dès le premier coup d'oeil puis qui grandit au fur et à mesure qu'on inspecte la chose de près. C'est à la fois le comble du cliché cheap - la fille sage, la plage, les gentils bateaux à voile - et le top du mauvais goût, qui s'incarne dans le visage ingrat du modèle, ni moche ni belle mais choisie exprès pour faire "vrai gens", comme dans l'esthétique vulgaire du montage, avec ces mats de bateau complètement tordus pour figurer des ailes, sans parler de ce sable en plastoc.

Ensuite le message est absoument con. D'abord dans sa littéralité, avec l'adéquation binaire entre le texte et l'image : donner des ailes / montrer des ailes, mais quelle platitude ! Et plus largement, que c'est que ça veut dire "donner des ailes" ? Voila bien le vide absolu du sens. Il faut tourner et retourner la phrase dans tous les sens pour voir combien elle est creuse, mille fois plus creuse qu'un slogan classique ("mangez des pommes") qui donne au moins une information ou suggère une sorte de conseil. "Faire grandir la confiance, c'est donner des ailes à chacun"... Et le début du texte qui dit "La Poste contribue chaque jour au développement de chacun" ?! Maintenant c'est la poste qui me permet de me construire en tant que personne ? On nage en plein délire !

La clé de ce message articulé sur des grandes envolées LQR ("grandir","confiance", "donner des ailes") est donnée dans le site d'explication de la campagne. Où l'on apprend que "la volonté de cette campagne de marque est d'apporter les preuves concretes (sic) de la mission de la Poste : devenir un moteur de confiance dans la société". Et puis quoi encore ? Est ce qu'il faut rire ou pleurer ? Que signifie cette posture, que la vraie politique a disparu au point d'être reprise par des organismes plus ou moins privés, ou que les gars de la Poste ne peuvent pas se contenter de distribuer du courrier ? Ce n'est pas assez noble le courrier, alors on devient "un moteur de confiance dans la société", par exemple m'assurant que ma facture EDF en augmentation constante me parviendra bien malgré tout ?

Mais qui pense sérieusement que l'image de la Poste puisse sortir grandie de cette campagne mongole ? Qui va se dire qu'il est content que la Poste existe et l'aide à se développer ? On peut dire qu'on s'en fout, que c'est de la pub, tout ça, et que personne n'y prête vraiment attention. ET c'est bien le problème, non seulement parce qu'on gaspille de l'argent (encore) public, mais surtout du fait de l'influence sournoise de ce genre de campagne.

Ainsi les assauts de cette langue de bois corporate finissent par porter leurs fruits, puisqu'ils établissent les normes du langage de demain ; verbiage de merde, euphémismes crasseux et incapacité (toujours dénoncée mais toujours plus forte) à appeler un chat un chat et un postier un postier. Et après on s'étonne de la médiocrité du débat politique.

Jusqu'à la mort

La méthode est simple, dès que la page de publicité commence, la chaîne peut décider de bloquer la possibilité de zapper sur une autre chaîne jusqu'à la fin de la pub. Le système fonctionnerait en conjonction avec un module électronique placé dans la télévision ou dans la platine de réception numérique.

C'est ici, via Rezo, et ça vient de chez Phillips. Bon, ce n'est pour l'instant qu'un simple brevet, déposé au cas où quelqu'un aurait la bonne idée en même temps, et note, surprise, que "la nouvelle (a) provoqué beaucoup de réactions négatives auprès du public". Mais comme toutes les inventions, celle-ci, destinée à contrer le zapping des séquences de pub enregistrées (faut bien payer les programmes, hein), finira bien par être appliquée un jour, par exemple en contrepartie d'une baisse des abonnements.

Ce n'est pas forcément une mauvaise chose. Premièrement c'est un moyen comme un autre de dégouter les gens de la télé. Jusqu'ici, malgré la course à la débilité des programmes et l'ennui profond qui s'en dégage, à peine relevé par un peu de suspense protodémocratique via SMS, la télé tient bon. Peut-être que de rendre la vision de la pub obligatoire à la Orange Mécanique et d'en gaver le spectateur jusqu'à la mort, en attendant, comme le dit l'article, le canapé électrique pour reveiller les fans de Derrick, finirait par ruiner la télé, à part pour les quelques pervers qui préfèrent les spots aux programmes eux-mêmes.

Ensuite, ce renforcement de l'exposition pourrait peut-être enfin nous faire atteindre le point de saturation, toujours repoussé malgré l'évidente contre-productivité d'un rabachage trop insistant. Je rêve de voir les spectateur prisonniers de l'écran pourrir d'insultes les gamins souriants et en trop bonne santé qui essayent de leur vendre des yaourts nouvelle formule, avant de leur balancer la télécommande à la gueule. Il y aurait de quoi relancer le mouvement anti-pub...

Tout cela pour dire que je suis un peu cynique ces derniers temps : pourquoi s'acharner à détruire le capitalisme quand celui-ci arrive tout seul en bout de course ?

Restructuration

Bon, le blogging se faire dur ces temps-ci, mais comme je préfère toujours parler plutôt que de me taire, même quand je n'ai rien à dire, il me semble honnête de marquer les billets vides comme tels (par exemple, le dernier en date, maigre résumé / plagiat de l'article du monde). Ce sera aussi un lieu pour faire de l'open thread, puisque certains adorent débattre de n'importe quoi (et surtout pas du sujet du billet).

De toute façon, tout cela ne doit pas devenir trop sérieux. Ainsi, je suis solidaire de Hugues et souscris à sa définition a minima du blog : "Le blogueur publie ce qui lui passe par la tête avec plus ou moins de talent, les seules sanctions en cas d’indigence étant l’absence de visiteurs sur son site et la réception de quelques commentaires acerbes."

Au passage, je fusionne les catégories "grouik", "pub" et "gadgets", dans "grouik". Elles étaient les catégories dominées du blog, comportant de moins en moins de billets, sur des thèmes dont j'ai un peu fait le tour en ce qui me concerne. Ensemble, elle seront plus fortes, et "grouik" devient le receptacle unique de mes critiques récurrentes contre la misère consumériste ou la fascination pour la technologie.