Sortir du recyclage
Par Guillermo, le lundi 22 mars 2010 :: Politique
Tout le monde a entendu le message des urnes, et surtout de urnes à moitié vides. Les mots creux résonnent encore à nos oreilles, comme après chaque élection depuis l'invention des soirées électorales. "Pas de triomphalisme", "se mettre au travail", "les résultats qui nous engagent" d'un côté, et "assumer la défaite" mais "continuer les réformes difficiles que ces temps de crise nécessitent de l'autre". Remaniement attendu, quelques ministres vont sauter, d'autres vont grimper, on va parler de la fin ou de la relance de l'ouverture, de la volonté de proximité, bref de n'importe quoi. Au delà d'avoir confirmé la volonté d'une politique locale axée au centre-gauche et de plus en plus teintée d'écologie, ces élections n'auront servi à rien.
Je ne pense pas le sarkozysme fini, je ne crois pas à une décomposition accélérée qui produirait en 3 ans ce qui a pris 10 ans chez Mitterrand et 7 ou 8 chez Chirac. Malgré les revers électoraux, les bases sont bien en place et personne ne les remet en cause. Ne parlons pas du délire sécuritaire et de la xénophobie latente, deux valeurs toujours sûres dans une élection sans triangulaires. L'essentiel est ailleurs, dans le mensonge de la valeur travail, dans le culte de la réussite individuelle, la haine du plus bas que soi – le tricheur des assedics ou l’arabe de service - et le regard dégoulinant d’envie (et aussi de haine) devant les attributs du pouvoir et de l’argent.
La chance de la gauche, c'est qu'elle fait face à une droite qui s'est elle-même coupée de ses propres valeurs, et qui refuse de s'en rendre compte. Hormis l'autoritarisme, elle s'assoit sur le patrimoine, elle se perd dans le consumérisme à outrance et signe un chèque un blanc aux marchands de tapis et aux petits rentiers qui crèvent de peur. Exit les libéraux éclairés, exit les porteurs des traditions, ne reste qu'un peu de populisme exprimé par la haine de la grammaire du président.
Il y a un boulevard, pour peu que la gauche propose autre chose qu'un bout de sécu, que la défense sans explication du service public, ou que des recettes techniques en X points. Elle doit dire enfin que la France n'est pas une collection rassie d'intérêts mesquins, et que nous voulons une autre société. Pourquoi travailler comme des crevards, gavés de stress avant d’être foutu à la porte à 50 ans ? Pour acheter des télés de merde ? Pour bouffer de la merde ? Pour élever des enfants débiles qui passent plus de temps devant leur écran de portable qu'à l'école, et qui sont déjà dégoutés de tout à 16 ans ? Sur ces points d'ordre culturel, il y a un consensus possible, qui ferait une base de départ pour une politique enfin soucieuse de l'essentiel.