Que retenir de cette polémique pitoyable ? Pas grand chose. Voir Descoings parader en héraut de la justice sociale ou entendre minc & pinault brocarder le "conservatisme" des grandes écoles me fait autant gerber que les hurlements épidermiques des anciens diplômés qui, 30 ans après, se pignolent toujours sur leurs diplômes.

Et qu'on se place du côté des "anti-quotas" et leurs arguments de merde (le plus bourrin tenant à la comparaison football / grande école où "30% de boursiers" deviennent "30% de footballers issus de la division d'honneur", entérinant élégamment le lien entre origine sociale et médiocrité scolaire ou sportive) ou des "pro-quotas" (toutes catégories aussi grossières que la polémique) qui font disparaître entièrement la question du niveau ou de la sélection au nom de la justice sociale, on voit surtout que personne n'a envie de dépasser le débat de cour de récrée.

Déjà, notons l'hypocrisie d'ensemble ; les mêmes qui voudraient avoir autant de boursiers à HEC ou à l'ENA que dans le reste de la population étudiante sont probablement ceux qui se battront bec et ongles pour assurer à leurs rejetons ces places d'excellence scolaire qu'ils ont souvent occupées. Tout comme ceux qui proposent, comme Descoings, de régler le problème en prenant 30 ou 50 gamins méritants dans 50 lycées choisis on ne sait comment, en choisissant à la main, dossier sous les yeux et de façon encore plus arbitraire que les concours habituels.

Par contre, si on s'écharpe sur l'accès aux filières, on n'entend rien sur ces filières elles-mêmes. Seul ce filou de Minc note qu'elles ont intérêt à changer leur recrutement pour ne pas se faire balayer par ces nouvelles exigences démocratiques.

D'abord, pourquoi le système économique continue à distinguer les diplômes des dizaines d'années après leur remise ? Pourquoi les carnetistes du Point, quand ils présentent l'état major d'une boite, soulignent-ils toujours les diplômes des vieux qui la dirigent ? Sans doute parce qu'outre le niveau scolaire - qui n'est en rien une garantie d'efficacité au travail d'ailleurs, l'avantage de départ n'est jamais vraiment rattrapable par ceux qui n'ont pas les mêmes titres, car ils commencent toujours plus bas - le diplôme vaut comme statut de prestige. De même, au départ, pourquoi les boites payent-elles plus cher des étudiants de toute façon difficiles à recruter et à fidéliser ? Parce qu'au delà du niveau, on ne reprochera jamais aux recruteurs d'avoir choisi un diplômé AOC.

Ensuite, pourquoi s'acharner à effacer les origines sociales inacceptables des boursiers ? Comment ne pas voir le lien entre Morano et ses leçons de bonne tenue à usage des jeunes musulmans, et le louable programme de "mise à niveau culturelle" du fameux "une grande école pourquoi pas moi" de l'X ou d'autres ? Résultant d'une sociologie qui fait du manque de capital culturel hérité la raison de la moindre performance scolaire, ils ne visent pas à changer le système mais à mettre sur le dos des dominés la faute de leur échec via le manque d'intégration - c'est d'ailleurs la même histoire entre acceptation par la bonne France et accès aux grandes écoles.

Enfin, un point annexe : quel est le sens de choisir à 18 ans une filière quasi-professionnalisée qui engage pour le restant de sa vie ? Pourquoi faut-il absolument que les gens apprennent à 20 ans la théorie fumeuse du marketing, après s'être cogné plein de matières creuses en prépa histoire d'être sûr qu'ils n'en retiendront rien passé les concours ? Comment expliquer que partout ailleurs la valeur de la sélection porte également sur l'établissement, mais jamais sur les filières, et qu'on peut être diplômé d'anthropologie à Cambridge et bosser à la City ?