Raoult dit n'importe quoi et le fait délibérément. Il déterre des propos tenus en aout, passés inaperçus dans le flot de la rentrée littéraire et rapportés dans un journal qui écrit la même chose dix fois par semaine. Il évite bien sûr de préciser qu'ils venaient d'un écrivain non encore primée, afin de donner plus de poids à la charge. Il invente un "devoir de réserve" qui "n'existe pas et n'existera jamais" comme le dit bien Pivot. Bref, il fabrique une polémique ; sans son intervention, personne n'aurait prêté attention à cette interview.

Peu m'importe ce que dit Marie NDiaye : c'est son opinion, proche de la mienne certes, et elle peut s'argumenter. Peu importe également que le ministre de la culture réponde à cette interpellation bouffonne - ce qu'il se garde d'ailleurs de faire. Enfin, que l'écrivain réponde, tout le monde s'en fout, sauf la frange minoritaire qui lit la presse sérieuse et jauge bien de la grossièreté de l'accusation. Seule demeure cette polémique imbécile et démago.

Que se passe-t-il dans la vraie vie ? Les médias généralistes présentent l'affaire, comme le dirait Godart, avec "dix minutes pour les nazis, dix minutes pour les juifs", refusant d'arbitrer alors que la provocation est patente. Ceux qui se méfient des intellectuels et des écrivains, noirs qui plus est, trouvent que quand même, la France tu l'aimes ou bien (et elle l'a quittée !), et faut pas exagérer, surtout "après" un prix équivalent à une AOC pour les livres. Faut pas cracher dans la soupe - ils n'entendront rien d'autre.

A qui profite le crime ? A Raoult, qui sort de l'oubli justifié dans lequel il était tombé. Et à la démagogie, qui permet à un gros @*$* de se refaire sur le dos d'un écrivain, en d'en tirer parti encore. C'est répugnant, et tellement prévisible.