A propos
radical chic

Jeannot superstar

Je suis étonné, et bien content, que cette affaire du fiston sarkozy à l'EPAD prenne enfin de l'ampleur ; je n'y croyais pas, je pensais la presse moins capable de rebondir, mais tout s'enchaîne à merveille, le web qui rigole, la gauche qui gueule, l'EPAD qui gagne enfin en notoriété et finalement nos grognards de l'UMP, électeurs et députés, qui trouvent qu'on se fout bien de leur gueule. Espérons que le judoka / ramasseur de pièces jaunes Douillet se plante dimanche, et la "séquence" aura été belle.

Parce que sur le fond, hein, rien de nouveau. Le fait du prince est juste plus flagrant du fait du nom et de l'incompétence technique (mais pas politique !) de sarko junior, toujours étudiant en 2eme année de droit à 23 ans, mais ce n'est qu'une affaire de vol d'un fromage, qui choque moins quand le titulaire s'appelle bidulechi (désolé pour la sonorité corse, mais l'UMP d'Ile de France...) et porte sa ventrue cinquantaine sur flanelle grise.

Et au tréfond, quoi d'autre ? Le pouvoir ne reculera pas. Il y a belle lurette que le scandale ne l'effraie plus, quant il n'y voit pas un prétexte pour renvoyer crânement les journalistes et l'opposition à leurs propres problèmes de chiottes. Au delà de la défense classique et combien énervante du "fils de" ("C'est pas passque j'm'appelle Truc qu'j'ai pas l'droit de faire de cinéma / de politique, et croyez moi c'est bien plus dur tant on m'attend au tournant"), la comm doigt d'honneur à la Lefebvre est désormais le fond stable et vaseux de toute polémique. Il coulera de l'eau d'ici 2012, et quand on n'a plus honte à se vautrer dans la mauvaise foi et le cynisme, pourquoi se priver ? Il faudra bien qu'on change de sujet.

Enfin, on sait bien comment se terminent ces histoires de fils crucifiés. Hurlons sur Jeannot Sarko, moquons son appétit scandaleux, faisons rempart contre le népotisme, et attendons... Il s'en prendra tant dans la gueule qu'il ne suffira que d'un habile communiquant pour nous faire admettre qu'il a "changé", que ces "épreuves" l'ont ouvert, et autres foutaises dont sont tissées les légendes de Paris Match. Le gars est plutôt sympa, et comme Chirac ou Johnny, tout cela tournera un jour à son avantage.

La Poste, l'UMP et la politique de l'injure

2 millions de personnes se déplacent un dimanche pour dire leur attachement à la Poste telle qu'elle est, et tout ce à quoi elles ont droit, ce sont des tombereaux d'injure en provenance de l'UMP. Bien sûr que la question posée appelait à l'expression d'un mécontentement, bien sûr que ce n'est pas un "vote" mais - comme le rappelle crânement Mélenchon - une "votation" (connard), bien sûr que ce n'est pas un scrutin fiable avec listes et tout, mais il n'empêche : ils ont fait l'effort d'exprimer leur opinion, et on leur répond que c'est une "pantalonnade".

Au lieu d'explication, des insultes. Au lieu de rassurer les ruraux qui flippent pour leur dernier service a peu près public, on ressort la peur des rouges et les manipulations de l'extrême gauche - pas le genre de l'UMP de truquer les élections, voyez chez Tibéri ou hier encore à Corbeille-Essonnes. Au lieu de discuter du changement de statut, un empilement de sermons : non bien sûr, si on fait cette loi, c'est pour que la Poste reste à 100% publique, c'est juste pour changer un peu et faire moderne, quoi.

Au fond, quand l'UMP pond une proposition de loi parce que TF1 parle d'un fait divers horrible, c'est normal. Quand l'UMP s'appuie sur des sondages foireux pour légiférer, c'est normal. Quand la droite et Sarkozy prennent la parole et font la loi au nom des "victimes", c'est normal. Tout cela s'appelle "être à l'écoute des français". S'appuyer sur des rumeurs, manipuler l'opinion avec Bouygues et Lagardère, c'est du bon gouvernement ; mais écouter la voix de 2 millions de types qui se traînent, en milieu rural, un dimanche pour aller protester contre la privatisation rampante de la Poste, ce n'est pas acceptable.

Bref, c'est un crachat à la face d'un certain peuple, mais parmi lequel se trouvent aussi quelques électeurs de l'UMP. Espérons que ça leur ouvre les yeux.