Il y avait de quoi être surpris par la mort de Michael Jackson : c'est qu'il était encore vivant ! "Vivant" devrait-on dire plutôt, car il semble qu'il ait progressivement rejoint les zombies du clio de Thriller. Car qu'est ce qu'un artiste sans production musicale, ou sans production valable, réduit à sa propre caricature de barjo ambigu, à cheval sur les couleurs de peau et les sexualités, et plus menacé par le scandale que l'insuccès, sinon un artiste mort, exactement ?

Ainsi l'oeuvre, si l'on peut dire, s'était-elle déjà séparée du corps de l'artiste, et tandis que ce dernier sombrait dans la maladie, ses succès se sont progressivement détachés de leurs condition historique. Flottant dans un non-genre à force de reprises et de remixage, leur son eighties lui-même banalisé par le recyclage permanent, des pistes de danse au bandes FM, où ils naviguaient entre Sardou et une soupe R'n'B, les tubes de Jackson ont atteint à cette intemporalité douteuse qui ressemble à la consécration.

Que l'être Michael Jackson ait pu perdurer dans son existence après cette extinction artistique importe finalement assez peu - pas plus que la vie de Michel qui "reprend des pates" dans cette pub hallucinante de mépris qui voudrait célébrer la vie dans son ordinaire brut (on y reviendra). Jackson l'artiste avait disparu depuis longtemps, mais Jackson le zombie était encore là : c'etait bien le sens de la surprise.