Pour gagner une élection, il faut trois éléments : une base historique, un message clair et séduisant, et un leader naturel (vous me direz que la base est le produit du message et du leader, mais bon). L'UMP s'en tire très bien en gagnant sur tous ces tableaux (même si l'on peut chipoter sur son "message" européen, pas bien défini à part "non à la Turquie"), le PS n'a plus que la fidélité de sa base étriquée pour ne pas sombrer tout à fait, et Europe Ecologie cartonne en alliant un projet clair et un leader charismatique. Notez que le leader du Modem s'est ridiculisé durant cette campagne, et que son parti perd donc sur tous les tableaux. Notez aussi que Besancenot perd devant le "Front de gauche" car il lui manque le dernier carré de fidèles qui maintiennent le PCF en respiration artificielle, et que son leader s'est fait un peu reprendre sur son militantisme trop médiatique.
Cette analyse à l'emporte pièce posée, on se doute que les résultats ne m'étonnent guère. Passons sur la victoire de l'UMP, il est encore trop tôt pour savoir si les caractéristiques de l'abstention l'ont favorisé, ou si - comme je le pense plutôt - Sarkozy rassemble sur sa personne un gros quart d'inconditionnels, qui approuvent les réformes et en voudraient encore plus, et qui pourraient éventuellement être galvanisés par l'antisarkozysme. Un antisarkozysme qui paradoxalement ne mobilise pas les masses, surtout pour un scrutin hors du cadre national.
Et pour le PS, alors ? Rassurez-vous, on ne va pas manquer d'excuses pour la défaite. C'est Aubry. C'est le congrès et l'image de la division. C'est les classes populaires qu'en veulent plus. C'est l'absence de propositions concrètes. Etc. Prenez n'importe quelle défaite, et vous trouverez les mêmes analyses, et les mêmes injonctions. Les élus ou plutôt non-élus qui répètent en boucle qu'ils ont "compris le message" des électeurs, qui font des prêches à l'unité, et ainsi de suite, jusqu'à la prochaine défaite.
Ce n'est pas que le PS soit mort ; pas encore. C'est plutôt que la social démocratie, coincée entre le néo-radicalisme de gauche, l'exigence écologique et la droite décomplexée, n'a plus le moindre espace. On s'était habitué à gagner les élections et à être gouverné au centre, il va falloir changer de modèle. Et changer de parti n'aurait pas de sens, puisque le stock d'élus locaux et d'apparatchiks qui constituent le PS se déversera immanquablement dans une nouvelle coquille. Enfin, compter sur l'opposition et l'anti-sarkozysme pour réveiller la base ne sert à rien, on vient de le voir, tandis que la position contradictoire du parti devient chaque jour plus insupportable : consulté à chaque fait d'arme UMP, se voyant ainsi imposer l'agenda, il ne peut que protester (comme toujours !) ou s'écraser (ce qui est pire encore), mais jamais construire sa propre vision du monde.
Oh et puis allons-y ; malgré les beaux exercices théoriques pré-congrès de Reims, il n'y a plus de vision socialiste. Il y a une vision radicale de gauche et une vision écologique, il n'y a rien "entre" ni "au-delà". Plus de vision, une base qui s'étiole, et aucun leader en vue (et pitié, pas la nouvelle génération de bureaucrates qui grenouillent dans le bureau national et autres instances), l'avenir est sombre. Que cela ne nous empêche pas de fêter la percée écologique (que j'ai soutenue, comme à chaque européennes), sur laquelle se construira probablement la future gauche plurielle.