Bon, Libé se plante ce matin. Si la médiatisation de l'affaire du nouveau cri de ralliement "Sarkozy je te vois" est bien le fait de la mention du nom-fétiche, que la justice considère enfin comme un injure (essayez de me traiter de sarkozy ou de sarkozyste, pour voir), il ne s'agit pas pour une fois d'un problème de censure ou d'interdiction de critique du président. Le problème, c'est la relation citoyens-flics, que le journal se contente d'évoquer à la marge, et la répression systématique de tous ceux qui sont choqués par les brutalités policières, réelles ou symboliques.

Il est d'ailleurs étonnant que le proc n'ait pas accusé notre agitateur spontané d'outrage. Car l'outrage est à la mode, c'est Amnesty qui le dit. Et l'outrage n'est qu'un des indicateurs de la tension entre la population et les flics.

Au fond, il y a trois populations face à la police. Les délinquants, qui méprisent souvent l'uniforme, et à qui on le rend bien ; les braves gens qui n'ont rien à se reprocher, et qui sauf exception sont plutôt bien traités par la police. Et au milieu, la population interlope, la cible habituelle des contrôles au faciès ou à la casquette, qui n'ont rien à se reprocher non plus mais qui ont dix ou cent fois plus souvent affaire aux condés que les braves gens.

C'est là qu'à lieu la tension. C'est lors d'un contrôle d'identité, qui cible toujours les mêmes personnes, que notre prof de philo intervient et provoque l'hilarité. Il fait, toutes proportions gardées, comme ce type qui se plaint de flics tabassant un expulsé, et qui se retrouve accusé à son tour, puis condamné par "plaider coupable". Il fait comme cet autre philosophe (quels emmerdeurs ceux là) qui a protesté a bord d'un avion quand d'autres flics malmenaient un clandestin en voie d'expulsion, et qui s'est fait débarquer manu militari.

Bref, notre "perturbateur" n'accepte pas la tension policière ordinaire. Et ça, c'est pas possible. C'est plus possible. Impossible d'intervenir dans la relation entre la population interlope et la police sans se faire remettre à sa place. Outrage le plus souvent, ou une plainte ridicule de "tapage diurne injurieux" parce que, d'après ses dires, le type s'est comporté correctement avec les policiers.

Enfin une pensée émue pour les quelques soutiers de commentaires qui trouvent "qu'il l'a bien cherché" et "qu'il faut laisser les flics faire leur travail". Toujours pencher pour la force, c'est être sûr de ne jamais se tromper.