Haine, impuissance, télévision
Par Guillermo, le mercredi 29 avril 2009 :: La vie moderne
Il y a la haine issue de l'impuissance du commentateur sur lci.fr dont nous parlions l'autre jour, mais quid du spectateur de la même chaîne ? Quid des millions de gens qui se coltinent, tout en refusant d'y accorder de l'importance, l'information frelatée de la téloche avant d'enchaîner sur des émissions débiles ? Qu'en pensent-ils ? Se contentent-ils, comme moi le plus souvent, d'insulter l'écran ?
Il y a cette scène dans Cendrillon d'Eric Reinhardt où Patrick Neftel, son personnage loser, prostré et fan de Mallarmé, s'enflamme devant un talk show débile lorsqu'un crétin d'animateur et une actrice demeurée font assaut de vulgarités. Il commence par les insulter, puis il balance son verre sur la télé, et finit carrément par pisser sur l'écran tout en continuant d'agonir l'actrice d'insultes. C'est très drôle comme souvent chez Reinhardt - et quelle meilleure description de la haine qu'inspire la débilité qu'on nous sert quotidiennement ?
Et si les spectateurs frustrés, plutôt que d'abîmer leur bel écran plat, étaient justement ceux qui déversent leur haine sur les sites web, faisant de l'internet l'égout collecteur de toute la frustration des citoyens privés de moyens d'actions ? J'étais à deux doigt hier d'écrire un billet haineux après avoir vu le spectacle pornographique de Carla B. et de l'héritière espagnole jeté en pâture aux crevards dans une ambiance de concours de beauté, la question "cé ki ké la plu bonne" à peine voilée dans les propos graveleux des "journalistes".
Bien sûr, c'est un "moment de détente", une "pause" dans l'actualité sordide du moment, disent-ils soucieux de détacher ce genre d'obscénité de son caractère particulièrement provoquant. Quel recours alors que d'aller hurler sa haine sur le web ? C'est quand même plus facile que d'organiser une révolution (et ne me dites pas de ne pas regarder la télé, ça ne tient pas).