Au nom du gros bon sens, on met toujours en avant "ceux qui sont concernés par..." dès qu'on peut en tirer un bénéfice politique. Parlons d'ISF et de bouclier fiscal ; plutôt que d'avoir un débat sur l'utilité de l'impôt ou la notion de contribution marginale, on nous sort alternativement l'agriculteur rmiste de l'Ile de Ré ou Gad Elmaleh.

Que peut-on répondre au comique (pour ceux qui le trouvent drôle), qui parle de "son" fric et de "ses" impôts, et qui râlent parce qu'on lui prend probablement beaucoup d'argent ? Lui dire qu'il a déjà assez de chance comme ça et qu'il pourrait être fier de contribuer à l'éducation ou à la défense de son pays ? L'argument sera toujours faiblard vis-à-vis d'un gros "ça m'fait chier d'raquer tu vois, c'est la moitié d'ma thune (alors que je pourrais acheter un château en plus), toi si on te prenait la moitié hein" ?

La moitié d'un salaire moyen la moitié de millions, quelle différence ? A partir de là se construit l'identification malsaine des exploités aux profiteurs, ou aux chanceux. Que font les crétins qui se réjouissent d'avoir Gad Elmaleh comme avocat pour défendre ce régime d'exemption fiscale, sinon "à applaudir à la bonne blague de (leur) propre spoliation" comme le dit si bien Mona Cholet ? Où encore, comme dans cet excellent billet chez l'ami Seb Musset, "Merci (...) de me remémorer, avec cette constance dans la petitesse et l'égoïsme forçant le respect, que l’homme de droite, sans forcément rouler sur l'or, est mentalement structuré pour défendre l'aristocratie parasitaire qui l'oppresse" ?

Par contre l'argument des "gens concernés" est à géométrie variable. Voyez avec quelle rareté l'ont donne la parole à ceux qui se prennent les "réformes" dans les dents, fonctionnaires privés de moyens de travailler, enseignants aux heures rabotées et autres clampins sommés de fermer leur gueule au nom de la nouvelle efficacité sarkozienne ? Si on les interviewe, c'est aussitôt pour mieux les disqualifier, souligner lourdement leur "corporatisme" ou leur archaïsme.

Que ces tactiques soient employées par le parti au pouvoir est tout à fait normal, chacun cherchant à cadrer la situation à son avantage, trouvant les appuis qu'il peut, changeant les termes du débat aussi souvent que nécessaire. Qu'elles soient par contre utilisées grossièrement par tout ce qui nous sert de média ne devrait pas être acceptable.


Ce n'est qu'une journée d'action, et pourtant je vois de plus en plus de gens qui parlent de "grève générale". Non pas des militants ni des gauchistes d'ailleurs, plutôt des pris en otage du transport en commun qui, sans le savoir, donnent un caractère encore plus spectaculaire aux traditionnelles mobilisations syndicales.

J'adore ce moment où les rêves des uns deviennent les peurs des autres - et où ceux qui combattraient une telle grève alimenteraient par leur angoisse la possibilité de cette action, d'un mouvement façon LKP. C'était encore impensable en Guadeloupe il y a quelques mois, c'est absolument impensable en métropole maintenant, mais qui sait ?


Au passage, via un billet de Koz qui a le mérite de l'argumentation, mon avis sur la question du pape et des capotes, pour une fois que je me fends d'un vrai commentaire. En tout cas je n'aime pas ce barnum à la con contre le pape, trop facile et probablement contre productif à terme. Oui je l'ai aussi twitté, oui j'ai un compte twitter, oui je suis un geek.