Le sketch des bonus et autres sucreries patronales
Par Guillermo, le vendredi 27 mars 2009 :: La vie moderne
Voir Parisot et Minc redoubler d'indignation quand ils apprennent que les patrons se sucrent toujours, même en bénéficiant d'aides publiques, même en licenciant, même en faisant des pertes... Les voir tomber des nues, tout affolés de voir ces années de campagnes incessantes autour des "entrepreneurs", braves soldats de l'intérêt commun, menacées par quelques gredins de circonstance... Au fond Parisot et Minc sont nos nouveaux arbitres des bonnes manières, ils se foutent des principes mais ne tolèrent pas cette grosse faute de goût, parler de bonus maintenant, comme s'ils voyaient des convives se servir à table avant la maîtresse de maison !
Bien sûr pas question d'intervenir, tabou l'entreprise privée. Que les patrons attendent des jours meilleurs, et ce qui choquait à peine avant ne choquera pas demain. Du coup, Parisot l'indignée laisse le champ libre pour le nouveau héraut du capitalisme moral : Sarkozy himself, Sarkozy qui se fait inviter en vacances par tous les milliardaires de la planète, Sarkozy qui tête directement à la mamelle du capitalisme, le même qui prétend maintenant intervenir pour que cesse le scandale. Quel sketch, vraiment.
Du coup on traficote des décrets en vitesse, selon le principe éprouvé "un fait divers = une loi", alors qu'hier seulement on défendait le bouclier fiscal que d'autres voulaient réduire en guise de "solidarité". Encore une fois on cherche à trier le bon grain de l'ivraie, et à fabriquer une différence entre les patrons méritants et les autres. Certains n'auraient pas à rougir d'être payés 300 fois le smic, d'autres par contre devraient se serrer la ceinture en ces temps de crise, ou parce que l'Etat leur donne un peu plus de blé que d'habitude.
Au fond, Sarkozy n'a rien contre les écarts de rémunération délirants entre le patronat et la piétaille, au contraire (et comme eux, il décide presque seul de ce qu'il se paye). Sinon, il suffirait surtaxer les plus hauts revenus, comme Obama l'avait proposé, ce qui règlerait le problème une fois pour toute. Mais de cela personne n'en parlera, ce n'est le problème n'est-ce-pas ?
Et enfin, que dire de cette nouvelle croisade pour la "moralisation" du capitalisme ? Foutaises, encore. Le capitalisme, c'est la goinfrerie instituée en système social. C'est extrêmement clair dans les textes fondateurs de la pensée libérale, que ce soit chez Mandeville et sa fameuse fable des abeilles, ou chez Smith ("Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu'il faut espérer notre diner, mais de leur propre intérêt"). Que l'on considère que les retombées de l'égoïsme institué soient positives ou non ne change rien à son caractère intrinsèquement a-moral.
Sur le même sujet, en mieux et beaucoup plus virulent : la gerbe. Via café croissant.