A propos
radical chic

Le sketch des bonus et autres sucreries patronales

Voir Parisot et Minc redoubler d'indignation quand ils apprennent que les patrons se sucrent toujours, même en bénéficiant d'aides publiques, même en licenciant, même en faisant des pertes... Les voir tomber des nues, tout affolés de voir ces années de campagnes incessantes autour des "entrepreneurs", braves soldats de l'intérêt commun, menacées par quelques gredins de circonstance... Au fond Parisot et Minc sont nos nouveaux arbitres des bonnes manières, ils se foutent des principes mais ne tolèrent pas cette grosse faute de goût, parler de bonus maintenant, comme s'ils voyaient des convives se servir à table avant la maîtresse de maison !

Bien sûr pas question d'intervenir, tabou l'entreprise privée. Que les patrons attendent des jours meilleurs, et ce qui choquait à peine avant ne choquera pas demain. Du coup, Parisot l'indignée laisse le champ libre pour le nouveau héraut du capitalisme moral : Sarkozy himself, Sarkozy qui se fait inviter en vacances par tous les milliardaires de la planète, Sarkozy qui tête directement à la mamelle du capitalisme, le même qui prétend maintenant intervenir pour que cesse le scandale. Quel sketch, vraiment.

Du coup on traficote des décrets en vitesse, selon le principe éprouvé "un fait divers = une loi", alors qu'hier seulement on défendait le bouclier fiscal que d'autres voulaient réduire en guise de "solidarité". Encore une fois on cherche à trier le bon grain de l'ivraie, et à fabriquer une différence entre les patrons méritants et les autres. Certains n'auraient pas à rougir d'être payés 300 fois le smic, d'autres par contre devraient se serrer la ceinture en ces temps de crise, ou parce que l'Etat leur donne un peu plus de blé que d'habitude.

Au fond, Sarkozy n'a rien contre les écarts de rémunération délirants entre le patronat et la piétaille, au contraire (et comme eux, il décide presque seul de ce qu'il se paye). Sinon, il suffirait surtaxer les plus hauts revenus, comme Obama l'avait proposé, ce qui règlerait le problème une fois pour toute. Mais de cela personne n'en parlera, ce n'est le problème n'est-ce-pas ?

Et enfin, que dire de cette nouvelle croisade pour la "moralisation" du capitalisme ? Foutaises, encore. Le capitalisme, c'est la goinfrerie instituée en système social. C'est extrêmement clair dans les textes fondateurs de la pensée libérale, que ce soit chez Mandeville et sa fameuse fable des abeilles, ou chez Smith ("Ce n'est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger qu'il faut espérer notre diner, mais de leur propre intérêt"). Que l'on considère que les retombées de l'égoïsme institué soient positives ou non ne change rien à son caractère intrinsèquement a-moral.


Sur le même sujet, en mieux et beaucoup plus virulent : la gerbe. Via café croissant.

Indigence

Le PS fait l'effort de relever le débat en s'attaquant au sujet délicat des libertés publiques. Qu'il y ait des arrières pensées électorales et "politiques" (quelle surprise) n'empêche que ce sujet se prête bien peu à la démagogie. Que le bilan du PS post-Jospin ne soit pas toujours glorieux - la fameuse LSQ, par exemple - ne doit pas non plus paralyser le parti pour l'éternité. Il fallait bien faire la synthèse d'une action gouvernementale fragmentée mais pointant toujours dans la même direction.

Beau débat, en effet. Qu'en reste-il ? Rien. Que Martine Aubry n'a pas rempli le Zenith (le problème des sujets peu démagogiques). Que l'inévitable droitier Valls s'inquiète qu'on fasse trop d'antisarkozisme (comme si on pouvait en faire trop). Seule - est ce comique - Morano répond sur le "fond", déclarant que "la sécurité est la première des libertés" (et bientôt la dernière) - toujours ce dont de changer tout ce qu'elle touche en merde. Sinon, rien du tout. Rien sur les tentatives de fichages multiples, rien sur l'excitation vidéosurveillée, rien sur les procédures terroristes encouragées par le parquet, rien sur rien. Aubry n'a pas fait le plein, n'en parlons plus.

Pourtant :

Le rapport qu’entretient le chef de l’État avec cette question n’est pas seulement une forme de populisme pénal qui instrumentaliserait momentanément l’émotion des victimes pour affaiblir les institutions. Il ne s’agit pas seulement de mots et de postures.

Au-delà des formules publiques dénigrant les associations de défense des Droits de l’homme, les travailleurs sociaux ou les magistrats ; derrière les récits d’interpellations musclées, d’intimidations ou de censure régulièrement relatées dans les rubriques des faits divers, se cache en réalité l’autre face de l’action présidentielle, l’autre visage de la « France d’après ».

L'avis des gens concernés

Au nom du gros bon sens, on met toujours en avant "ceux qui sont concernés par..." dès qu'on peut en tirer un bénéfice politique. Parlons d'ISF et de bouclier fiscal ; plutôt que d'avoir un débat sur l'utilité de l'impôt ou la notion de contribution marginale, on nous sort alternativement l'agriculteur rmiste de l'Ile de Ré ou Gad Elmaleh.

Que peut-on répondre au comique (pour ceux qui le trouvent drôle), qui parle de "son" fric et de "ses" impôts, et qui râlent parce qu'on lui prend probablement beaucoup d'argent ? Lui dire qu'il a déjà assez de chance comme ça et qu'il pourrait être fier de contribuer à l'éducation ou à la défense de son pays ? L'argument sera toujours faiblard vis-à-vis d'un gros "ça m'fait chier d'raquer tu vois, c'est la moitié d'ma thune (alors que je pourrais acheter un château en plus), toi si on te prenait la moitié hein" ?

La moitié d'un salaire moyen la moitié de millions, quelle différence ? A partir de là se construit l'identification malsaine des exploités aux profiteurs, ou aux chanceux. Que font les crétins qui se réjouissent d'avoir Gad Elmaleh comme avocat pour défendre ce régime d'exemption fiscale, sinon "à applaudir à la bonne blague de (leur) propre spoliation" comme le dit si bien Mona Cholet ? Où encore, comme dans cet excellent billet chez l'ami Seb Musset, "Merci (...) de me remémorer, avec cette constance dans la petitesse et l'égoïsme forçant le respect, que l’homme de droite, sans forcément rouler sur l'or, est mentalement structuré pour défendre l'aristocratie parasitaire qui l'oppresse" ?

Par contre l'argument des "gens concernés" est à géométrie variable. Voyez avec quelle rareté l'ont donne la parole à ceux qui se prennent les "réformes" dans les dents, fonctionnaires privés de moyens de travailler, enseignants aux heures rabotées et autres clampins sommés de fermer leur gueule au nom de la nouvelle efficacité sarkozienne ? Si on les interviewe, c'est aussitôt pour mieux les disqualifier, souligner lourdement leur "corporatisme" ou leur archaïsme.

Que ces tactiques soient employées par le parti au pouvoir est tout à fait normal, chacun cherchant à cadrer la situation à son avantage, trouvant les appuis qu'il peut, changeant les termes du débat aussi souvent que nécessaire. Qu'elles soient par contre utilisées grossièrement par tout ce qui nous sert de média ne devrait pas être acceptable.


Ce n'est qu'une journée d'action, et pourtant je vois de plus en plus de gens qui parlent de "grève générale". Non pas des militants ni des gauchistes d'ailleurs, plutôt des pris en otage du transport en commun qui, sans le savoir, donnent un caractère encore plus spectaculaire aux traditionnelles mobilisations syndicales.

J'adore ce moment où les rêves des uns deviennent les peurs des autres - et où ceux qui combattraient une telle grève alimenteraient par leur angoisse la possibilité de cette action, d'un mouvement façon LKP. C'était encore impensable en Guadeloupe il y a quelques mois, c'est absolument impensable en métropole maintenant, mais qui sait ?


Au passage, via un billet de Koz qui a le mérite de l'argumentation, mon avis sur la question du pape et des capotes, pour une fois que je me fends d'un vrai commentaire. En tout cas je n'aime pas ce barnum à la con contre le pape, trop facile et probablement contre productif à terme. Oui je l'ai aussi twitté, oui j'ai un compte twitter, oui je suis un geek.

TVA restauration, foutage de gueule

J'ai vraiment le sentiment qu'on fait tout à l'envers. Quoi de plus urgent en effet que de baisser les prix du restaurant ? Il fallait faire quelque chose pour le pauvre restaurateur qui, pris en tenaille entre les charges sociales et la TVA, n'avait pas tellement d'autre choix que de faire le plus de black possible. Heureusement c'est fini, et en plus tout cela ne coûte qu'un milliard d'euros : pourquoi s'emmerder ? Au train où file le déficit, on est vraiment plus à ça près.

Bref, on navigue une fois encore en plein foutage de gueule. Que cette vieille promesse démago de Chirac, reprise par l'homme du Fouquet's, puisse finalement trouver satisfaction à Bruxelles en dit long sur la dérive bureaucrato-populiste de l'Union européenne, qui dans le même temps n'a pas jugé utile - enfin, n'a pas trouvé d'accord - pour faire baisser la TVA sur les "produits verts". Ca sert à rien, ça ne va pas faire baisser les prix à la consommation, ni créer de l'emploi ? Alors c'est bon coco, vazy baisse la TVA, faut calmer les français, dix ans qu'ils nous emmerdent avec ce truc, et y'a qu'eux qui seront assez cons pour perdre des recettes sans contrepartie.

Parce que pas question que nos amis restaurateurs encaissent la marge sans rien dire, on va leur faire signer des accords sur l'emploi et les prix. Attention, hein, ils vont s'engager, et demain y'aura plus personne au noir dans nos cuisines ! Et on va enfin tout déclarer, promis ! Sans compter cette baisse de prix incroyable qui va faire revenir tous ces clients, c'est sûr.

Au fond, les gros bénéficiaires de l'affaire, outre les restaurants en difficulté qu'on pourrait très bien aider autrement (avec des réduction de TVA plafonnées, par exemple), vont être les concessionnaires audi ou mercedes : ça va être la fête aux intérieurs cuirs et aux options bling bling.

"Je suis blonde, mais je comprends, hein"

J'en peux plus d'entendre ce genre de conneries ; la prochaine fois qu'une femme plus ou moins blonde me sort cette bouffonnerie je vais éviter le petit sourire de circonstance que l'on réserve aux amateurs de vannes pourries, celui qui accuse réception de l'intention humoristique tout en évacuant immédiatement tout prolongement sur le même terrain (laissant chacun se demander si c'est la blague, ou la personne qui l'entend, qui n'est pas drôle) et dire quelque chose de cassant. Non pas une leçon sur le sens de la perpétuation du (faux) stigmate, mais plutôt sur la culture pathétique de la vanne de merde et du stéréotype sexiste.

D'ailleurs je me fous du stéréotype sexiste. Il est certes attristant de voir des filles reproduire les carcans débiles sous le prétexte bien pratique du second degré, sacrifiant leur identité au profit du collectif ; comme si l'on acceptait de voir un type basané dire "je suis arabe, mais je peux me retenir de voler, hein" (merde d'ailleurs ça doit arriver). Mais le plus grave, c'est ce comique de répétition qui espère que la conversation sera plus légère parce que ponctuée de ces références bas de gamme que tout le monde comprend immédiatement.

Pour la petite histoire, je n'ai rien contre les blagues de blonde, pas plus que les blagues ou c'est un Arabe, un Français et un Belge qui... Ce ne sont que des structures qui peuvent donner le pire comme le meilleur humour. De même, le problème dépasse la culture totalitaire du second degré ; l'ensemble devient insupportable quand le second degré se combine avec une absence totale d'humour et d'originalité. Pire, cette tentative de complicité instantanée suppose un agrément de la part du locuteur, agrément du cadre de l'échange, agrément à la blague sexiste et au fait qu'on la reconnaisse et qu'on accepte qu'une relation puisse se constituer sur une bêtise aussi crasse. Au fond, c'est une insulte.

L'alcool, l'Etat, les jeunes

Il était urgent de protéger les jeunes contre les méfaits de l'alcool et du tabac, et c'est chose faite. Chacun est dans son rôle : les médias s'inquiètent des "nouvelles façons de boire", reproduisant les tendances qu'ils dénoncent de façon séduisante, les parents flippent et l'Etat légifère.

Evidemment, les choses ont quelque peu changé, fini la tradition gauloise du vin à chaque repas, voire au bistrot le matin, maintenant les pratiques sont à la fois plus concentrées (sur le week-end), plus rationnelles (on veut se défoncer) et plus performantes (on y arrive vite et bien). Si cela recoupe une évolution sociale, ce n'est sûrement pas celle du "mal-être" de la jeunesse dont on nous tartine, mais plutôt d'une application à la biture du système de production d'aujourd'hui.

Et si bien sûr certains souffrent de l'uniforme "mal-être", de cette fausse conscience fourre-tout bien pratique pour éviter de penser au-delà d'un ressenti brut et vain, cela ne doit pas faire oublier à quel point ceux qui pratiquent la bonne claque du vendredi/samedi soir sont pour la plupart merveilleusement intégrés - l'exemple idéal typique étant l'étudiant d'école de commerce, qui nous rappelle également que la défonce n'a rien à voir, décidément, avec l'ivresse du poète.

La défonce du week-end est une sorte de rituel temporel bien établi qui marque le passage de l'état sacré d'aujourd'hui, le temps de la production, vers l'état profane de liberté (vous noterez que j'emploie ces deux concepts n'importe comment, mais je m'en fous, je ne suis pas chercheur en socio). Il s'agit de marquer la fin de la soumission à l'ordre économique (bonnes notes pour trouver un boulot, boulot pour croûter) avant que celui-ci ne reprenne deux jours plus tard, uniformément, éternellement. Ne pouvant changer le monde tel qu'il est, ayant abandonné toute verve révolutionnaire, tout espoir de lendemains qui chantent pour la perspective confortable et ennuyeuse d'une carrière (et encore, pour les plus chanceux), on se libère comme on peut, vite et bien, avant de retrouver la classe ou l'open space lundi.

Que cette entrée en week-end se fasse par les codes (concentration, performance, efficacité) de l'ordre économique auquel on souhaite justement échapper ne doit pas surprendre, parce que c'est justement le signe de l'adhésion à ce principe où le week-end n'est qu'une liberté surveillée, un instant de répit pour reconstituer la force de travail - il faut bien que les esclaves se reposent - avant le décisif lundi, et qu'il s'inscrit donc dans cet ordre de production que les buveurs souhaitent, au fond, rarement quitter, la production étant aussi la condition d'accès aux plaisirs de la consommation.

Viendront plus tard les joies et les charges de la famille (dans l'ordre que vous voulez), soit le temps où les anciens buveurs du week-end verront avec angoisse leurs mômes faire de même, peut-être avec une autre drogue, une puce dans la tête ou autre chose, et qu'il se diront "c'est générationnel" - et pourtant ça ne le sera pas plus qu'aujourd'hui.

Obsession d'époque

Le point : Sarko en couv. L'Obs : pareil. L'Express non, mais c'est le dossier immobilier du trimestre. Bref, quand le président remonte dans les sondages, se démene en Europe, se marie avec une chanteuse, on parle de lui. Et quand ça ne va pas, qu'il dérape, qu'il est dépassé par les évènements : on parle de lui. Il n'y a plus personne d'autre.

C'est d'autant plus étonnant que le sujet Sarkozy (au double sens du terme) est dépassé : il ne contrôle plus rien, il n'a plus de politique, il radote des discours écrits avec les pieds, et pendant ce temps le déficit file de façon hallucinante ; bref, il n'y a plus personne à la barre, ce qui peut se comprendre vu les temps difficiles. Mais malgré cela, il reste au centre de l'histoire.

Je crois que ce n'est pas qu'un travers de journaleux, ni même du clientélisme. C'est pire, comme si nous ne pouvions plus nous percevoir en tant que Français, ou réfléchir à la marche du pays, sans en passer par lui. Les seuls sujets qui comptent aujourd'hui sont la crise et le mouvement social, le reste n'est que fait divers ou histoire de politique-football ; soyons sûr que lorsqu'on en parle, c'est "sarko dépassé par la crise" et "sarko recule devant les syndicats".

Cette obsession (à laquelle ce billet participe nécessairement) est hallucinante. Et c'est dans le caractère total du personnage, qu'on l'adore ou qu'on le déteste - et il n'y a plus de voie moyenne - que réside sa dernière force. Il suffirait qu'on arrête d'en parler, qu'on revienne à la trame de fond, pour qu'il disparaisse effectivement, puisque son action n'a plus prise sur le réel.

Moi, je parle vrai, comme Sarkozy

Moi je suis un blogueur qui a pour mission de mettre les points sur les i, et de dénoncer les dérives inacceptables de la haine anti sarko qui devient la norme chez les scientifiques et les gratte papier dans leur genre. Trouvez vous normal qu'on puisse ainsi manquer de respect à la fonction présidentielle ? Moi, non.

Voila, ouf, ça fait du bien, et pourtant je ne tiens que trois lignes. Alors pensez au calvaire de Barbara Cassin quand elle a décidé de joindre le fond et la forme et de dénoncer dans ses propres mots le dérèglement de la langue délibérément choisi par Sarkozy. Le début du texte est magnifique :

Il est certain que nous avons un président de la République. C'est le job de Nicolas Sarkozy. Moi je suis chercheur au CNRS, spécialiste de philosophie ancienne, je lis, j'enseigne, j'écris. C'est mon job. Je ne suis pas pour la langue de bois, ni pour le politiquement correct ni d'ailleurs pour le politiquement incorrect. (...) Qu'il aille au turbin tous les matins et prenne à bras-le-corps les problèmes, c'est bon signe.

Pourquoi ai-je alors la sensation que quelque chose de grave est en train de se passer ? Non pas la crise ; la crise est très grave, elle crée et créera du malheur. (...) Mon désarroi est enraciné dans une certaine expérience de la langue et de la culture qui n'a rien de rétrograde - qui n'est pas plus rétrograde que la culture elle-même contre laquelle il est arrivé qu'on sorte le revolver.

Et ainsi de suite. Exercice délicat, tant le propos en devient illisible sous le poids de la caricature. Mais il fallait bien que quelqu'un réagisse. Si le discours sur la recherche et l'innovation a tant choqué les chercheurs, c'est parce qu'il a combiné des provocations sur le fond - en gros, une bande d'improductifs inadaptés - avec, dans la façon même de s'adresser à eux, l'usage d'une parole faite de lieux communs copié-collés, scandés par une gestuelle de contremaître (voyez le film sur sa téloche) :

"face à la crise, nous il serait catastrophique de nous replier sur nous-mêmes, il serait catastrophique d’attendre frileusement que ça passe, cette stratégie là de l’immobilisme, de la frilosité et du repli sur soi, elle nous est interdite"

ou qu'il se foute franchement de leur gueule, comme lors de la fameuse pique :

"Évidemment, si l'on ne veut pas voir cela, je vous remercie d'être venu, il y a de la lumière, c'est chauffé…"

Sarkozy n'est pas un intellectuel, et pourtant il a cru bon, pendant la campagne et encore après son élection, de confier ses discours à Guaino, où les effets de style parfois ampoulés masquaient le même fond puant (ah, l'homme africain et l'histoire). Et progressivement, sans doute lassé de prononcer des mots dans lesquels il ne se reconnaissait pas, il a repris la langue du 20h qui est aussi la sienne, sa langue naturelle, vulgaire et braillarde, en y ajoutant cependant le raffinement de l'incompréhensible. Que veut dire cet essai d'épistémologie un peu naïf, qui suit exactement la provocation précédente ?

On peut continuer, on peut écrire. C'est une réalité et si la réalité est désagréable, ce n'est pas désagréable parce que je le dis, c'est désagréable parce qu'elle est la réalité, c'est quand même cela qu'il faut voir. Arrêtez de considérer comme sacrilège celui qui dit une chose et voir si c'est la réalité. C'est la réalité qu'il faut contester dans ce cas là.

Il faut relire pour le croire : "Arrêtez de considérer comme sacrilège celui qui dit une chose et voir si c'est la réalité". Ce n'est pas anecdotique. Quand ce qui est écrit n'a plus aucun sens mais signe le bon sens, quand on enchaîne les propositions comme lors d'une discussion de comptoir aviné, quand un discours devient un exercice d'expression niveau CM1 ou sportif épuisé après le match, on touche à la pire démagogie. C'est celle qui consiste à chier sur certaines élites - ici, les chercheurs - en s'appuyant sur la langue moyenne, en ne visant que la reprise des bons mots à la télé et en espérant les désigner à la vindicte publique puisqu'on se met du côté du bon sens populaire.