J'ai beau être un sale réactionnaire à ses yeux, j'éprouve beaucoup d'affection pour l'engeance trotskyste. Il y va sans doute de souvenirs de lycée, cristallisés par les années - ah, le premier (et dernier) meeting du cercle Léon Trotsky à la Mutu. J'ai toujours trouvé rafraîchissante la brutalité trotskarde, surtout quand elle s'exprime dans cette parole politique lestée de théorie. Les troskos sont (presque) les seuls à dénoncer le règne de l'argent et de la marchandise, ils n'ont pas le fétichisme de l'industrie lourde comme les ex-stals, et ils ne sont pas compromis avec la bourgeoisie comme aujourd'hui le PS l'est. Du coup je regrette - ce que personne n'a dit - que le Nouveau Parti Anticapitaliste ne se soit pas plutot appelé le Parti Anticapitaliste Révolutionnaire, mais il manquait quelques voix.
Hélas, cette opération de rhabillage de la LCR en NPA repose sur une triple dissimulation. Premièrement, un replâtrage discret de la vieille théorie, qui faisait pourtant le charme de l'organisation, et qu'aujourd'hui on cache soigneusement pour ne pas effrayer les nouveaux militants venus par la télé. Autant dire qu'ils risquent de déchanter assez vite une fois exposés aux meeting des sections locales, une fois rédigés les communiqués de soutiens aux "mouvements" du jour. Ensuite cette conception non assumée de la personnalisation du pouvoir, avec la sympathique figure de Besancenot qui, ayant abandonné l'idéologie sans céder à l'exercice bourgeois du programme, est le seul facteur (ah ah) de ralliement. Enfin c'est bien sûr l'écart qui ne cesse de m'étonner entre le principe de "l'anticapitalisme" et la pratique corporatiste de la boutique - défendre coûte que coûte la petite fonction publique.
Car je veux bien que l'on se soucie des "petits" et qu'on refuse de sacrifier les plus fragiles sur l'autel des "réformes", surtout dans leur version sarkozyste. Cependant il y a comme un hiatus entre la prétention communiste et la défense acharnée du "service public", c'est à dire des statuts, tout en refusant au maximum la responsabilité du pouvoir. Ainsi le premier souci du NPA, c'est de crier partout qu'il ne s'alliera pas - jamais, jamais - au PS, et de refuser tout "débouché électoral aux luttes des classes (au point même de vouloir purger "l'aile droite" qui envisageait, horreur, une alliance avec Mélaenchon et les cocos qui eux mêmes pourraient s'allier avec le PS. Pourtant une telle alliance NPA-PC-PG serait justifiée par les idées défendues et le positionnement politique, mais elle est incompatible avec le réflexe fractionniste qui identifie notre extrême gauche.) Et on voit vite que le but de la participation aux élections est soit de garantir le maintien d'un pouvoir de droite dure (bon pour la boutique, ça) tout en punissant la fausse-gauche-qui-nous-a-trahi, soit l'ambition de désorganiser le système électoral pour rendre le pouvoir à la rue.
Peut on reprocher au NPA de reprendre la vielle stratégie "classe contre classe" du PCF des années 20, comme le dit Hollande dans son papier inaugural chez Colombani ? Du point de vue du spécialiste de la stratégie électorale, qui a passé 10 ans à bricoler pour rien, c'est un reproche assez logique. Et il y a bien quelque chose d'amusant à prendre le PS à son propre piège, celui du "vote utile". Parti sans leader et sans programme, le PS est bien plus largué que le NPA. Privé de toute capacité sérieuse d'opposition car incapable d'une réponse crédible face au néo-populisme de droite, il prend le risque d'être tout simplement dépassé par le charisme du facteur. Au fond, il faudrait que Besancenot prenne d'assaut le PS, seul véhicule capable de satisfaire son envie de pouvoir.
Le PS est un parti sans leader, Besancenot un leader sans parti. Tout le monde gagnerait à un tel rapprochement, car le NPA n'est pas qu'un collectif de défense des petits fonctionnaires et des précaires, il pointe le mal être auquel personne ne répond - cette "vie mutilée" décrite par Adorno, l'écrasement de l'humanité par la technique et la rationalité mécanique. Le PS a besoin de retrouver cette critique de départ, et pas seulement de râler en écho contre "la vie chère". Le capitalisme n'est qu'un des rouages du déracinement (et n'oublions pas trop vite les plaisirs de ce déracinement), il est difficile à réformer, il ne sera pas dépassé avec les "recettes" du NPA, mais on ne peut plus laisser le champ libre à ces crétins d'éditorialistes qui adorent commenter les sondages sous l'angle "les français sont grincheux (proposition A), ils devraient se réjouir et développer le gout du risque (prop. B) car les nombreux challenges du XXIeme siècle ne doivent pas se faire sans nous (conclusion)".
PS : j'ai merdé hier, ce billet a été publié par erreur alors qu'il n'était pas fini, j'ai donc dû le retirer in extremis.