Que des flics cognent sur des sans-papiers, c'est déjà inacceptable. Mais qu'un simple citoyen, après avoir écrit à son parlementaire qui a saisi la (discrète) Commission nationale de déontologie de la sécurité, subisse une plainte pour dénonciation calomnieuse de la part des policiers incriminés, puis - sous l'aimable recommandation du procureur - des pressions pour s'excuser et carrément indemniser les flics à l'honneur bafoué, et qu'il finisse par raquer plutôt que de subir un procès coûteux et probablement partial, voila qui rabaisse la France au rang d'une république bananière.

On devine que la plainte devait permettre à la police de se couvrir définitivement, et qu'importent les examens médicaux qui corroborent la version du témoin, dans ce cas c'est "ma parole (de flic) contre la tienne", et tant pis si l'on exerce des pressions jusqu'à ce que le témoin batte sa coulpe et paye pour rémunérer des flics qui ont cogné un type devant lui. Ce n'est même pas un classement sans suite (bon j'y connais rien, il faut sans doute l'intervention d'un juge pour ce faire), c'est un déni de justice flagrant, brutal, arrogant, c'est la suspension temporaire de l'état de droit, sans le moindre recours possible.

Bien sûr, la violence policière en elle-même est déjà odieuse, mais tant que la question des rapport de la police avec la population, y compris ses franges basanées et clandestines, ne fera pas l'objet d'une prise de conscience politique (PS, es-tu là ?), rien ne changera. De même pour l'usage des dénonciations justement calomnieuses par certaines forces de l'ordre : un problème, allez hop outrage et rébellion, ça fera oublier les coups de la garde à vue. Mais quand ce genre de choses sont soumises à enquête par une autorité indépendante, quand elles remontent jusqu'au Ministère de l'intérieur, en général elles appellent rapidement réparation et excuses. Là aussi, mais c'est le témoin qui s'excuse et qui raque (tiens, je voudrais bien la voir cette lettre d'excuse). Non seulement on ne peut plus l'ouvrir quand dans l'avion des policiers "maîtrisent" un expulsé, mais on risque même de devoir se prosterner devant ceux qui frappent si jamais on les trouve trop brutaux.

La CNDS n'avait pas beaucoup de moyen de se faire entendre, et la publication du compte rendu de l'affaire au JO ressemble fort à une bouteille à la mer. Grâce aux blogueurs (Romanis puis grâce à lui Eolas - dont le commentaire est éclairant) ont remarqué cette publication presque confidentielle, quelques médias l'ont vu passer, mais à part une brève reprise dans le monde.fr, dans l'Obs et dans la Dépeche (le seul qui semble avoir été imprimé), il ne s'est rien passé. Ce genre d'affaire aurait fait grand bruit dans n'importe quelle démocratie, mais pas en France (allez, sûrement pas en Italie non plus). Libertés publiques, voire liberté tout court ? On s'en branle.

Ils en parlent aussi : Autheuil & Vérel.