A propos
radical chic

"Les français ont bien raison d'être inquiets"

Quand 1 à 2,5 millions de personnes défilent en France en criant, grosso modo, "à bas Sarkozy" et "non à la politique du gouvernement", ils ne reçoivent qu'une feinte sollicitude et les excuses habituelles sur les "erreurs de communication". Dans le meilleur des cas le pouvoir ne s'est pas bien expliqué, comme sur le paquet fiscal qui allait, bien sûr, droit dans la poches des "plus pauvres", et dans le pire des cas les gens qui se plaignent sont des gogols qui n'ont rien compris aux mesures saines de la sarkozie.

Qu'on remette en cause le plan de relance baclé et limité de Devedjian, ce n'est pas une option. Qu'on discute de la pertinence de la "relance par l'investissement", pratique mantra pour faire des cadeaux aux entreprises et tendre des doigts aux salariés, cela n'intéresse pas non plus le pouvoir qui rappelle en boucle qu'on est pas en 1981, comme si franchement la situation n'avait pas évolué depuis. Et qu'une frange massive du service public se fatigue d'être insultée à longueur de journée par un Sarkozy qui fait ses voeux comme on donne des baffes (le dernier exemple ici, avec ce discours poujado en français qu'on parle vraiment quoi) et qui ne propose comme piste sde réforme que des coupes budgétaires et des réorganisations sans concertation, n'a sans doute rien à voir avec les manifestations.

Non, "les Français sont inquiets", et on les comprend, parce qu'on veille sur notre troupeau, quand même. Et puis bon la crise c'est pas de notre faute, c'est les américains là, ce qui est quand même bien pratique. Alors laissons-les râler un peu pour exprimer leur inquiétude naturelle, et ensuite continuons comme si de rien n'était, selon le nouvel axiome du jour "j'écoute mais je tiens pas compte".

L'autre France

Il suffit de compulser les commentaires des articles sur la grève pour voir l'autre France. L'autre France qui dégueule contre les appels, contre les fonctionnaires, contre les syndicalistes, contre les mouvements sociaux, et contre toute la masse de ceux qui s'opposent au sarkozisme. Celle qui applaudit les réformes parce que "ça suffit" et "y'en a marre" et "comment va-t-on sortir de la récession si les gens ne vont pas bosser et font grève" ? Bien sûr, cette France sait faire la différence entre les "sectes terroristes" (sic) et les "syndicats sérieux et responsables" - c'est à dire qui ne font jamais la grève, d'ailleurs comme l'UMP elle ne s'étonne pas des manifestations car "nous sommes dans une période très difficile", mais sa compassion s'arrête là.

C'est la France des comparaisons internationales et de l'efficacité du privé. Car "la France a pris du retard", disent nos nouveaux exilés qui, bien logés et bien payés, voient midi à leur porte et en savent aussi peu de leur pays d'accueil qu'ils croient connaître la France. Ce sont les crevards de l'open space qui ont fait le choix de l'individualisme et qui, à force d'horaire à rallonge pour cause de réunions inutiles, n'arrivent pas à comprendre qu'on puisse bosser moins qu'eux. C'était aussi "France SA", un brûlot naïf d'un consultant de Mc Kinsey, car dans ce cas il est permis et même encouragé de prendre les vessies pour des lanternes (c'est du benchmarking, coco).

C'est la France de la culture télé, génération M6, piégée par une culture de la vitesse et quelque peu déracinée, sans passé ni sans histoire, acquise au mouvement, à la nouveauté et à la croissance éternelle des écrans plats, toujours prompte à trouver que les "acquis" sont des vieilleries d'un autre temps, et ne voit dans la culture de la gauche qu'une idéologie poussiéreuse tout juste bonne à illustrer des pubs trop second degré (quoi).

C'est enfin la France de la "fermeté" contre tous les déviants, immigrés, sans papiers, fous, délinquants, celle qui réagit au quart de tour au moindre fait divers qu'on lui jette en pature, celle qui crie "toujours les mêmes (mais on n'a pas le droit de le dire)" quand le prénom du présumé coupable vient d'outre-méditerranée, et qui comprend par contre les agriculteurs qui tirent sur les inspecteurs du travail, parce que bon quand même c'est pas facile.

Evidemment, je caricature à mort, mais c'est ce que les commentaires donnent à voir. Pendant que nous méprisons Sarkozy et tout ce qu'il représente, pendant que les cortèges grossissent, il reste une presque majorité de bons citoyens qui veulent plus de réforme au couteau de boucher, et encore quelques uns que le mouvement social radicalise dans l'autre sens. La tentation de les oublier - parce qu'on est mieux ensemble - ou de les mépriser - parce que c'est quand même tentant - ne fera pas revenir magiquement la gauche au pouvoir, pas plus d'ailleurs que de faire des grossières concessions à leur point de vue - comme Royal en 2007.

Pratique transparence

Bon alors Sarkozy s'augmente de 172 % (ou plus ?) mais c'est pas pour se gaver de montres comme ce pauvre Dray, c'est parce qu'il veut que les choses soient claires. Ensuite Sarko décide de nommer le président de France Télévision directement, et bien entendu c'est pour en finir avec la terrible hypocrisie du CSA qui était, comme chacun sait, sous influence. Et puis il se garde un siège à l'UMP, enfin voyons chaque président était bien le chef de son parti, mais de façon cachée et malhonnête. Là encore, transparence.

Bon, et quand ce n'est pas la transparence ou la franchise, c'est l'efficacité. Allez supprimons largement le droit d'amendement, car on sait bien que de toute façon l'opposition n'a pas de quoi faire voter ces amendements, et que c'est juste une perte de temps. D'ailleurs pourquoi l'opposition siège-t-elle, après tout en toute transparence on pourrait la mettre dehors puisqu'elle ne sert à rien ?

Bref cet argument est un pratique fourre-tout pour faire avaliser tous les excès de pouvoir au nom de la franchise. Peut-être qu'on pourrait aller plus loin d'ailleurs, sur le même thème : je constate que depuis toujours la justice est plus dure avec les pauvres qu'avec les riches, sur l'air connu du "selon que vous soyez puissant ou misérable...", alors pourquoi ne pas faire les choses franchement et installer une justice à deux vitesses, hein ? Ah mais c'est aussi pour cela qu'on supprime le juge d'instruction, qui n'est pas rattaché au parquet alors qu'on sait bien, au fond, que le pouvoir guide la justice ? Transparence !

Police partout...

Que des flics cognent sur des sans-papiers, c'est déjà inacceptable. Mais qu'un simple citoyen, après avoir écrit à son parlementaire qui a saisi la (discrète) Commission nationale de déontologie de la sécurité, subisse une plainte pour dénonciation calomnieuse de la part des policiers incriminés, puis - sous l'aimable recommandation du procureur - des pressions pour s'excuser et carrément indemniser les flics à l'honneur bafoué, et qu'il finisse par raquer plutôt que de subir un procès coûteux et probablement partial, voila qui rabaisse la France au rang d'une république bananière.

On devine que la plainte devait permettre à la police de se couvrir définitivement, et qu'importent les examens médicaux qui corroborent la version du témoin, dans ce cas c'est "ma parole (de flic) contre la tienne", et tant pis si l'on exerce des pressions jusqu'à ce que le témoin batte sa coulpe et paye pour rémunérer des flics qui ont cogné un type devant lui. Ce n'est même pas un classement sans suite (bon j'y connais rien, il faut sans doute l'intervention d'un juge pour ce faire), c'est un déni de justice flagrant, brutal, arrogant, c'est la suspension temporaire de l'état de droit, sans le moindre recours possible.

Bien sûr, la violence policière en elle-même est déjà odieuse, mais tant que la question des rapport de la police avec la population, y compris ses franges basanées et clandestines, ne fera pas l'objet d'une prise de conscience politique (PS, es-tu là ?), rien ne changera. De même pour l'usage des dénonciations justement calomnieuses par certaines forces de l'ordre : un problème, allez hop outrage et rébellion, ça fera oublier les coups de la garde à vue. Mais quand ce genre de choses sont soumises à enquête par une autorité indépendante, quand elles remontent jusqu'au Ministère de l'intérieur, en général elles appellent rapidement réparation et excuses. Là aussi, mais c'est le témoin qui s'excuse et qui raque (tiens, je voudrais bien la voir cette lettre d'excuse). Non seulement on ne peut plus l'ouvrir quand dans l'avion des policiers "maîtrisent" un expulsé, mais on risque même de devoir se prosterner devant ceux qui frappent si jamais on les trouve trop brutaux.

La CNDS n'avait pas beaucoup de moyen de se faire entendre, et la publication du compte rendu de l'affaire au JO ressemble fort à une bouteille à la mer. Grâce aux blogueurs (Romanis puis grâce à lui Eolas - dont le commentaire est éclairant) ont remarqué cette publication presque confidentielle, quelques médias l'ont vu passer, mais à part une brève reprise dans le monde.fr, dans l'Obs et dans la Dépeche (le seul qui semble avoir été imprimé), il ne s'est rien passé. Ce genre d'affaire aurait fait grand bruit dans n'importe quelle démocratie, mais pas en France (allez, sûrement pas en Italie non plus). Libertés publiques, voire liberté tout court ? On s'en branle.

Ils en parlent aussi : Autheuil & Vérel.

En passant... (3)

"Dans le roman de Russell Hoban, « Riddley Walker », les descendants de survivants d’un holocauste nucléaire cherchent au milieu des décombres la clé pour retrouver leur civilisation perdue. Ils finissent par être persuadés que la réponse est de réinventer la bombe atomique. Cette histoire m’est revenue à l’esprit lorsque j’ai pris connaissance des nouveaux plans du gouvernement (britannique) pour nous sauver de la crise du crédit. Il a l’intention – aux dépens d’un public estomaqué – de persuader les banques de recommencer à prêter, à des niveaux similaires à ceux de 2007. N’est-ce pas ce qui a déclenché le problème en premier lieu ? Des niveaux insensés de crédit sont-ils réellement la solution à une crise provoquée par des niveaux insensés de crédit ?"

Voila un article du Guardian (traduit par un site au charme conspirationniste (!), trouvé via Rezo) met directement le doigt sur une contradiction qui me taraude ; si la crise vient d'un usage immodéré des instruments financiers spéculatif liés au besoin de faire crédit à des gens qui ne pouvaient pas rembourser, réinjecter de la thune dans ce circuit semble assez fou.

Bien sûr, comme c'est ça ou le déluge, il faut maintenir à grand frais (pour les Etats, qui vont avoir de plus en plus de mal à se refinancer) le système bancaire existant. Reste qu'on aurait pu aller plus loin, sans doute, soit en recréant des banques nationalisées, soit pourquoi pas en se passant de la monnaie comme le suggère l'article cité (même si cela semble irréaliste sauf inflation façon Allemagne 1923 ou Zimbabwe- le souvenir des assignats ?), ou au moins en punissant plus lourdement (à coup de taxes) la spéculation.

En passant ... (2)

"La fameuse photo où se trouvent réunis Brassens, Brel et Ferré. Les images d’archives de Deleuze, de Foucault… Les visages et les corps de ces hommes attestent d’une franche présence au monde, tandis que l’on dirait faits de meringue et de crème fouettée ceux de nos actuelles célébrités, intellectuels ou artistes. Jamais ils ne nous donnent cette même sensation d’une réelle incarnation sans boursouflure, sans garniture de paille, de vent, de chiffons. Pourquoi ?"

In L'Autofictif de l'écrivain Eric Chevillard. Tout le monde en a déjà entendu parler, mais je le trouve encore meilleur sur la fin, il gagne à quitter un certain hermétisme ou à décrire plus franchement ce qui le touche. Et son humour, alors ? Allez, encore une :

"Il reconnaît Robert Hue dans la rue. Très excité, il rentre chez lui : je viens de croiser Robert Hue ! La nouvelle ne suscite pas une émotion à la hauteur de son attente. Dans l’après-midi, au travail, il le raconte pourtant à chacun de ses collègues : ce matin, j’ai croisé Robert Hue ! Haussements d’épaules en retour. Il fait encore quelques tentatives les jours suivants : figurez-vous que j’ai croisé Robert Hue ! Mais décidément, l’événement semble ne passionner personne. J’ai dû me tromper, se dit-il alors, ce n’était sans doute pas Robert Hue."

Le grand méchant Sud

Après des semaines de conflit larvé et de perturbations discrètes, le conflit entre Sud et la direction de la gare Saint Lazare s'est terminé de façon spectaculaire ; et il aura fallu aller jusqu'à la fermeture de la gare pour qu'on parle, enfin, des raisons de la grève, et qu'on entende le point de vue du syndicat. Chose difficile, puisque tandis qu'on donnait d'une main la parole aux premiers concernés, on leur reprenait de l'autre par le déchaînement de propagande anti-grève, des "usagers pris en otage" à l'intervention de Sarkozy himself contre les "irresponsables".

En effet, Sud est rentré dans une logique de guérilla, utilisant toutes les contradictions de la loi pour désorganiser le service au maximum sans subir de vraies retenues de salaire. En effet, Sud est devenu un bastion corporatiste, et se préoccupe peu des usagers du service public, sauf de façon rhétorique. En effet, les prochaines élections professionnelles ne sont pas étrangères à la radicalisation du conflit. Voilà a peu près en quoi je suis d'accord avec cette "enquête" (courageuse presse engagée !) du Figaro ou le point de vue pro-CGT de Libé.

Je déteste attendre le train à Saint Lazare (et croyez-moi je le prends souvent), mais je trouve encore plus répugnante la propension des salariés "responsables" que nous sommes tous à embrayer sur une nouvelle phase de haine anti-syndicale et anti-fonctionnaire. Au mépris des circonstances locales, des raisons de la grève, de la "négociation" brutale de la SNCF, dont tout le monde se fout. Et surtout, au risque d'alimenter la radicalisation qu'on dénonce incessamment. Car la montée de Sud dans la plupart des services publics est bien l'une des conséquence des tombereaux d'injures qui tombent à jets continus sur les fonctionnaires, et plus particulièrement les cheminots, depuis (au moins) 1995.

Les cheminots, comme d'autres fonctionnaires ou personnels à statut, font parti des rares salariés qui bénéficient de condition de travail relativement confortables sans pour autant émarger à l'encadrement. Au nom de ces "privilèges" inacceptables au regard de la brutalité du marché du travail, on donne dans cet égalitarisme négatif qui est devenu l'une des marques de fabrique du sarkozisme : mépriser les plus petits que soi, haïr les minuscules privilégiés qui perturbent les transports, leur coller une nouvelle loi parce que la précédente, torchée pour apaiser la raclure tfiste, n'a servi à rien. Et bien sûr, pour les vrais privilégiés, remontrances polies en l'air et fermez le ban.

Alors se produit la radicalité qu'on a patiemment encouragée, arrive dans les télés, après un mois de non dit et de silence, un barbu chevelu à l'accent prolo qui semble tout droit sorti des barricades de 1968, et voila l'ennemi tout trouvé : l'empêcheur de rouler en rond, le maximaliste, bref "l'arnarcho-syndicaliste", version armée des fameux "anarchos-autonomes" dont les sabotages éventuels sont parés de l'aura du terrorisme. Faire la guerre à Sud (ahaha), c'est pratique pour oublier le reste.

Si j'étais salarié à la SNCF, je serais probablement chez Sud, ou pas bien loin. Dans un tel environnement hostile, à force d'être désigné à la vindicte, à force d'entendre des millions de couillons qui ne connaissent rien à mon métier expliquer pourquoi je devrais fermer ma gueule et conduire mon train, je finirais par abandonner la posture du gentil modernisateur qui se fait mettre par la négo pour défendre mon bifteck coûte que coûte.

Tant que l'approche du pouvoir vis-à-vis des salariés mieux lotis que d'autres (mais pas nos électeurs cadres, hein !) sera un mélange d'insultes et d'injonction à changer, tant que leur parole, évidemment discutable, sera inaudible, disqualifiée ou déformée, tant que la grève qui empêche les gens de circuler sera leur seul véritable recours, rien ne changera.

Le "bilan" d'Hortefeux

Discriminatoire, cette politique (d'immigration), en faisant fuir l'élite africaine vers d'autres pays européens ou vers l'Amérique, abaisse dans ce continent l'influence de la France. Bureaucratique, elle n'attire pas l'immigration de travail, même qualifiée. Discrétionnaire, contradictoire et intrusive, elle porte atteinte aux droits de l'homme, néglige la sécurité publique et épuise les fonctionnaires chargés de la mettre en oeuvre. Nicolas Sarkozy continue pourtant d'imprimer un rythme rapide et politique à sa gestion. Cinq lois déjà depuis 2002, un projet de réforme constitutionnelle avorté et deux nouvelles lois annoncées pour 2009. Probablement est-il persuadé que le maintien d'une tension, d'une mobilisation politique permanente autour de l'immigration, reste pour l'avenir, quelles qu'en soient les conséquences, toutes à son bénéfice politique.

Pour ceux qui ne l'ont pas vu passer, il faut lire le remarquable article de Patrick Weil dans le Monde à propos de la politique de l'immigration de Sarkozy. On connaissait l'aspect démagogique de cette "mobilisation politique permantente autour de l'immigration", comme la série de drames individuels produits par ces expulsions (qu'on n'a même pas le droit de discuter), mais on oublie souvent que la justice est engorgée par ces procédures d'éloignement produites à la chaîne tandis que les flics perdent leur temps en contrôles d'identités racistes et illégaux pour faire la chasse aux sans-pap.

Et j'ignorais que le foutage de gueule allait aussi loin : des petites combines pour gonfler les chiffres

"un touriste venu voyager en Europe avec un visa Schengen - valide trois mois - a séjourné quatre mois ; il repart tranquillement par avion et son passeport est vérifié au moment de l'embarquement à Roissy. Ce touriste est interpellé, présenté à un officier de police judiciaire qui lui délivre une obligation à quitter le territoire qu'il s'apprêtait justement à quitter"

au caractère systématiquement arbitraire de l'application de la loi, en fonction des préfectures et des chiffres du moment, le tout pour finir devant le juge administratif comme dans le cas des conjoints de Français. Et encore ce papier se limite à la critique d'une politique coûteuse, inefficace et démagogique, il ne va pas jusqu'à la conclusion naturelle : les expulsions ne servent qu'à donner l'impression qu'on maîtrise un phénomène qui dépasse complètement l'Europe, incapable de penser au delà de frontières qu'elle espère protéger à tous prix contre les nouveaux barbares.

Gauche bling bling

"Vous l'imaginez, vous, cette AmEx qui s'embrase si facilement côtoyer dans un portefeuille à 5 000 euros la carte du PS. En tant que socialiste, ça me débecte."

Commentaire de Romain M. sur le Monde.

Il existe des socialistes qui ont du fric, et il n'est pas question de le faire la leçon. Les précheurs de salon qui soulignent avec gourmandises que les gens aisés qui votent à gauche sont en contradiction avec eux-même m'énervent, tout comme ceux qui font de l'égoïsme bien compris des riches qui votent au plus près de leurs intérêts la preuve d'un bon sens qu'il faudrait presque applaudir. D'ailleurs, alors qu'on moque les bourgeois de gauche, on se félicite toujours des prolos de droite, qui ne sont pas schizophrènes, eux, mais la preuve du soutien populaire au gouvernement...

Cela dit, le cas de Julien Dray est un peu différent. On ne peut pas reprocher au président d'être une fashion victim aliénée par les marques de luxe, et accepter qu'un socialo flambe de la thune et soit victime "d'achats compulsifs" de montres. Au delà du problème principal, l'origine des fonds (et dans l'attente des conclusions de l'enquête), je pense qu'on peut effectivement rejoindre le commentaire de notre ami du Monde. Même si Dray et sa femme gagnent 15ke par mois, même s'ils ont droit de "se faire plaisir", même si le goût des montres de luxe n'est pas une tare, ce train de vie trop dispendieux me choque.

Qu'il en soit fait un étalage un peu putassier dans la presse peut aussi choquer (voir Marianne, via Koz), car cela dégage un désagréable parfum de lynchage. Mais je ne verserai pas une larme pour un ex-trotskard devenu un apparatchik du PS, probablement sénateur à vie de l'Essonne, qui n'a plus la moindre conviction depuis bien longtemps.

On peut avoir du blé, et tant mieux pour ceux qui ont cette chance, mais on n'est pas obligé de tomber dans la dépense vulgaire. Se vautrer dans le luxe, faire l'affichage des signes de richesse, c'est non seulement s'éloigner des gens qu'on est censé représenter, mais surtout participer à l'aliénation collective qui place l'argent au dessus de toutes les autres valeurs, ce qui est le contraire même du projet socialiste.

Etats généraux de la presse : et ?

A force de privilégier le "concret" ("assez de baratins, des actes" crie le choeur antique), l'opération déjà controversée des Etats Généraux de la Presse tourne en eau de boudin. Si - à l'instar des contributions du PS - l'introduction du rapport et des grandes thématiques montrent que les enjeux sont compris, comment trouver un sens à la pluie de proposition qui, aspects techniques mis à part (voir les travaux du pôle 2), ne changent rien ?

Gratter de la TVA sur les magazines de tuning, payer deux jours de formation aux journalistes non issus des grandes écoles de la profession, installer un ambassadeur pour les moins de 25 ans (?), créer un statut d'éditeur de presse en ligne... En dehors de la technique, voila qui est maigre ; du coup reviennent les contradictions de l'organisation, cette presse qu'on voit un peu vite à la botte du pouvoir qui est "sauvée" par un gouvernement ami des grands groupes de média, au point que le site de l'opération est une copie conforme de celui de l'Elysée ; la suspicion du départ rejoint la futilité de l'arrivée.

Marrant d'ailleurs comment ce rapport et sa réception reflète le mal être de la presse : on est très fort sur les pages opinion et débat, au risque d'une pensée toujours spacieuse et un peu coupée des réalités à force de généralité, et très fort également sur les résumés des rapports de cent pages en dix lignes - ce que le grand public retiendra de ces états généraux, à savoir les quelques propositions plus marquantes ou surtout plus folkloriques.

Mais du fond, rien ou presque. Pourquoi de moins en moins de lecteurs payent pour lire la presse ("crise de confiance", comme c'est joliment dit) ? On connait les suspects habituels, le web qui banalise l'info (et qui habitue à payer l'infrastructure, pas le contenu), la concurrence - pourtant récente - des gratuits, les "coûts de fabrication et de distributions" (des ouvriers trop payés, en sorte), et au-delà les évidents bouleversements des modes de vie.

On ne saura pas pourquoi, par contre, nos journaux dits sérieux comptent moins de pages, et des articles plus courts et plus vite torchés, que les autres grands journaux européens, américains ou (me dit-on) asiatiques. Comme si la presse, à force de craindre de perdre des lecteurs, faisait progressivement la course avec les gratuits ou avec la télé, produisant finalement la perte qu'elle redoutait. C'est sûr, on peut compter sur elle pour reprendre, tous les six mois, la comptine de la "qualité", de la "distance d'avec les faits", du "recul" (comme elle le fait encore dans l'introduction du rapport), ce qui ne l'empêche jamais de revenir aux gros titres et aux simili-dossiers sur les derniers faits divers. A ce jeu là, elle n'a aucune chance contre les verrues type "le post" et la cohorte des gratos.

Ce n'est peut-être pas le rôle de tels ateliers que de rentrer dans le contenu même de "l'offre de presse", mais alors les mesures évoquées n'agiront qu'à la marge, et ne freineront pas la poubellisation de la presse, toujours moins rentable et toujours moins lue.

Pub ciblée

Joli l'avion de chasse qui survole les ruines de Gaza, non ? 3 jours que cette bannière flash de merde tourne sur tous les sites d'actus ; bravo le CIC, c'est vraiment bien vu.

Faut-il vraiment détruire le Hamas ?

Les fameux tirs de roquettes Qassam constituent une agression plus symbolique que réellement dangereuse. Au fond, leurs principales conséquences sont de forcer des villes du sud d'Israël à vivre en état de siège, sous la menace permanente des alertes. Plus que les quelques victimes, plus que la population terrorisée, c'est bien ce mépris effectif de la souveraineté israélienne qui sert de justification à l'attaque de Gaza, et qui permet de sauver les meubles auprès d'une opinion occidentale à laquelle on parle de "légitime défense". Comment expliquer alors une telle escalade ?

L'horrible disproportion de la puissance de feu, et du nombre de victimes "civiles" n'est compréhensible que parce que le Hamas tient symboliquement sous sa coupe une petite partie d'Israël, situation insupportable d'autant plus qu'elle constitue une sorte de curieux miroir de l'occupation des territoires palestiniens, où l'on vit (et surtout l'on se déplace) sous les ordres d'une armée étrangère.

A l'évidence, le Hamas a voulu cette guerre, comme le Hezbollah a souhaité la guerre du Sud Liban en 2006. Faut-il pour autant en conclure que pour le Hamas, les victimes importent peu (et d'ailleurs ses miliciens ne visent-ils pas n'importe qui avec leurs roquettes) ? Et qu'au fond, comme le rappelle brillamment Mona Chollet, les palestiniens sont toujours ceux qui ne "veulent pas la paix" et occupent surtout, dans notre imaginaire occidental, la place toute chaude des barbares islamistes ?

Curieusement, on ne se demande jamais si le Hamas, le méchant Hamas qui veut la disparition d'Israël (en effet), a beaucoup d'autre choix que la fuite en avant dans une guerre qu'il ne peut ni gagner ni perdre. Il a été porté démocratiquement au pouvoir par une population excédée par la corruption et l'immobilisme du Fatah, et sans aucun doute adoucie par le rôle d'aide sociale (financée par les pétrodollars) qu'a pris le mouvement. Quelle que soit l'horreur qu'on peut éprouver pour les gesticulations rétrogrades type instauration de la charia, quelle autre solution avaient les gazaouis ? Et maintenant que la Hamas est au pouvoir, pourquoi deviendrait-il un parti de la paix si c'est pour régner sur un bantoustan dont il ne contrôle même pas les frontières, à la merci d'un blocus permanent stérilisant toute velléité de développement économique ?

Ainsi la guerre n'est pas qu'un calcul cynique d'excités prêts au martyr, c'est également la seule voie de progression possible aujourd'hui, tant qu'Israël n'est pas sérieusement prêt à abandonner les territoires pris en 1967, ce qui constituerait le minimum vital pour un état palestinien. Et comme le note ce papier du NY Times, l'attaque israélienne ne peut probablement que renforcer le Hamas. D'un autre côté, avec un nouvel ennemi déclaré aux portes, Israël gagne du temps, mais pourra-t-il poursuivre l'expansion coloniale en Cisjordanie tout en tenant deux fronts potentiels, au nord et au sud ?

Une très bonne année...

... serait une année sans Sarko. En attendant qu'il disparaisse des écrans, bonne année quand même.