Sondage de merde comme tous les sondages en ligne sur le site du Figaro : "Darcos a-t-il bien fait de reporter sa réforme" ? "Non" à seulement 57%, voila qui est mollasson pour une question aussi bêtement identitaire. Car ne nous y trompons pas : la "réforme" de Darcos n'a aucun sens, si ce n'est de montrer à ces profs réactionnaires de quel bois la sarkozie se chauffe ; et c'est bien en cela qu'elle suscite une hostilité de principe, c'est une déclaration de guerre et elle est reçue comme telle.

Au fond, ce n'est plus tant de la politique que du foot : le ministre contre les profs. Le ministre, dans la grande tradition de l'éduc' nat', conchie les profs dont il est pourtant (si jamais le responsable des subventions européennes qui siège à l'Agriculture traitait les paysans avec la même condescendance, il n'y aurait plus une préfecture debout en France). Et quel meilleur terrain que l'éducation pour affirmer la valeur transcendante de La Réforme, elle si nécessaire, elle qui nous sauve ?

Alors bien sûr, Darcos qui "recule", c'est Darcos forfait, aussi bien pour ceux qui voudraient conquérir l'éducation nationale comme une province ennemie, que pour les élèves en lutte. On sentirait presque de la déception, si chacun ne se promettait de continuer le match, de faire passer la Réforme ou d'avoir la peau du ministre.

Contrairement à ceux qui s'amusent de la révolte floue et comme indistincte des lycéens, je note à leur avantage que chaque changement structurel de l'éducation nationale ne change en réalité pas grand chose, mais s'accompagne systématiquement d'une réduction significative des moyens. Comme si la "réforme", dont on peut discuter ad libidum de l'utilité (4 conseils de classe au lieu de 3 ? hum), ne servait que de paravent à de bonnes grosses économies (histoire de financer les banques ou l'expédition afghane ?)

Chacun sait que l'éducation nationale est en difficulté, qu'elle n'a pas résisté à la massification et qu'elle n'arrive plus à transmettre certains savoirs, comme l'orthographe, d'ailleurs en voie de ringardisation complète, ou la capacité d'expression écrite. Les profs en conviennent généralement, eux qui éprouvent souvent un plaisir masochiste à découvrir les énormités qu'écrivent leurs élèves, surtout dans les "bonnes" classes. Et l'école n'est pas seule en cause, puisqu'elle doit se penser dans un monde où l'écrit formel ou intime disparait.

Au lieu de tenter un débat sur ces questions difficiles, le gouvernement se contente de radiner sur l'école. Certes, les montants en jeu sont colossaux, mais quel peut-être le sens de réduire la présence des adultes dans les établissements difficiles, comme l'a fait Ferry, ou de supprimer des postes en allégeant les horaires (à moins que ce ne soit le contraire ?) La Réforme ne règle rien, et la réduction des moyens revient à compliquer encore une situation tendue de toutes parts. Réduire cela à un affrontement entre le bien et le mal n'a pas grand sens, mais cela semble le chemin le plus facile à emprunter dans la politique actuelle.