Est-ce la complaisance française pour les crimes passionnels, ou est-ce impossible de faire réagir le pouvoir tant que les criminels n'appartiennent pas aux "classes dangereuses" fabriquées par les médias ? Un fou qui n'aurait pas dû être libre - le genre de chose dont on s'aperçoit toujours trop tard - sort et tue un passant. Drame atroce, évidemment, mais surtout prompt à enflammer l'imaginaire des médias et du pouvoir, jusqu'au président qui va sans doute nous pondre une loi spéciale, comme à chaque fait divers.

Mais tandis que tout le monde semble se réjouir qu'on puisse finalement juger un malade mental avéré, on ne peut qu'être surpris de la délicatesse qui entoure l'affaire Jean-Marie Demange. Où sont passés les tombereaux d'opprobre, les appels à une loi immédiate ("Faut-il laisser en liberté les députés UMP?" se demande justement un confrère), les lamento pour les victimes ? Dans ce cas, la victime est niée - amie, maîtresse ? et ne sont mentionnés qu'en passant ses deux enfants ; elle n'a même pas la compassion minimale réservée aux familles fauchées par les conducteurs alcoolos, qui au moins ne font pas exprès de tuer.

Au contraire, toutes les "excuses" que la droite est prompte à dénoncer à chaque fois qu'un pauvre, qu'un étranger, qu'un marginal ou surtout qu'un fou commet l'irréparable sont valables pour le bon député Demange, "déprimé", le pauvre, depuis qu'il avait perdu les élections municipales. Qu'il se balade avec un flingue ne dérange personne, et qu'il bute une mère de famille à laquelle il est plus ou moins lié (elle a dû le larguer, ça lui apprendra ?) ne l'empêche pas de bénéficier d'une minute de silence à l'Assemblée. Dans mes souvenirs, un autre assassin de sang froid avait bénéficié de la même "compréhension" et des mêmes "excuses" que notre bon député UMP, c'était l'agriculteur qui s'était débarrassé à coups de fusil dans le dos des inspecteurs du travail qui le "harcelaient".

Bon sang ne saurait mentir, et le pouvoir et les médias savent compatir et faire montre d'une décence surprenante lors des "drames bourgeois", qui par définition ne sont que des exceptions regrettables et jamais le reflet d'une dérive appelant une réponse vigoureuse, comme pour la criminalité habituelle. Cela va jusqu'à oublier les coups dont la victime a été rouée, ce genre de détails sordides qui ressortent toujours en premier quand les criminels sont plus ordinaires, et donc plus odieux.