A chaque fois que les bourses s'effondrent de façon un peu plus marquante que d'habitude, mais encore beaucoup moins que les soldes d'hiver (vous imaginez acheter une fringue soldée de -9,5% vous ? quelle radinerie ça serait), on nous bombarde de photos de traders en déroute. Comme les corbeilles ont presque partout disparu, il faut bien trouver des visages pour humaniser un peu ces graphes qui pointent en bas, et pour traduire toute cette détresse, hein, alors voila, agad' le trader qui chiale, si c'est pas triste un jeune gars si élégant, hein.

Donc le marronnier : type en costard gris et chemise bicolore se prenant les mains devant ses huit écrans qu'on l'air hyper compliqués ; gonzesse de 24 ans en tailleur et bijoux qui hurle sur fond de chiffres rouge ; mec catastrophé et visiblement indien (pour bonne mesure, faut montrer que la crise est mondiale) qui regarde dans le vide ; scène de solidarité, tellement humaine c'est bon ça coco, de costard dans les bras d'un autre costard dont on ne voit que la cravate hermes qui dépasse (variante : la grosse rolo avec chronomètre), etc. A chaque fois des jeunes bien sapés, effondrés devant des écrans, parce qu'il faut bien expliquer l'origine de la douleur, toute la misère de la crise en sorte.

Ce réflexe illustratif est bien naturel, mais bon, ils voudraient pas nous faire pitié en plus ? Que ces jeunes cons qui se sont anormalement gavés dégustent, c'est quand même la seule consolation de cette crise financière qui va finir par mettre des millions de travailleurs au chomdu. Les victimes qu'on nous présente aujourd'hui sont les coupables, ou plutôt les mercenaires qui ont volé et détourné pour leurs fins spéculatives un système censé alimenter l'économie réelle en liquidité. Qu'ils dégustent, c'est la moindre des choses, et ils ont plutôt de la chance de ne pas se faire lyncher par ces cocus (volontaires ou non) de petits épargnants.