La ségolénisation de Sarah Palin ?
Par Guillermo, le mardi 30 septembre 2008 :: Politique
Alors que Royal réapparait lorsqu'on ne l'attendait plus, et inaugure au passage un nouveau style de politique (genre), l'ovni Palin, la VP surprise, semble nous ramener aux 6 mois précédents l'election de Sarkozy. Comme si Palin suivait la même courbe que Royal : enthousiasme pour la nouveauté, puis cabale médiatique, et finalement, plouf. C'est encore trop tôt pour juger du résultat final, mais certains conservateurs en viennent à souhaiter son retrait du "ticket", et son "favorability rating" est au plus bas.
C'est qu'il a fallu quand même concéder des interviews ; et même face à des journalistes sélectionnés, le vernis a craqué, donnant l'image d'un cancre se pointant à un oral en ayant révisé 6 mois de programme une heure avant. Parmi toutes ses perles :
Well, there is a danger in allowing some obsessive partisanship to get into the issue that we’re talking about today. And that’s something that John McCain, too, his track record, proving that he can work both sides of the aisle, he can surpass the partisanship that must be surpassed to deal with an issue like this
Comme avec certaines marionnettes des guignols, il devient difficile de faire la différence entre la vraie interviews et sa parodie. En fait, la divine surprise de Palin n'a pu durer aussi longtemps qu'en se greffant sur l'histoire finissante de l'idéologie conservatrice. Dixit Judith Warner, une féministe engagée qui a pris le temps de parler à la base de Palin :
“Palin Power” isn’t just about making hockey moms feel important. It’s not just about giving abortion rights opponents their due. It’s also, in obscure ways, about making yearnings come true — deep, inchoate desires about respect and service, hierarchy and family that have somehow been successfully projected onto the figure of this unlikely woman and have stuck.
Et il y a eu cette magnifique stratégie de retournement ; Palin "attaquée" par les médias découvrant ses multiples casseroles devenait sainte Sarah martyr des "libéraux", et Palin critiquée pour sa médiocrité devenait l'icone d'une amérique moyenne moquée par les "élites" (latte-sipping, volvo-driving...). Au point que les médias eux-mêmes n'osaient plus critiquer l'inacceptable, puisque toute critique les accusait. Magnifique levier populiste que cet "anti-élitisme" :
The problem, as far as our political process is concerned, is that half the electorate revels in Palin's lack of intellectual qualifications. When it comes to politics, there is a mad love of mediocrity in this country. "They think they're better than you!" is the refrain that (highly competent and cynical) Republican strategists have set loose among the crowd, and the crowd has grown drunk on it once again. "Sarah Palin is an ordinary person!" Yes, all too ordinary.
Maintenant que Palin ne séduit plus au delà de sa base, le verdict va être rendu lors du débat de jeudi, contre Joe Biden, la doublure un peu absente d'Obama. Le spectacle promet d'être amusant, puisqu'à tout prendre, elle devrait jouer l'über-conservatrice au lieu de réciter ses fiches. On voudrait tant qu'elle se crashe, et on sent quand même qu'on pourrait regretter le spectacle.