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radical chic

La ségolénisation de Sarah Palin ?

Alors que Royal réapparait lorsqu'on ne l'attendait plus, et inaugure au passage un nouveau style de politique (genre), l'ovni Palin, la VP surprise, semble nous ramener aux 6 mois précédents l'election de Sarkozy. Comme si Palin suivait la même courbe que Royal : enthousiasme pour la nouveauté, puis cabale médiatique, et finalement, plouf. C'est encore trop tôt pour juger du résultat final, mais certains conservateurs en viennent à souhaiter son retrait du "ticket", et son "favorability rating" est au plus bas.

C'est qu'il a fallu quand même concéder des interviews ; et même face à des journalistes sélectionnés, le vernis a craqué, donnant l'image d'un cancre se pointant à un oral en ayant révisé 6 mois de programme une heure avant. Parmi toutes ses perles :

Well, there is a danger in allowing some obsessive partisanship to get into the issue that we’re talking about today. And that’s something that John McCain, too, his track record, proving that he can work both sides of the aisle, he can surpass the partisanship that must be surpassed to deal with an issue like this

Comme avec certaines marionnettes des guignols, il devient difficile de faire la différence entre la vraie interviews et sa parodie. En fait, la divine surprise de Palin n'a pu durer aussi longtemps qu'en se greffant sur l'histoire finissante de l'idéologie conservatrice. Dixit Judith Warner, une féministe engagée qui a pris le temps de parler à la base de Palin :

“Palin Power” isn’t just about making hockey moms feel important. It’s not just about giving abortion rights opponents their due. It’s also, in obscure ways, about making yearnings come true — deep, inchoate desires about respect and service, hierarchy and family that have somehow been successfully projected onto the figure of this unlikely woman and have stuck.

Et il y a eu cette magnifique stratégie de retournement ; Palin "attaquée" par les médias découvrant ses multiples casseroles devenait sainte Sarah martyr des "libéraux", et Palin critiquée pour sa médiocrité devenait l'icone d'une amérique moyenne moquée par les "élites" (latte-sipping, volvo-driving...). Au point que les médias eux-mêmes n'osaient plus critiquer l'inacceptable, puisque toute critique les accusait. Magnifique levier populiste que cet "anti-élitisme" :

The problem, as far as our political process is concerned, is that half the electorate revels in Palin's lack of intellectual qualifications. When it comes to politics, there is a mad love of mediocrity in this country. "They think they're better than you!" is the refrain that (highly competent and cynical) Republican strategists have set loose among the crowd, and the crowd has grown drunk on it once again. "Sarah Palin is an ordinary person!" Yes, all too ordinary.

Maintenant que Palin ne séduit plus au delà de sa base, le verdict va être rendu lors du débat de jeudi, contre Joe Biden, la doublure un peu absente d'Obama. Le spectacle promet d'être amusant, puisqu'à tout prendre, elle devrait jouer l'über-conservatrice au lieu de réciter ses fiches. On voudrait tant qu'elle se crashe, et on sent quand même qu'on pourrait regretter le spectacle.

Refonder le capitalisme (hahaha)

Les altermondialistes n'auraient pas rêvé d'un tel allié : Sarkozy va mettre de la morale dans les marchés. C'est évidemment du flan, et c'est tellement grossier et prétentieux que cela prête à rire. Attendons nous à deux trois semaines de déclarations floues, puis au vote d'une loi mal foutue sur les parachutes dorés des grands patrons, et on passera à autre chose, selon l'actualité du jour.

Cela dit, Sarkozy n'est pas un doctrinaire de l'économie ; son interventionnisme aléatoire n'est indexé que sur la rumeur publique, car il est surtout soucieux de ne pas commettre la faute de l'abbé Jospin et son "l'état ne peut pas tout". Quand c'est la crise et que les gens flippent pour leur épargne, Sarko est là. Quand le management pourri d'Alcatel veut toucher de la thune, Sarko est là (mais pas quand d'autres dépouillent les boites en bonne santé, comme chez Vinci). Quand on parle beaucoup d'une fermeture d'usine, Sarko est là, et promet ce qu'il ne peut pas tenir (n'est ce pas Mittal ?). Bref, quand y'a du bruit, ça gesticule.

Pour le reste, on est renvoyé au discret travail de sape poliment appelé "modernisation", et qui est fait n'importe comment : par exemple (oui, ça n'a rien à voir avec le capitalisme, mais bon) quand on coupe des bourses de thèse après avoir promis qu'on ferait des efforts pour la recherche. Des petites économies bêtes et méchantes, qu'on retrouve à tous les niveaux, tant que l'opinion public s'en fout.

Sans compter la contradiction permanente entre la stabilité d'ensemble du système et les mise en concurrence des agents d'en bas. Ce qu'exprime parfaitement le boss de FO :

Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière, a déclaré sur France Info qu'"on ne peut pas d'un côté plaider pour plus de réglementation et de régulation au niveau international et européen, et au niveau national, dire qu'il faut encore plus déréglementer, que ce soit sur la question des salaires ou la question de la durée du travail".


Pour finir en beauté, dans la même compil' des réactions, notre amie du MEDEF, à la hauteur de la république bananière sarkozienne :

Laurence Parisot, présidente du Medef, s'est réjoui du dicours de Nicolas Sarkozy. "Le président de la République a prononcé un discours véridique, ambitieux, historique, à la hauteur du défi auquel nous sommes tous confrontés."

Wall Street ou le doigt tendu

"On ne prête qu'aux riches". Le plan présenté en ce moment au Congrès américain est le comble du chantage. 700 milliards là maintenant tout de suite, ou alors on se saborde et on emporte avec nous ce qui reste de "l'économie réelle". 700 milliards ou éventuellement plus, sans surveillance ni contrepartie, pour qu'on guérisse les marchés, faites-nous confiance.

Vendredi c'était la fête au CAC 40, tous les commentateurs étaient de sortie pour célébrer la hausse "historique" qui suivait une semaine de glissement de terrain boursier (et qui sera mangée en quelques jours, mais bon). Cette hausse, c'était le triomphe de la spoliation, celle des contribuables américains qui vont non seulement se taper la crise, mais payer pour renflouer les actifs pourris que les banques ont contribué à fabriquer en alimentant les bulles spéculatives à coup de taux usuriers.

Non seulement les marchés financiers détruisent de la valeur, mais il n'est pas possible de laisser les banques s'effondrer sans revenir à l'économie du troc. Et les prometteurs du plan ne veulent surtout pas que l'état fédéral nationalise (au moins partiellement) les banques qu'il va renflouer, ni qu'on bloque les rémunérations des banquiers : faut pas exagérer, hein. Au peuple les dettes sur toute une vie pour les maisons qui ont fini par être saisies, aux marchés les gains sur les hypothèques valables et les subventions sur les autres. Pile je gagne, face tu perds.

Effondrement de Wall Street ? Plutôt le triomphe du cynisme.

Crise de la finance, en attendant la prochaine

En cette époque où l'on privatise tout et n'importe quoi, il est tentant de croire que la faillite de Lehman et la nationalisation de Fannie, Freddy et d'AIG par le gouvernement US prouve par les faits l'inanité des marchés financiers, de la spéculation et - pourquoi pas - du capitalisme. Il est également tentant de croire que cette fois-ci c'est bien la goutte qui fait déborder le vase, et que rien ne sera plus jamais comme avant. Je n'y crois pas un instant.

Cette crise, toute spectaculaire qu'elle soit, n'est que le énième épisode, non de la disparition du système, mais de la régulation du système. Oui, l'intervention publique permet d'éviter les catastrophes, mais une fois que les contribuables auront épongé les dettes des victimes du jeu de chaise musicale - les derniers qui n'ont pas réussi à revendre leurs actifs pourris au moment où la musique s'est arrêtée ; une fois qu'on aura entendu les appels concertés à la régulation et les leçons de morale façon "plus jamais ça", une fois que des lois auront été votées pour décourager la spéculation sur les actifs immobiliers, tout recommencera comme avant.

Croire que cette crise puisse changer quelque chose, c'est oublier les précédents épisodes de la même maladie, de la spéculation sur les bulbes de tulipe au XVIIe siècle à l'éclatement de la bulle des dotcom il y a quelques années. La seule chose qui change, c'est la capacité du gouvernement à éponger la crise pour garantir une survie plus facile au système : le choix entre aujourd'hui ou 1929. Bien sûr, après 1929 et surtout après 1945, le monde financier a été mieux régulé, mais pour combien de temps ? Le souvenir de la catastrophe a permis de tenir jusqu'aux années 70, et pas plus.

Bref, les leçons ne sont pas retenues, parce que personne ne souhaite les retenir. La preuve en France, où l'on annonce en ce moment la privatisation "partielle" de La Poste (soit, jusqu'au moment où l'ensemble de l'affaire sera vendable - notez au passage l'art du timing de nos dirigeants publics, toujours prêts à brader ce qui ne leur appartient pas au plus mauvais prix possible) ou le fait qu'Air France va faire rouler des TGV privés sur les lignes les plus rentables, histoire d'être sûr que les profits du public ne le restent pas. De même, la privatisation d'EDF avait bien eu lieu quelques années après l'explosion du marché de l'électricité en Californie. Et on trouvera toujours des gogos pour acheter avec leur épargne ce qui leur appartenait avant au nom de tous.

Dans tous les cas, il y a deux victimes : ceux qui n'ont pas vendu à temps, mais qui ont au moins eu le plaisir du jeu, et la collectivité ; contribuables, simples prolos ou rouages de la classe moyenne qui épongeront et les dettes des joueurs, et la crise qui s'en suit. Jusqu'au prochain épisode.

Non à la sociologie compassionnelle !

Que la haute finance se croûte lamentablement n'empêchera pas nos modernisateurs, entre deux appels à la raison, de continuer à croire en l'avenir d'une économie entièrement dérégulée. Les ruines de Lehman Bros fumeront encore qu'on entendra à nouveau des crétins regretter qu'en France on se méfie tant de l'argent, du capitalisme ou de la mondialisation. Dans ce contexte, le débat actuel sur l'enseignement des sciences économiques et sociales prend une tournure amusante, car c'est bien le moment de donner une image positive de l'entreprise et du marché en SES : à lire le rapport Guesnerie, on devine le sous-entendu quand la lettre de mission évoque "l'attention toute particulière" qui devait être apportée"à la manière dont est abordée l’étude du marché et de l’entreprise".

Au premier abord, tout cela ressemble à un débat feutré. Il faut dire qu'on s'amuse beaucoup avec le concept de marché ; car parle-t-on vraiment du marché de la théorie économique dans cette mention de "l'étude du marché et de l'entreprise" ? Bien sûr que non ; mais les auteurs s'en tiennent prudemment là, tout comme pour l'entreprise dont la "définition" indirecte fait sourire : "l’entreprise est insuffisamment appréhendée comme un acteur microéconomique, soumis à des contraintes fortes et devant faire des choix dont dépend sa survie". Le reste est à l'avenant, comme si la réponse à la demande bourine de "dire du bien de l'entreprise" ne pouvait passer que par une sélection des outils conceptuels favorables : la volonté de privilégier la micro-économie ("mieux fondée et souvent plus applicable" ?) plutôt que la macro ("''les savoirs les plus difficiles et les moins consensuels de la discipline"), comme le fait qu'on considère l'histoire économique plus difficile et moins pertinente que l'enseignement des "fondamentaux" de l'économie et de leur scientificité (le "verdict empirique''". On peut y voir le risque de l'excès de la modélisation qui dessèche les facs d'éco, comme le souligne un texte critique publié sur la page de l'assoce des profs de SES.

Mais cela encore, on s'y attendait. Ce n'est pas le cas par contre de ce reproche, au détour d'un titre de chapitre, fait à une "sociologie souvent trop abstraite, trop déterministe et trop compassionnelle" (page 16 du rapport). C'est absolument incroyable. Evidemment le double standard (l'éco n'est pas assez formalisée, la sociologie l'est trop) est risible, mais "compassionnelle" ? Les critiques y voient une attaque à peine voilée contre l'école de Bourdieu, et c'est certainement le cas. Mais au-delà, la logique de ce rapport commandité (en gros) par des associations patronales est assez claire : de la théorie pour (faire aimer) le marché, mais pas de macro-économie, trop politisée, et surtout pas de socio "critique et démystificat(trice)", sauf dans son versant "positif" de "l'aide organisationnelle": au moment de dégraisser une boite, il vaut mieux s'en tenir à l'organisation que de commencer à penser aux braves gens qui se retrouvent sur le carreau, c'est sûr.

Cela dit la critique citée, si elle a raison de souligner que ce "retour aux fondamentaux" est la marque de la réaction scolaire du moment (sans même parler d'un gogol qui veut donner des médailles aux bacheliers pour revaloriser les récompenses scolaires !!), me semble porter les travers inverses d'une vision idéalisée des SES dont on fait presque la voie royale d'une éducation intellectuelle par la pratique de l'analyse, voire une sorte d'introduction à l'épistémologie : "il s’agit plutôt de susciter chez l’élève des modes outillés de raisonnement et de connaissance leur permettant de mieux comprendre le monde qui les entoure et de leur procurer la capacité de réfléchir en dehors de tout dogmatisme à la pertinence des différents « paradigmes » qui divisent les champs disciplinaires". A voir les préoccupations moyennes d'un lycéen, c'est sans doute un peu trop ambitieux.

Fille aînée de l'Eglise

La France est très majoritairement de tradition catholique. En dehors de la minorité active qui va à l'église le dimanche matin, cela signifie qu'on voit un curé une ou deux fois par an en fonction des occasions, parce qu'un "vrai" mariage ne se suffit pas de dix minutes à la mairie, parce qu'on va "quand même" baptiser le petit dernier, parce qu'on ne sait pas vraiment comment organiser une cérémonie funéraire sans prêtre, et parce que l'orgie de bouffe et de cadeaux qu'est Noël peut bien se payer d'un petit effort, surtout depuis que la plupart des messes sont commodément décalées avant minuit.

On pourra dire ce qu'on voudra, citer l'influence de la religion sur la culture et les arts, montrer que les références au nouveau testament sont encore comprises par beaucoup, on ne m'ôtera pas l'idée que la religion pour les français de "tradition chrétienne" (hormis les "vrais" catholiques) se résume au folklore, souvent accompagné d'un sentiment flottant de l'existence de Dieu qui ne change rien à une vie quotidienne totalement désacralisée, loin, très loin des "patrimoines vivants de réflexion et de pensée" qui enchantent Sarkozy.

Alors d'où vient cette excitation qui parcours le pouvoir dès qu'un Pape pointe le bout de son aube ? On dirait qu'on ne vit pas dans le même pays, mais dans une contrée où les gens seraient vraiment attachés à la religion et pourtant victimes d'une clique de malotrus qui les empêcherait de pratiquer comme ils l'entendent : j'ai nommé les fameux "intégristes de la laïcité". Et pour en finir avec ces extrémistes, il faut déjà en finir avec la laïcité "telle que nous la connaissons", pour passer à la nouvelle laïcité de l'avenir, celle qui est "positive", c'est à dire vraiment respectueuse de la religion, pas comme maintenant. "La laïcité positive, la laïcité ouverte, c’est une invitation au dialogue, à la tolérance et au respect. C’est une chance, un souffle, une dimension supplémentaire donnée au débat public". Ah

Pour preuve de l'invitation à la tolérance et au respect, quand tout ce qui est à gauche de l'UMP fait remarquer que la laïcité ne se supplémente pas d'un adjectif, elle récolte une volée de bois vert ; c'est un certain député Lefebvre, porte parole de l'UMP qui "a répliqué en accusant M. Hollande et le PS de faire preuve "d'intolérance", de "dénigrement" et "d'insulter tous les chrétiens de France". "Les vieux "laïcards" de la IIIe République doivent laisser place à une laïcité de notre temps". C'est également Kosciusko-Morizet qui prévient qu'il ne "faut pas être extrémiste de la laïcité comme on peut être intégriste de la religion".

Bref, les conservateurs essayent de lancer une petite culture war, en fabriquant entièrement un nouvel ennemi, le "laïcard", c'est à dire celui qui ose demander que la religion reste une affaire essentiellement privée. Non sans un certain succès d'ailleurs, puisqu'on finit par se croire en 1905, par exemple quand on lit un éditorial du Monde qui espère, sans qu'on sache pourquoi, qu'on n'assistera pas à "des manifestations sectaires témoignant d'une vision étriquée de la laïcité". Ainsi nos nouveaux moralistes on réussit à poser une équivalence entre le fanatisme et l'absence de religion, dans la droite ligne du discours papal.

Bien entendu, il n'y a pas de meilleure morale que celle qu'on réserve aux autres. Le chevalier de la "'laïcité positive" est aussi le digne représentant de la vraie religion de l'époque, le consumérisme. Et pourtant, il peut tout à fait sérieusement aller à Latran et pérorer contre le matérialisme, entre deux SMS : "Les facilités matérielles de plus en plus grandes qui sont celles des pays développés, la frénésie de consommation, l’accumulation de biens, soulignent chaque jour davantage l’aspiration profonde des femmes et des hommes à une dimension qui les dépasse, car moins que jamais elles ne la comblent." Alors, n'étant plus à une contradiction près, il y a peu de chance qu'il se sente visé par le sermon du Pape : "L'argent, la soif de l'avoir, du pouvoir et même du savoir n'ont-ils pas détourné l'homme de sa fin véritable?" Tu m'étonnes.

It's the guts, stupid

Ca chauffe chez Obama ; Sarah Palin a beau être ultra réac et trainer une tonne de casseroles, ses spin doctors ont renvoyé à la gueule de l'adversaire tout le poids de la campagne médiatique menée contre elle ; une stratégie de victimisation qui marche, c'est Royal qui va être jalouse. Mieux, Palin a permis à McCain de piquer le thème du changement, au point de faire oublier qu'ils sont les sortants. La présidence Bush a beau être, de l'avis de tous les Américains, un désastre, les républicains sont à ce jour en situation de ramasser la mise. Et toujours leur hégémonie idéologique, malgré les signes de déclin, leur permet de cogner plus fort et plus bas.

Une fois encore, c'est une sévère leçon de politique : les idées ne servent à rien, et les programmes non plus. Si Obama a mené, c'est qu'il était plus jeune et dynamique, et s'il est maintenant fragilisé - quoique rien n'est encore joué - c'est que ses adversaires ont réussi à le peindre en baratineur inexpérimenté, ce qui n'est d'ailleurs pas faux, tout en se peignant en rois du changement. La personnalité, et rien d'autre. C'est pour cela qu'on voit circuler sur tous les sites l'analyse provocante du directeur de campagne de McCain : "This election is not about issues. This election is about a composite view of what people take away from these candidates."

Bien sûr, tout le monde à sa solution pour aider Obama ; on lui dit de continuer à parler des problèmes, ou on lui reproche de trop en parler, et de ne pas vendre une "histoire" plus convaincante. On lui dit de répondre aux attaques, et on lui reproche de se placer en suiveur. On lui recommande de garder la tête haute, et on regrette qu'il ne soit pas plus agressif dans ses pubs négatives. Bref, ça flotte.

Dans ce bordel, je retiens deux analyses qui me parlent plus, et qui correspondent à ma compréhension de la politique : une histoire affective, éventuellement rationalisée par des programmes ou des affiliations partisanes. C'est ce qu'explique Thomas Friedman quand il dit qu'Obama doit parler aux tripes, comme il a su le faire durant les primaires :

"If you as a politician connect with voters on a gut level, they will follow you anywhere and not fret about the details. If you don’t connect with them on a gut level, you can’t show them enough details."

L'autre contribution est écrite par Leah McElrath Renna, une publicitaire qui blogue sur le Huffington Post. Elle parle "haut et clair", notamment sur ce point :

"Stop talking about Sarah Palin and rebutting her lies. NOBODY CARES WHAT THE FACTS ARE. They are influenced by her persona -- the impression they take away from her appearances. When you allow yourselves to become distracted and start serving as a Republican fact-checker, you come across as petty and self-congratulating."

C'est terrible et vrai, comme le disait Frankfurt dans son essai on bullshit, dont j'ai parlé il y a longtemps : le problème n'est pas le mensonge, c'est que connaître la vérité en tant que telle n'a plus d'importance. Mieux, à force de mentir, on fabrique la vérité. ""I still have faith that the truth will out in the end," déclarait hier Obama. Espérons-le.

Pas touche au patrimoine

Que le RSA et son financement soit un joli coup politique, je n'en doute pas ; mais qu'on ne me parle pas des petits patrimoines de la classe moyenne taxés pour financer la solidarité avec des gens à peine moins bien lotis. Parce que si cette nouvelle taxe n'existait pas, d'où viendrait l'argent ? En majorité de la TVA, comme pour l'ensemble des ressources de l'Etat, ou alors d'une CSG qui touche autant les patrimoines que les revenus du travail ou les pensions des retraités. On peut regretter comme Piketty que le gouvernement ne procède pas à une remise à plat de la fiscalité et à un nettoyage des niches fiscales, mais s'il faisait autre chose que des réformettes cosmétiques et des coupes au hasard dans la fonction publique, on s'en serait rendu compte depuis longtemps.

Non, toute l'histoire tient en deux mots : le patrimoine, c'est sacré. Ainsi, l'ISF, pourtant une exception française qui s'inscrit dans notre tradition égalitariste, semble de plus en plus mal accepté - et à voir les ballons d'essai et les déclarations péremptoires de plus en plus fréquents, on devine qu'il n'en a plus pour longtemps. Cet impôt est devenu le terrain de jeu de prédilection des économistes en chambre qui s'alarment comme des perroquets de la "fuite des riches" ou des prélèvements "confiscatoires". Mieux, le Figaro aurait même réussi à trouver 71% de Français favorables à sa suppression ! Autant de gens qui ne sont ni de près ni de loin touchés mais qui, généreusement, ne veulent pas qu'on s'en prenne à l'argent des autres.

Bien sûr, les mêmes et plus encore qui râlent contre un impôt qui ne fait que de redistribuer très, très partiellement de très gros patrimoines en constante progression se lamentent plus fortement des impôts sur la succession. Prendre l'argent des morts, comme diraient les ricains avec leur "death tax", n'est ce pas tellement injuste ? Peu importe que cela soit, au fond, la meilleure manière d'éviter la reproduction d'une classe de rentiers, peu importe que chaque bien immobilier passé dans les familles rend plus coûteuse l'acquisition d'un tel bien pour ceux qui n'héritent pas, l'idée de devoir rendre à la collectivité une partie de l'argent de papa est insupportable. Autant dire que si on a beaucoup décrié le "paquet fiscal", les dispositions touchant les successions n'ont pas fait parler d'elles.

Au fond que cette taxe pour le RSA soit ou non défalquée du bouclier fiscal ne change pas grand chose, à part servir la fiction d'une ponction sur les classes moyennes et elles seules. Le véritable enjeu du bouclier fiscal, c'est qu'il complète une évolution de la fiscalité qui protège les rentiers et les gros patrimoines, évolution qui est soutenue par une très large majorité qui ne voit pas plus loin que ses petites économies, et qui s'affole tout à coup d'une taxe qui semble changer cette logique.

Alors oui c'est bien normal de compter ses sous, et je n'y échappe pas, mais toute cette affaire pue le renfermé et la mesquinerie, bref la face la moins reluisante d'une société en train de se replier sur elle-même.

En passant...

Quelques notes au passage, en attendant mieux...

Côté spectacle, on est servis, cette madame Palin semble en promettre de belles. Ils ne vont pas aller jusqu'à la dégager du ticket (dommage), mais cette improvisation touche un peu à la limite. Pour se divertir, rien ne vaut la page spéciale du HuffPost, à rafraîchir toutes les 3 heures pour la dernière pépite du moment. La ségolénisation de Palin est en cours, mais c'est un jeu dangereux pour les democrates - elle est "tellement américaine" après tout.


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En France, le spectacle n'est pas au PS. De toute façon la perception de ce parti est tellement biaisée que si Hollande & co avaient tout à coup des idées neuves - comme il en traîne de-ci de-là dans les contributions préparatoires - personne ne s'en apercevrait, tant les médias et les socialistes eux-mêmes ne voient plus que les luttes intestines, et plus ils les décrient et plus elles se renforcent. Est-il possible de s'enfoncer plus encore ? Sans doute.


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J'adore l'histoire de Sarko et Clavier, telle que la raconte libé ce matin. Ce qui me choque n'est pas tant qu'on sanctionne ce flic qui a plutôt bien géré l'affaire (après tout, il y aurait pu avoir des dégradations), car on a fini par s'habituer à ce genre de copinage (hélas) ; c'est que Sarkozy s'est plaint de ne pas être mis au courant de la préparation de ce petit squat. Le mec est censé présider l'Union Européenne, il y a une crise ouverte avec la Russie, mais il faut qu'on lui dise si la baraque de son pote pourrait être "occupée" ? C'est pour ça qu'on le paye et qu'il s'est augmenté ? Il n'a rien d'autre à foutre ?


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Enfin on lira toujours avec profit le papier de Scheidermann sur Askolovitch, la nouvelle star de la presse sarkozyste. Par contre je sais pas si une infusion de propagande dès le petit matin joue vraiment dans le sens du pouvoir, surtout sur cette pauvre radio qu'est Europe 1, ou si à force de sucer la roue du pouvoir ce genre de presse perd tout son crédit auprès des auditeurs ?

Au spectacle de la campagne US

Décidément la campagne américaine tient toutes ses promesses - jusqu'au retour diabolique de Katrina qui vient à point rappeler l'incurie bushienne. Heureusement que nos "entertainers" savent nous distraire de la triste actualité politique française : qui s'intéresse encore à l'université d'été de la Rochelle et au discours pavlovien de l'unité ?

D'abord, la convention démocrate : on nous prédisait une scission de l'aile Clinton, voire pour les plus excités un vote surprise contre Obama, et en tout cas le parti devait en sortir en lambeaux. Au contraire, la concession claire et nette des Clinton tout comme la qualité des discours ont donné l'image d'un parti démocrate enfin prêt pour le grand jour. On regardera avec profit le discours d'Hillary, celui de Bill Clinton (quel orateur !), ou encore la sortie surprise du gouverneur "farmer" du Montana.

Ensuite, que n'a-t-on pas entendu pendant la préparation du discours d'Obama ? Qu'il avait fait présomptueusement déplacer la convention dans un stade, risquant après coup d'alimenter le moulin républicain qui le moque en "célébrité" ; qu'il fallait qu'il arrête avec les grands principes et précise son projet de façon concrète, et surtout, que c'était le moment où les électeurs attendaient de le connaître "vraiment", et que jamais il n'y avait eu tant d'enjeux dans un seul discours. Et Obama a été à la hauteur, une fois encore. A chaque fois que ce type est au centre des attentions, qu'il est dans une passe délicate, il parvient à sortir par le haut ; et ce speech, suivi par 38 millions de spectateurs, a été salué par presque tous les commentateurs.

Là dessus, tandis qu'on s'attendait tranquillement à surveiller les sondages pour mesurer le "post-convention bounce", McCain déniche une femme, quasi inconnue qui plus est, exotique à sa manière puisqu'elle vient d'Alaska. C'est un pari délirant, qui montre bien que MCCain ne pouvait pas s'en sortir avec un choix traditionnel, et c'est un coup de maître pour l'instant (voir ce sondage !) puisqu'il lui permet de reprendre la main sur l'agenda (du moins, avant l'attaque de Gustav), tandis que les médias, totalement pris de court, se précipitent pour faire le portrait de Sarah Palin, son passé de miss Bled, son histoire de mère de famille qui a gardé un enfant trisomique et sa brève expérience de gouverneur d'Alaska.

Il faut voir comment elle va résister à la pression, mais McCain a déjà réussi à réveiller la base chrétienne réac qui constitue le socle du parti républicain, celle dont le taux de participation aux scrutins est le plus élevé. Reste à voir ce que penseront les indépendants et notamment les femmes, et si les démocrates arriveront à "définir" Palin, en rappelant le risque concernant l'avortement et en semant le doute sur sa capacité à remplacer au pied levé le vieux McCain s'il venait à défaillir.

Bref, une campagne passionnante, quelque peu flippante, mais c'est la condition du spectacle.