RG Blues
Par Guillermo, le lundi 30 juin 2008 :: La vie moderne
(Jacques) aimait le social, se rendre aux manifestations avec ses amis syndicalistes. La CGT passait par lui pour obtenir un rendez-vous en préfecture. "Moi, en dix ans de RG, je n'ai jamais fait une photo de manifestant, ce serait une hérésie, lâche-t-il. Mon outil, c'est le téléphone."
Pour lui, la disparition des RG, c'est la fin d'une époque. "Un métier va disparaître. On s'intéressait au malaise des classes moyennes, on recueillait les discussions de comptoir. On se demande si le pouvoir ne veut pas se débarrasser de quelque chose..."
Il est clair que le journaliste en rajoute sur cette coupure entre les RG de papa - les "trads" , qui se font à bouffer dans leur bureau, lisent les quotidiens régionaux et bavardent avec les syndicalistes, et les "opérationnels" qui planquent les 15 salafistes de Lot-et-Garonne. On a l'impression d'un traitement à la Bienvenue chez les chtis, tradition cassoulet et bonne bavette contre les nouveaux flics à la Robocop ; on pourrait directement pondre un film de Claude Berry Zidi rien qu'avec cet article, par ailleurs assez agréable à lire.
A part ça, malgré ce parfum de corporatisme, je veux bien croire la thèse de Jacques, le Yoda des RG : le pouvoir se fout du "renseignement de proximité". Du point de vue des libertés publiques, c'est pas plus mal ; un de mes amis avait réussi, en stage en préfecture, à voir les fiches des RG sur son village breton, et était étonné de tout y retrouver, rumeurs comprises. Mais du point de vue de l'appareil d'Etat, on peut argumenter que cette réforme reflète un certain mépris pour l'opinion des concitoyens, comme si les sondages et la presse suffisaient à connaître et à prévenir les mouvements d'humeur et les troubles.
Au fond, je n'arrive pas à savoir si les bonnes relations entre l'Etat et la CGT sont le signe d'un régime paternaliste et vaguement policier, ou si au contraire cela montre que les différents corps de la société peuvent dialoguer sans problème, au lieu d'une police en confrontation permanente avec ceux qu'elle doit surveiller.