La peur du rapport de force
Par Guillermo, le vendredi 30 mai 2008 :: Politique
Quand ce n'est pas le gouvernement qui s'attaque au droit de grève ou à ses conséquences, ce sont les syndicats qui se lient les mains eux-mêmes. Après avoir protesté contre le service minimum - sans effet, tout comme le service en question d'ailleurs, après avoir dénoncé le principe de l'accueil des enfants dans les écoles les jours de grève, au risque de se mettre à dos les parents qui travaillent, les syndicats n'osent pas aller au bout du rapport de force. Si la suppression de 11 000 postes de profs est aussi catastrophique qu'ils le disent, alors pourquoi ne pas bloquer le bac ?
Tout se passe comme si les militants avaient anticipé par avance les conséquences de leur action dans l'opinion publique, sachant que les médias n'envisagent les mouvements sociaux que par les biais des "conséquences" : entreprises qui vont perdre de l'argent et se faire laminer par nos concurrents internationaux (qui bossent, eux, hein), travailleurs qui ne pourront pas aller au boulot et râlent de voir leur train train perturbé, gamins qui après avoir passé l'année devant leur PS2 se voient empêcher de passer un examen pourtant distribué à tous. Et bien sûr, la faute aux grévistes, pas aux patrons ni au gouvernement.
Et en effet, ça sera de leur faute, jamais leurs motifs ne seront exposés, et encore moins l'idée que les "conséquences" sont justement ce qui donne le sens d'une grève. On peut trouver ça dégueulasse ou bien normal, mais c'est ainsi. Alors je ne vois que deux chemins : soit arrêter directement les "journées d'action" et les mobilisations le samedi, puisqu'elles n'intéressent pas non plus la télé ni les autres français uniquement obsédés par le coût du plein d'essence, et se reconvertir dans la négociation ; soit faire comme les pêcheurs, ou mieux avec eux, et bloquer les dépôts de carburant, puisqu'il n'y a que ça que le pouvoir comprend.