La stratégie de la peur
Par Guillermo, le mercredi 30 avril 2008 :: La vie moderne
Je suis presque d'accord avec le camarade Hugues et son ironie comique :
D’abord, la banalisation du Livret A conduira fatalement les banquiers à proposer à leurs clients d’échanger ce placement pépère contre des parts dans un hedge fund basé à Macao. Le hedge fund se révélera alors une arnaque et les pauvres malheureux perdront leur chemise.
Mais ce n’est pas tout : la Société Générale, la BNP et autres LCL investiront probablement ce qui restera de la collecte du Livret A dans la bulle immobilière des Emirats, mettant un coup d’arrêt à la construction de logements aidés en France et condamnant des milliers de famille à la rue.
Il faut le reconnaitre : face au gouvernement qui déroule sa politique libérale, la réponse de gauche consiste souvent à grossir le trait, en agitant les mêmes chiffons rouge, "privatisation" et "fin du service public". Hélas, la propension à réagir par l'absurde à la moindre saloperie gouvernementale ne fait pas avancer le débat.
Cette réduction du débat public au chiffon rouge, c'est la victoire de TF1 ; en forçant la gauche à communiquer par l'angoisse pour réveiller les téléspectateurs du 20 heures, on rentre dans la logique de la télévision et de ses deux mots d'ordre : fear and buy. Comme le service public n'est pas glamour comme un pub ricorée, autant utiliser la méthode du fait divers. Alors tandis que les amis de Pernaut tremblent à l'idée de prendre un taxi dans Paris vu tous les violeurs en liberté, essayons de leur faire peur avec des prévisions apocalyptiques pendant les 10 secondes de voix accordées, entre deux faits divers, aux syndicalistes.
Certes, il y a de bonnes raisons de protester contre la réforme du Livret A : notamment parce que les banques qui le commercialiseront ne confiront pas l'ensemble des fonds collectés à la CDC : au nom de quoi ? Comme il y avait d'excellentes raisons de lutter contre la loi d'autonomie des universités. Mais compter sur la peur comme argument de mobilisation ne marche pas. L'irrationalité ne mène nulle part et n'empêche pas le déroulement des réformes ; pire, elle finit, comme le dit Thierry Pelletier dans un excellent billet, par permettre au Sarko de se la jouer protecteur :
C'est bien simple l'ultra libéralisme, sympa, raisonnable et indispensable nous sauvera de l'ultra libéralisme fou. Sempiternel procédé mafieux qui consiste à offrir la protection de sa force comme seul recours aux victimes de sa propre violence.