Mon journal de la semaine
Par Guillermo, le lundi 31 mars 2008 :: Media
Chaque samedi depuis au moins dix ans Libé donne la parole à un écrivain, un artiste ou un intellectuel, invité à raconter la semaine écoulée en une pleine page, écrite comme un journal intime. J'en viens à penser que c'est la meilleure rubrique de libé : en sortant de la litanie des faits ou des éditoriaux en écriture automatique, il suffit d'un regard inspiré et quelque peu oblique pour faire ressortir ce qui compte vraiment.
Ce qui compte : la formule est sentencieuse, il ne s'agit pas toujours de grandes leçons. Tiens par exemple, le jogging de Sarkozy, vu par Patrice Lelorain :
Ces dernières années j'ai croisé quelque fois Sarkozy s'échinant à courir dans les allées du bois. Un morphotype inadapté bien sûr, peu d'amplitude donc, mais pas de rythme non plus, aucun dynamisme, fessiers à la traîne, paresse du genou, pied de plomb, en un mot rien ne va. Aussi, la mise en scène de ses footings présidentiels me pose-t-elle question. En s'exposant dans un domaine où il est franchement ridicule, Nicolas Sarkozy n'expie-t-il pas cette réussite qu'une part de son inconscient juge extravagante ?
Plutôt que la énième critique de la mise en scène de Sarko en joggueur, trois lignes qui vont au fond et, au moins pour moi, se superposeront à toutes les prochaines images de Rayban et t-shirt NYPD, avant même que les stratèges de l'Elysée ne décident qu'elle ne collent plus avec le nouveau style chiraquisé du mari de Carla.
Je vous recommanderais bien de lire la suite tant ce billet est bien amené, presque une leçon d'écriture pour diaristes et blogueurs ; j'aurais même parlé de Jérome Ferrari il y a deux semaines - "les publicitaires et les producteurs télé sont devenus nos directeurs de conscience", et d'autres encore (mais pas de Virginie Ovaldé la semaine dernière, trop cucul), mais il est impossible de retrouver ces textes sur le site. Quelle ironie, tout le journal surnage en ligne sauf ces billets, qu'on nous ressert seulement, refroidis et ramassés ensemble, bref rendus indigestes, une fois par an. Amis de libé, faites un geste, rendez-nous les journaux de la semaine !