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radical chic

Pouvoir d'achat, on était prévenus

On ne parle plus que de ça, et toute une frange de l'élite parisienne semble soudainement découvrir ce que cela fait de vivre avec 3 smic pour une famille. Alors, les charges et les dépenses contraintes bouffent presque tout le budget d'une famille proche du revenu médian ? Ah bon, on ne va ni au cinéma ni au restaurant, et les vacances sont pour les bonnes années ? Schneidermann notait d'ailleurs il y a un mois, avec justesse, combien ces préoccupations quotidiennes échappaient aux journalistes télé :

"Quand ils disent «pouvoir d’achat», c’est comme s’ils parlaient une langue étrangère, dans une ville inconnue, leur manuel de conversation sous le bras. Quand, interrogeant un puissant sur un plateau, ils se glissent dans la peau de la ménagère pour soupirer sur le coût du panier, c’est comme s’ils passaient une audition dans un cours de théâtre."

L'écart des perceptions donne la mesure du choc, et quand les médias et la classe politique enivrés de jet-sarkozysme ont finalement découvert que ce n'était pas qu'une "séquence", ils se sont sentis obligés de faire machine arrière, consacrant le pouvoir d'achat comme l'alpha et l'oméga de la politique française en 2008.

Cela étant dit, les électeurs de Sarkozy - et eux seulement - qui se lamentent de leur pouvoir d'achat en berne me fatiguent. Qu'est ce qu'ils croyaient ? Qu'on allait vraiment "travailler plus pour gagner plus" ? Est-ce seulement maintenant que cet énoncé sonne creux ? Pourtant, à chaque fois que cette proposition des heures sup défiscalisées a été avancée durant la campagne, les média laissaient quand même la gauche répondre sur le fond. Non, les heures sup ne sont pas au choix du salarié, mais du patron, et in fine dépendent du carnet de commande ; non, ce dispositif ne change rien au temps partiel subi... On ne peut pas dire que les électeurs n'étaient pas prévenus. Et pourtant, c'est encore ce qu'on leur propose, ça et de bonnes intentions sur l'intéressement. Que dalle, en sorte.

Quand Sarkozy parlait de travail, à l'époque où il n'était pas encore connu comme le président bling bling, il en restait le plus souvent à la question morale. Jamais il n'a été question de gros mots comme "salaires", mais toujours de la "valeur travail", une construction qui permet d'oublier la réalité, soit l'absence de travail ou d'une rémunération correcte. Qui pouvait croire que le discours paternaliste style on-se-retourne-les-manches-et-on-bosse allait réellement fabriquer de la croissance ? Maintenant qu'on connaît le personnage, l'écart avec les grands principes est flagrant, mais tout était donné depuis le départ.

Cela n'a pas empêché une majorité des classes populaire de voter contre leur intérêt - pas par ignorance, mais par envie d'y croire, à la façon dont ils avaient soutenu Chirac en 1995. Et je prend le pari que ceux qui se plaignent de ne pas pouvoir boucler leurs fins de mois revoteront Sarkozy dans 4 ans, parce qu'on leur aura répété que l'opposition n'est pas crédible, qu'il n'y a pas d'autre solution et qu'à défaut de s'enrichir ils auront la satisfaction de voir qu'on cogne sur plus pauvres qu'eux.

Décomposition

Toutes mes félicitations à Nadine Morano, égérie malgré elle d'un sarkozysme en décomposition accélérée. En accusant le PS de se ranger "clairement du côté des assassins" et d'oublier "toutes les victimes", elle atteint un niveau de démagogie encore inédit en France. Ca fait du bien d'ailleurs, ça commençait à devenir insupportable ces questions de principe dont tout le monde se fout alors que des pédophiles vont bientôt se balader en liberté sur les routes de France !

Avec Nadine Morano, voici venu le temps de la politique-vérité, avec ce petit parfum d'Amérique qui sied si bien à Sarkozy. Puisque maintenant tous les coups sont permis, qu'on traite de "sale pauvre con" les types qui vous font la gueule et qu'on compare les SMS pipole aux campagnes antisémites d'avant-guerre, le PS n'a plus de choix : il doit répondre à la politique de civilisation, qui consiste donc à rabattre le débat au niveau des chiottes.

L'UMP s'est longtemps vantée d'avoir "ramené" les électeurs du FN sans se compromettre pour autant. Avec la chute du patron dans les sondages, on voit bien que c'est faux, et ceux qui doutaient encore que l'UMP s'est lepénisée devront bien constater que cette dérive poujado n'est certainement pas qu'une passade. On en reparlera quand le PS sera du côté des flemmards et des tricheurs, du côté des arabes et des noirs, du côté des glandeurs de la fonction publique, du côté de tous ces emmerdeurs qui empêchent la France sarkozyste d'exister tranquillement.

Cynisme et bêtise

Obscène : je ne trouve pas d’autre mot pour qualifier l’annonce faite par Sarkozy au dîner du CRIF. Désolé de rompre avec la tradition de distance ironique de ce blog, mais là je n’ai vraiment pas envie de rire. L’initiative consistant à faire « porter » aux enfants de CM2 la mémoire des enfants victimes de la Shoah résulte en effet d’un cynisme répugnant et d’une bêtise insondable, qui en dit long sur l’individu qui nous gouverne.

Le cynisme, d’abord. On a peine à formuler l’argument, tant la manipulation paraît délirante. Sarkozy a déjà instrumentalisé la mémoire de la Shoah (on se souvient de ce jour de la campagne présidentielle, où, quelques heures après le ralliement de Simone Veil, Sarkozy annonçait le ministère de l’identité nationale), mais, ici, l’équation politique est surréaliste : convoquer la Shoah comme diversion dans une campagne municipale ? Est-ce vraiment possible ? On peut en douter ; en même temps, il est tout aussi difficile de nier que l’ « impact » médiatique de cette annonce a été parfaitement calculé et qu’il répond à un contexte politique bien particulier et à la nécessité pour Sarkozy de « réhabiliter » sa propre image. Mais cette manipulation est si grossière et si dégueulasse qu’elle ne serait pas possible sans la bêtise et l’ignorance historique que révèle cette annonce.

Bêtise : on assiste encore une fois – mais ici avec une gravité particulière – au triomphe de l’ignorance satisfaite et de la politique pulsionnelle. Cette « mesure » est en effet l’opposé exact de ce que doit être une politique mémorielle raisonnée. La mémoire ne se décrète pas ; et la mémoire doit être d’abord fondée sur la raison, non sur l’émotion (faute de quoi elle se sépare de l’histoire). Imposer un poids mémoriel à des enfants afin de les « émouvoir » (c’est le terme même utilisé par Sarkozy) est totalement contre-productif pour la construction et la transmission de la mémoire historique. De ce point de vue, l’annonce de Sarkozy équivaut à embrigader et en même temps à jeter aux orties des années de travail minutieux et acharné mené par différents centres de recherche pour reconstituer minutieusement l’identité et la trajectoire des enfants victimes de la Shoah, et constituer donc de drame en objet historique susceptible de transmission. Voir cette masse considérable de recherche (que, pour des raisons personnelles, je connais très bien), transformée en gadget électoral et en tire-larmes pour le 20 heures de TF1 me donne physiquement la nausée (et je dois dire que l’approbation de Serge Klarsfeld m’apparaît parfaitement incompréhensible).

Encore une fois, ceci n’est possible que parce que le sarkozysme de gouvernement repose sur une ignorance revendiquée et ricanante, et sur la fabrication permanente d’une « émotion » suintante, qui transforme chaque discours et chaque acte en occasion d’exhibition vulgaire. Cela peut être anecdotique quant il ne s’agit que de l’exhibition du corps et des émois de l’individu Sarkozy (ou de ceux de sa « première dame »), mais devient répugnant quand cette politique dégoulinante cherche à s’approprier l’histoire.

Interruption temporaire

C'est pas tout ça mais il y a des périodes où l'on n'a pas les moyens de s'exprimer. J'ai bien quelques billets en stock mais (vraiment) pas le temps de les bosser.... Sans compter toutes ces belles occasions de billet manquées, entre l'assassinat de Martyr-non, l'explosion en vol du rapport Attali et la débandade (temporaire, hélas) de la sarkozye... Ce sera pour une prochaine fois !

N'hésitez pas à prendre la parole dans les commentaires, ça reste ouvert !

"Message à nos clients" de la Société Générale

Nous sommes gros, très gros même, et nous avons des chiffres pour le montrer. Alors ce n'est pas un "accident hors norme et tout à fait regrettable" qui va se mettre en travers de notre route. D'ailleurs, cher client, nous avons reçu "des milliers de messages de sympathie et de soutien" de gens comme toi, et comme le rappelle Conan le Barbare, ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Nous avons de l'argent en caisse et autant dire que notre envie de marger à mort sur notre marché domestique, pardon "notre détermination à tenir notre rôle dans l'économie de notre pays" est "intacte" et même plus forte que jamais vu le trou à boucher.

Alors chez client, ne te casse pas et surtout n'attends pas d'excuse. Nous avons laissé perdre 5 milliards d'euros parce qu'un mec tout seul dans son coin avait compris que notre système informatique était une bouse sans nom, mais ne te dis pas que nous allons nous remettre en cause pour autant, c'est "hors norme" donc ça suffit. Ne va pas t'imaginer que notre chef de clan démissionnera, car il est le seul à pouvoir éviter le démantèlement, c'est à dire notre remplacement aux commandes par des gens plus compétents. N'essaye pas de te moquer de ton conseiller clientèle qui te refuse 10 euros de découvert et te prends 5 boules au moindre "incident de fonctionnement" (mais ni "hors norme", ni "regrettable"), car cet argent est nécessaire pour payer notre communication arrogante dans toute la presse.

Nous sommes une bande de gros fumistes qui avons laissé perdre des milliards, mais ce n'est pas une raison pour qu'on nous raye de la carte ; l'économie de marché c'est sûrement bon pour les autres, mais pas pour notre clique de polytechniciens. Au contraire, "nous sommes prêts à relever les défis de l'avenir avec vous", car nous avons vraiment besoin de votre blé, chers clients, pour payer des avocats, des banquiers et des centaines de pages de pub afin de nous défendre avant de nous faire bouffer par la concurrence, qui risquerait de supprimer six mois plus tôt les postes que nous allions finir par dégraisser. Et de toute façon, avez vous vraiment envie de vous taper de la paperasse pour sanctionner notre incompétence ?

Imbécilité sondagière

Il n'y a pas que la bourse qui chute : il parait que "Sarko baisse". Et a peine les résultats des sondages sont connus que suivent les analyses : c'est le pouvoir d'achat, c'est son train de vie, c'est Carla Bruni... Plus drôle, les journaux font de Fillon le gagnant de la loterie sondagière, et avec toute la clairvoyance des analyses rétrospectives l'expliquent par son style tout en retenue. N'importe quoi.

On connait bien la fabrique de l'actualité : Sofres sort son sondage, et pour peu que la baisse soit sensible (allez -8 points) on considère que c'est de l'information, puis cela fait toutes les unes - quel scoop, contribuant à fabriquer le climat dépressif qui fait la joie des donneur de leçon en tout genre.

Et, contrairement aux apparences, cette baisse n'est pas une bonne nouvelle. Certes, le rideau de fumée se déchire, et ce gouvernement "réformiste" apparait pour ce qu'il est au yeux de ses électeurs naïf. Mais cette "baisse" risque surtout d'accentuer la pente populiste de ce gouvernement, qui empile les annonce délirantes ; tant pis pour ceux qui auront à souffrir des efforts de séduction renouvelés du chef, qui va évidemment miser sur la "sécurité" et les expulsions pour faire oublier son impuissance économique et ses frasques. Sans compter que, rapport Attali ou non, le peu de croissance encore prévu pourrait souffrir des lubies de Fillon, bien capable de couper dans le budget alors que la récession menace.

Enfin, pire encore, l'impopularité de l'exécutif facilite en apparence le travail du PS : puisque Sarko coule tout seul, pourquoi se fatiguer ? Pourquoi se priver d'un congrès fratricide et de toute absence de réflexion ? Pourquoi ne pas continuer dans la "politique de réaction", comme Royal qui prétend qu'il faut "rembourser" les 7 milliards de la SG aux ménages surendettés (on se pince) ?

Ceux qui voyaient dix ans de sarkozysme pendant l'été reprennent espoir avec ces sondages bidon. Erreur. Que l'opposition continue à ce rythme, et on en reparlera en 2012, quand un président impopulaire, lardé de scandales, sera tranquillement réélu.