Libération fait une erreur quand il attaque sur le "Président bling bling". Les socialos font une erreur quand ils demandent des comptes sur le voyage en Falcon Bolloré - d'ailleurs ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient, le précédent Mitterrand, qui servira encore dans 50 ans dès que la gauche hasardera la moindre critique. Ceux qui ironisent sur la grosse rolo, sur les ray bay, sur le bracelet en cuir, sur la main au panier font encore une erreur, toujours la même.

Cela devient un truisme, mais bon : parler de Sarkozy, c'est encore et toujours aider Sarkozy. Son omniprésence le sert puisqu'elle accrédite l'idée absurde que le pays ne repose que sur ses épaules. Personne ne semble à sa hauteur car personne n'a autant de temps de parole, ni la même ubiquité. Que l'on moque sa vulgarité ou qu'on loue son style décontracté revient finalement au même.

Pourtant, la tentation de tirer parti de cette vulgarité affichée n'est pas près de passer. Une analyse frustre peut faire croire que la distance entre cette simili-vie de milliardaire et le quotidien des Français devrait un jour se payer politiquement. Or, rien n'est moins sûr : les gens sont heureux de voir les sportifs et les mannequins vivre dans l'opulence, et ne voudraient surtout pas qu'ils soient "comme eux", sinon à quoi bon rêver ? Pour beaucoup, que le chef vive comme un nabab est la conséquence logique de son rang, ce qui lui permet même de représenter dignement la France. Et la proximité se joue ailleurs, dans cette langue si relâchée qu'elle permet de s'y identifier, auditeurs de France Culture mis à part.

Pire, il y a quelque chose de l'ordre de la rancœur dans les critiques de la "vulgarité", surtout quand elles viennent de la gauche cultivée. Il n'y a pas un intellectuel à moitié prolétarisé qui n'entretienne au fond de lui une envie secrète pour les signes des parvenus et le confort de leur existence, et ce d'autant plus que la société actuelle n'accorde plus le moindre crédit à la culture ou à la réflexion. Insister sur le clinquant, ce n'est pas faire preuve de bon goût, c'est tomber dans le piège tendu par les nouveaux riches. Et cette rancœur bien naturelle (je n'y échappe pas) ouvre un boulevard aux idéologues sarkozystes, comme l'odieux Greilsamer qui à force de jésuitisme autour de la notion de vulgarité finit par renvoyer dos-à-dos la Fouquet's attitude de Sarkozy et les chaussettes tombantes de Bérégovoy !

Bref, dans un monde idéal, il faudrait - tout net - arrêter de parler de Sarkozy. Parler du gouvernement, des projets, de la politique mais ne plus rien dire de sa vie privée, de son style, de ses frasques. Il n'est plus acceptable de voir des hebdos titrer, comme le Point cette semaine, sur "le style, Carla Bruni, les riches, pouvoir d'achat..." : trois entrées presque identiques, centrée sur les turpitudes de "l'acrobate" tandis que la question du pouvoir d'achat vient comme un cheveu sur la soupe, question centrale noyée sous les conneries à la Closer. Il est urgent d'oublier le bling bling et de revenir au fond.