A propos
radical chic

J'assume (par Phillipe Lançon)

Je copie ici pour mémoire un extrait d'une excellente chronique de Philippe Lançon, intitulée Ceux qui assument, inspirée par les poses obscènes de Rachida Dati dans Paris Match et parue dans le Charlie de la semaine dernière. J'y reviendrai à l'occasion car elle est riche d'enseignements.

"Assumer" est le sésame de la dénégation. Il permet d'entrer dans ses vices sans avoir besoin d'en sortir par la honte. Sa force s'appuie sur la fausse idée, très répandue chez les imbéciles, de sincérité : on est sincère quand on dit tout ce qu'on croit penser. Et, si on le dit, on feint d'être absous. En résumé, la sincérité remplace le jugement.

Ce tour de passe-passe est fréquent en amour : "je t'ai menti, mais j'assume. J'assume mon désir, mes positions, etc." Autrement dit, je suis comme ça, je n'y peux rien. Au moins ai-je l'intelligence de le savoir et le courage de te le dire. Prends-moi comme je suis." On pourrait appeler cela : la tautologie du moi. Elle ne va ni sans autosatisfaction, ni sans mensonge. Ce qu'on "assume" d'abord, c'est son mépris.

Transformer cynisme et vulgarité en acte de courage et de transgression utile, tel est l'exploit le plus ordinaire de cette merveilleuse expression. (...)

5 milliards pour la presse !

La première leçon à tirer de cette magnifique affaire Société Générale, ce n'est pas qu'il faut mieux contrôler les banques, mais plutôt qu'il faut améliorer les journaux ! Sur ce coup là, force est de constater que la presse française est assez médiocre, comme à son habitude.

Pour s'en rendre compte, il suffit de comparer les articles, une fois que le nom de Kerviel a été lancé aux chiens, entre le soi-disant quotidien de référence (le vendredi avec l'article principal, puis le portrait et le "point étranger"), ceux du New York Times (vendredi premier et second puis samedi) et surtout les papiers du Guardian (celui de vendredi, le portrait samedi et celui là dimanche). On peut aussi lire du côté de libé (le compte rendu vendredi, une sorte de contrepoint, et un pauvre édito) et du Fig. Bien sûr je ne prends que les articles publiés en papier, pas les copiés-collés de dépêches affichés sur les sites web. Et que voit-on ?

D'abord les journaux français n'ont rien compris à l'affaire d'un point de vue technique. Ils recopient bêtement le communiqué pas vraiment clair de la SG tout en le coupant assez largement, n'apportant rien de plus. Et ce n'est pas une simplification pour permettre à leurs lecteurs de comprendre le fonctionnement des produits dérivés, c'est juste qu'ils ne cherchent pas à appréhender l'enchainement des faits, se bornant à dire que Kerviel a joué d'énormes sommes sans contrepartie, pariant sur une hausse des marchés. A l'heure ou n'importe quel téléspectateur de TF1 a compris qu'il fallait sortir de la bourse en 2008, il est quand même étrange qu'un trader aille dans le sens contraire - mais on n'en saura pas plus. Seul le Guardian (dimanche) explique qu'il a sans doute joué à la hausse afin de couvrir des gains potentiels qu'il ne pouvait pas revendiquer.

De plus, les journaux français ne font intervenir que très peu d'experts extérieurs, ce qui revient à articuler l'argumentaire comme suit : "explication de Daniel Bouton" contre "certains - y compris des banquiers - trouvent ça un peu gros de charger un mec de 5 milliards". De plus, il n'est pas envisageable de mélanger les faits et l'analyse, n'est ce pas, alors l'analyse (ceux parmi les professionnels qui trouvent ça gros) est dans un encadré à part. Du coup, les deux opinions ne sont absolument pas articulées ; Bouton dit "ça ne tient pas debout" et d'autres le contraire - logique binaire qui nous amène tout naturellement à la théorie du complot, puisque l'ensemble apparait incohérent, inexplicable et que les sommes en jeu sont irréelles.

Plus encore, les journaux englués dans des faits qui les dépassent sont absolument incapables de rapporter le contexte, au contraire des anglo-saxons qui ont parfaitement flairé les effets de caste du milieu. Il semble pourtant essentiel que le personnage soit un trader issu de la fac et passé par le back office, cantonné à des opérations simples ("vanilla" comme ils disent) - autant dire une sorte de prolétaire de la banque. Si tout le monde a souligné que son salaire était faiblard au regard des standards, seuls les étrangers vont plus loin et signalent les divergences de parcours entre les stars du trading floor, X ou centraliens surdoués, et "Mr Average" comme ils l'appellent. On peut parier qu'une fois connue l'audition de Kerviel cette dimension de statut social sera déterminante.

Par contre, ce que la presse française adore, c'est de prouver que "la vie est une histoire vraie", et d'en faire un feuilleton. Le mieux pour ça, c'est de commenter les commentaires : ainsi cet article de samedi, sans le moindre intérêt, qui relate simplement comment l'histoire a embrasé les médias, avec les interrogations déontologiques de merde style "faut il publier ou non la photo de Kerviel", avant de suivre comme des moutons puisque un coupable aura lancé la première pierre.

Conclusion un peu triste : pour suivre une affaire franco-française, mieux vaut lire la presse étrangère.

Paris Match, ou la propagande par l'insignifiant

J'apprends que la célèbre signature de Match - "le poids des mots, le choc des photos" - vient d'être abandonnée. Elle avait son charme, mais même ce slogan comminatoire ne pouvait refléter l'état actuel de cet hedbo devenu torchon - s'il n'a jamais été autre chose. Ainsi l'avènement de cette baseline plus adapté, "la vie est une histoire vraie", est heureux. Il est toute l'époque en six mots, il ne veut rien dire, mais il faut s'y arrêter pour s'en rendre compte; puis il nous fait baigner une fois de plus dans le culte imbécile de "l'histoire vraie". L'histoire vraie et pathétique, celle qui produit des conversations de machine à café comme "ce film il est génial et en plus c'est une histoire vraie", c'est à dire qu'il n'est pas discutable puisqu'il se pare des atours de la vérité vraie, j'te jure.

En tout cas cela me donne un prétexte pour parler de Match, et pour cracher dessus. Autant le dire tout de suite, j'abhorre ce magazine, et je ressens un mépris infini pour tous ses lecteurs réguliers, surtout ceux qui expliquent que ça fait du bien de se détendre le week-end sans s'prendre la tête. Evidemment, je m'en tiens à une distance certaine et je ne le connais qu'assez mal, mais le peu que j'en aperçois, de loin en loin, me renforce dans ma nausée.

L'autre jour, c'est une couverture d'un numéro plus ancien, accident de salle d'attente, qui me saute à la gueule : une humoriste que je ne connais pas me présente son bébé pendant qu'on m'explique qu'elle "fait rire toute la France". C'est dans ce raccourci que toute la mécanique délétère de ce papier cul imprimé apparait ; c'est ce "toute la France", ce consensus qui ne peut pas exister, cette communauté de destin impossible soudée par la performance (a priori douteuse, mais j'en sais rien) d'une humoriste qui est détestable, plus encore qu'un "les Français veulent" lancé par n'importe quel homme politique, plus encore que les snobismes individuels comme le mien qui ne tiennent pas à être associés à l'humour de merde façon rire & chansons qui plombe l'époque. Ce n'est qu'une formule rapide ? non, c'est un embryon de propagande, c'est une sommation au consensus, c'est de la merde malsaine.

Et encore ce n'est rien, car la même réduction aux enjeux absurdes pèse bien plus lourd quand elle est directement politique. On a beaucoup glosé sur la dégradation putassière de l'image de notre chef bien aimé, on se révolte généralement contre la confusion des genres, mais on se trompe souvent d'un degré. Car Match - et ses copains de caniveau - n'est pas tant gênant quand il montre un président avec une poule de luxe, mais bien plus quand, à force d'être du côté de "l'histoire (vraie)" et de la "vie" plutôt que de l'analyse, il transforme les politiciens en héros tragi-comiques pour leur plus grand plaisir. Je me souviens encore de cette photo de Le Pen dans son paquebot (à vendre), entouré de son staff, se réjouissant de sa "victoire" de 2002, et toute l'image suggérait non le chef démagogue et raciste mais le vieux capitaine enfin victorieux après tant d'efforts, presque honorable dans sa continuité : à force d'oublier le contexte le plus évident, tout finit par se valoir pour peu qu'il y ait des personnages et de l'intrigue.

Cette dérive "narrative" est à juste titre de plus en plus souvent dénoncée ; non seulement elle fait fi de l'analyse et de l'explication, qui impliquent une distance fatigante et nous frustre de l'émotion du drame de l'actualité, mais à force de nous faire voir que par le petit bout de la lorgnette, elle finit par justifier et même produire les structures idéologiques de l'époque. Il n'y a plus de société, comme dirait Maggie, mais des destins individuels qui se battent pour parvenir, ou alors des clans dont on célèbrera toujours l'ancienneté et la tradition. Ainsi des propos généralement pathétiques de la première starlette venue, qui ne manquera jamais de nous rabâcher avec sa variation personnelle autour du "quand on veut, on peut", ainsi de Match, porte voix de l'insignifiant, réducteur de la réalité au niveau de l'anecdote prédigérée, et propagandiste de l'individualisme.

Misc.

Pas le temps de bloguer, cependant quelques notes en vrac :

Le programme de Panafieu est une stimulante rigolade, qui fait honneur à son surnom de "pintade à roulette". Bien sûr, il faut lire en creux pour en comprendre la portée : on ne touche pas aux couloirs de bus mais on supprime les "murets" - qui font tout l'intérêt desdits couloirs, tout en augmentant la fréquence des bus (facile), on construit des "logements" (mais pas sociaux) et des bureaux à foison et on distribue de l'argent pour remplacer les crèches. Quand on est parti pour perdre, pourquoi se priver ?


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Je comprends qu'Alain Badiou veuille répondre aux accusions diverses et variées, acceptables ou non, dont il fait l'objet, mais je m'étonne qu'il ouvre son papier par une citation de Mao : "Etre attaqué par l’ennemi est une bonne chose, et non une mauvaise chose". Provocation post-moderne ou fourvoiement assumé ? J'ai le souvenir d'avoir assisté une fois à l'un de ses cours à Jussieu, c'était peu compréhensible mais stimulant et irréel à la fois, autant que le concept de "pétainisme transcendantal" (cité là) pour analyser le sarkozysme.


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Je découvre avec retard cet excellent dossier autour de Julien Gracq sur Bibliobs ; en particulier une extraordinaire émission de radio (en bas de page) avec l'interview de l'auteur, des lectures d'extraits choisis de l'œuvre entrecoupés de passages de Wagner (Parsifal ?) ; de quoi découvrir l'univers onirique et les grands thèmes gracquiens, le quête du Graal, l'attente ou le guet, l'entre-deux...

Splendeur et misère du bling bling

Libération fait une erreur quand il attaque sur le "Président bling bling". Les socialos font une erreur quand ils demandent des comptes sur le voyage en Falcon Bolloré - d'ailleurs ils n'ont eu que ce qu'ils méritaient, le précédent Mitterrand, qui servira encore dans 50 ans dès que la gauche hasardera la moindre critique. Ceux qui ironisent sur la grosse rolo, sur les ray bay, sur le bracelet en cuir, sur la main au panier font encore une erreur, toujours la même.

Cela devient un truisme, mais bon : parler de Sarkozy, c'est encore et toujours aider Sarkozy. Son omniprésence le sert puisqu'elle accrédite l'idée absurde que le pays ne repose que sur ses épaules. Personne ne semble à sa hauteur car personne n'a autant de temps de parole, ni la même ubiquité. Que l'on moque sa vulgarité ou qu'on loue son style décontracté revient finalement au même.

Pourtant, la tentation de tirer parti de cette vulgarité affichée n'est pas près de passer. Une analyse frustre peut faire croire que la distance entre cette simili-vie de milliardaire et le quotidien des Français devrait un jour se payer politiquement. Or, rien n'est moins sûr : les gens sont heureux de voir les sportifs et les mannequins vivre dans l'opulence, et ne voudraient surtout pas qu'ils soient "comme eux", sinon à quoi bon rêver ? Pour beaucoup, que le chef vive comme un nabab est la conséquence logique de son rang, ce qui lui permet même de représenter dignement la France. Et la proximité se joue ailleurs, dans cette langue si relâchée qu'elle permet de s'y identifier, auditeurs de France Culture mis à part.

Pire, il y a quelque chose de l'ordre de la rancœur dans les critiques de la "vulgarité", surtout quand elles viennent de la gauche cultivée. Il n'y a pas un intellectuel à moitié prolétarisé qui n'entretienne au fond de lui une envie secrète pour les signes des parvenus et le confort de leur existence, et ce d'autant plus que la société actuelle n'accorde plus le moindre crédit à la culture ou à la réflexion. Insister sur le clinquant, ce n'est pas faire preuve de bon goût, c'est tomber dans le piège tendu par les nouveaux riches. Et cette rancœur bien naturelle (je n'y échappe pas) ouvre un boulevard aux idéologues sarkozystes, comme l'odieux Greilsamer qui à force de jésuitisme autour de la notion de vulgarité finit par renvoyer dos-à-dos la Fouquet's attitude de Sarkozy et les chaussettes tombantes de Bérégovoy !

Bref, dans un monde idéal, il faudrait - tout net - arrêter de parler de Sarkozy. Parler du gouvernement, des projets, de la politique mais ne plus rien dire de sa vie privée, de son style, de ses frasques. Il n'est plus acceptable de voir des hebdos titrer, comme le Point cette semaine, sur "le style, Carla Bruni, les riches, pouvoir d'achat..." : trois entrées presque identiques, centrée sur les turpitudes de "l'acrobate" tandis que la question du pouvoir d'achat vient comme un cheveu sur la soupe, question centrale noyée sous les conneries à la Closer. Il est urgent d'oublier le bling bling et de revenir au fond.

Ricanements civilisationnels

Pour votre édification, voici une description percutante de la « politique de civilisation » par son inventeur, l’immortel Edgar Morin :

Je pars du constat que la civilisation européenne occidentale a produit d’innombrables effets positifs - démocratie, droits de l’homme, individualisme, progrès scientifique et technique -, mais également des effets négatifs de plus en plus importants, voire prépondérants. Ainsi l’individualisme, qui donne à chacun un minimum de responsabilités, s’est accompagné du dépérissement des solidarités. Dans les grandes villes, quand quelqu’un tombe dans la rue, avant, on l’aidait ; aujourd’hui, les passants se disent que c’est aux flics ou au Samu de s’en occuper.

On mesurera l’originalité et la profondeur de cette analyse de l’évolution des sociétés contemporaines. La prochaine fois que vous voyez quelqu’un glisser sur une peau de banane, appelez Sarkozy : voilà en substance la dite « politique de civilisation ». Il est permis de ricaner, d’autant plus que voir Edgar Morin élevé au rang de penseur officiel du régime laissera rêveur qui est un minimum versé dans les sciences sociales. Le célèbre analyste de la « complexité » (tout est complexe, de l’écosystème global jusqu’à la puce de ton Ipod, ben oui coco) n’est certes pas considéré dans la profession comme un scientifique de premier plan, mais en revanche comme un très prolixe producteur de foutaise.

Mais au fond, tout cela est assez cohérent, ça fait système, comme dirait encore notre moderne Galilée. J’attends d’ailleurs avec impatience la note cosignée Eric Besson-Edgar Morin sur la France en 2050, ou encore l’analyse de la « complexité » du mécanisme de la Patek Philippe récemment offerte au président de la République. On en rêvait, ils l’ont fait.

Payback time

Voila, pendant que tout le monde se demande si le président est bling-bling, vulgaire ou pas, lui avance tranquillement dans sa politique clientéliste. "Politique de civilisation" renvoie donc, assez curieusement, au célèbre "temps de cerveau disponible", illustrant au passage le sens de l'amitié clanique comme on n'en fait plus. Mon ami Martin, mon frère, tu m'as rendu bien des services depuis 2002, yé né té pas oublié. Tu perds de l'audience, tu subis la concurrence du web, malgré les différentes mesures de soutien qu'on a pu mettre en place style Carrouf enfin à la téloche ? J'ai mieux, je te retire directement deux concurrents.

C'est assez malin, car ce cadeau - la bourse ne s'y est pas trompée - surfe habilement avec l'esprit anti-pub du jour. Et il faut dire qu'une politique de service public sans pub, cela pourrait évidemment avoir du sens. Comme Schneidermann le soulignait l'autre jour, France Inter c'est aussi l'absence de pub... et pour le coup, il aurait été entendu ! Alors, faut-il se féliciter de la disparition de la publicité sur France3 Picardie ? Hum.

Mais il n'y a pas de miracle dans le monde sarkozyste. Si l'idée de la taxe sur les revenus publicitaires est bien dans le programme du PS, celui-ci ne prévoyait pas de taxer les "autres médias électroniques", ce qui ressemble beaucoup à une taxe sur les revenus publicitaires du web et / ou sur les fournisseurs d'accès, qui se feront donc un plaisir de la repasser aux consommateurs. Et si le montant de cette double taxe n'est pas annoncé, c'est bien parce que le manque à gagner ne sera surement pas couvert : pas question de toucher trop à la marge de TF1, et pourquoi se priver d'un moyen de pression sur l'audiovisuel public, pas encore assez sarkozyste ?

Tout ça, bien entendu, noyé sous le baratin de la politique de civilisation de mes couilles ou les histoires de mariage. TF1 sauvée pour les siècles des siècles, si c'est pas de la civilisation ça ?!

Rigolade du vendredi

"Le Dakar est un symbole et rien ne peut détruire les symboles". Ben si, justement. C'est terrible de devoir en passer par le terrorisme pour nous débarrasser de cette merde, mais le coup est sans doute fatal. Tant mieux.

Liberté bafouée, j'écris ton nom

En ce moment le Monde fait de la provoc. Un petit peu avec cette chronique gentiment anti-sarko, ou beaucoup quand ils choisissent de publier une contribution pro-fumeurs délirante. Une tribune qui explique, en gros, qu'interdire la cigarette dans les cafés, c'est "refuser l'altérité", c'est nier la vocation de l'espace public comme "le lieu des convivialités, des croisements et des rencontres", c'est - on l'a compris - faire le lit du totalitarisme.

Un papier signé par une certaine Micheline Benatar, médecin (pourquoi pas après tout) qui parle "d'exclus de la place publique" et de "société totalitaire" et dont les arguments pourraient faire à eux seuls l'objet d'un cours de rhétorique tant ils puent la mauvaise foi ; en dehors de l'Etat liberticide, donc, on retrouve l'habituel appel à la discussion et à la responsabilité individuelle plutôt qu'à la répression, et la sortie sur le thème y'a pas que la clope qui tue, va-t-on interdire les rillettes Bordeau Chesnel et toutes les bonnes choses grasse et cholestéreuses ?

On pourrait répondre point par point - quand la moitié de la salle fume dans un bar, on a largement passé le cap de la tolérance et de la courtoisie - et tomber exactement dans le piège de l'article, qui veut non seulement monter en épingle une opposition absurde entre fumeurs et non fumeurs, façon Tutsi et Hutu, mais également donner une importance délirante à une pauvre mesure qui ne fait qu'inverser une situation de toute façon inconfortable ; avant les non-fumeurs devaient supporter l'odeur (au mieux) des clopes, désormais ce sont les fumeurs qui vont devoir supporter le froid ou les extracteurs. Rien de grave, en sorte.

Par contre ce qui est plus grave, c'est qu'une fois encore les mots ne veulent plus rien dire ; parler de liberté bafouée quand on doit aller sur le trottoir fumer sa cigarette me donne envie d'envoyer Mme Benatar et les autres rhéteurs du même genre en stage en Corée du Nord - d'ailleurs je suis sûr qu'ils pourront fumer dans les rades là-bas. Peut-être ne faut-il pas s'étonner qu'à force d'inventer des nouveaux mots-valise - "lieux de convivialité", un peu comme des chiottes ? - les termes plus simples comme liberté ne peuvent plus être compris ?