Paris-Dakar
Par Guillermo, le dimanche 30 décembre 2007 :: La vie moderne
Quand j'étais môme, dans les années 80, le Paris Dakar était à la fois incontournable et, me semble-t-il, regardé avec bienveillance et souvent jusqu'à la passion. A ce moment là, le "Dakar" était une sorte de Rolland Garros de l'aventure, une course attendue qui marquait la fin des fêtes, et les télés étaient pleines des images ocres de dunes et de pistes traversées par des équipages impressionnants. Tout cela a culminé au moment de l'accident d'hélico qui a coûté la vie à Balavoine, drame dont le pays (enfin, ses médias) a parlé pendant une semaine entière.
A l'époque, pas la moindre critique n'était audible. Joli temps du début, des 4x4 machines exotiques qui n'avaient pas encore envahi les rues de Paris, de l'essence pas trop chère ni la terre trop chaude, des routes des sables qui disaient la liberté ; l'Afrique alors semblait une terre hospitalière, sinon vierge, dont on aimait à apaiser les famines. Et bien sûr cette "aventure humaine" se fondait totalement dans l'insouciance eighties, entre Véronique, Davina, Montand et Bernard Tapie.
Et puis un lent déclin, d'abord lié - dans mon expérience - à l'achat des droits par la Cinq, autant dire la disparition du Dakar des écrans normaux, personne de sensé ne pouvant regarder cette chaîne grotesque. Ensuite l'époque, moins sensible au cliquant, et la naissance de la conscience écologique ont fait le reste, et le "raid" est apparu dans toute sa laideur, un gaspillage vulgaire sur fond d'enfants écrasés.
Du coup je m'étonne chaque année de voir que cette course existe encore ; à l'heure où même les fans de 4x4 humanitaire (sic) préfèrent se consacrer au trafic de faux orphelins, qui peut encore la regarder ? Quels sont les sponsors, constructeurs auto à part, qui pensent tirer bénéfice d'une telle "image" ? Cette survie incompréhensible m'inquiète, car elle prélude d'un retour de flamme, par exemple quand le prêche écolo aura fini de lasser tout le monde. A moins que le refus des organisateurs de modifier le parcours, malgré la présence de pirates benladistes en Mauritanie, vise à opérer la rédemption de la caravane civilisatrice en en faisant le martyr du terrorisme islamique ?
