Là où je vois que je suis devenu un petit bourgeois, c'est par le mépris amusé que m'inspire les protestations étudiantes du moment. Ah et peut-être ai-je vieilli, aussi. C'est terrible mais les totos énervés qui font du bourrage d'amphi comme d'autres du bourrage d'urnes et qui refusent tout autre forme de vote au nom de la "démocratie" - normal coco, l'avant-garde est plus éclairée que toi - me font exactement penser aux retraités giscardiens qui craignaient l'arrivée des chars rouges sur la place de la concorde après mai 1981.

Dans les deux cas, on est confronté aux dommages collatéraux de l'excès d'idéologie : délire risible des gens de droite qui refusaient sciemment de faire la différence entre le tranquille socialisme à la rose et le drapeau rouge des pays frères, et délire symétrique des allumés d'extrême gauche qui repètent comme une mantra "privé privé privé" à la moindre modification du statut des facs. Il est d'ailleurs ironique de constater combien le gouvernement est issu d'une génération traumatisée par ce passage à gauche...

Et en même temps, il y a une certaine lucidité dans cette obsession, car le privé est justement le problème. Que fait-on après des études de socio au Mirail si on plante les concours d'enseignement ou on ne parvient pas à devenir chercheur, choses statistiquement très probables vu la raréfaction (d'ailleurs scandaleuse) des postes en sciences humaines ? On fonde un soviet autonome, ou... on bosse dans le privé ? Or si je sais bien que la fac doit être avant tout le lieu d'une transmission gratuite et désintéressée des savoirs fondamentaux, il se trouve qu'elle est également une formation professionnelle. C'est peut-être l'horreur, c'est peut-être une concession mais c'est comme ça.

Du coup les délires de pureté idéologique anti-loi LRU me font pitié. Et d'autant plus que cette loi n'est pas une bonne loi, à l'évidence ; elle ne promet pas grand chose de plus, donne trop de pouvoir aux présidents dont on ne sait pas comment ils sont nommés ou évalués, et généralement entérine bien plus un système universitaire à deux vitesses qu'elle ne cherche à le combattre. Ce texte pue l'obsession des classements internationaux, mais fait largement l'impasse sur les grandes questions, de la signification de la connaissance à la formation professionnelle.

On se retrouve donc avec une loi de merde contestée par des jeunes stals ; dans les deux cas, ce qui fait terriblement défaut, c'est l'absence totale de perspective d'amélioration consensuelle (oui je suis très socedem ce soir) du statut universitaire, et l'impossibilité d'avancer sur les sujets qui fâchent (sélection ?).