Pouvoir d'achat : qu'ils mangent de la brioche
Par Guillermo, le jeudi 29 novembre 2007 :: La vie moderne
Sarko n'a pas encore annoncé son train de mesures que le pouvoir travaille déjà à baisser les attentes : il n'y a pas de "marges de manœuvre", pouvait-on lire dans l'organe officiel du gouvernement (le gratuit Métro) ce matin, l'article oubliant juste de préciser qui avait tiré bénéfice du fameux "paquet" TEPA. Du coup, en effet, les pistes avancées semblent bien pauvres, déblocage de la participation, gel des tarifs du gaz ou autres peccadilles qui ne vont vraiment rien changer.
Le problème, c'est que ce gouvernement ne se préoccupe absolument pas de pouvoir d'achat, mais se contente d'enterrer lentement les promesses électorales, histoire de ne pas trop en rabattre sur un thème de campagne. Je suis persuadé que le gouvernement se fout des gens normaux et des gagne-petit, car non seulement il ne comprend pas leurs préoccupations et méconnait profondément la situation salariale du pays (témoin la fois où Devedjian dit que le président est "payé comme un cadre moyen"... à 6500 net ?), mais surtout il baigne comme jamais dans le darwinisme social. Il n'y a pas que les "cadeaux aux riches" : le gouvernement soigne ses amis et méprise les travailleurs ordinaires.
En effet la gesticulation télévisuelle fait oublier que jamais le pouvoir n'a été à ce point coupé du peuple, comme l'a assez clairement montré l'incompréhension ressentie quand le chef s'est offert son augmentation à 3 chiffres. Et qu'on ne me parle pas de sondages ou de cote de popularité : la coupure est bien plus profonde qu'une adhésion superficielle style "lui au moins il bouge", et elle est aussi paradoxale, car en partie acceptée par les gens ordinaires qui ne rechignent pas à la pipolisation et autre "bling bling" sarkozien.
L'affaire des heures sup défiscalisées est à ce sujet emblématique : il s'agit de la seule mesure à destination des travailleurs, mais le choix même de ce gadget plutôt que d'un système effectivement redistributif (type prime pour l'emploi) traduit non le désir de rémunérer tout "effort supplémentaire" mais plutôt l'idée que ceux qui n'en font pas "plus" n'ont que ce qu'ils méritent. Idem du refus d'augmenter le Smic, idem des primes réservées aux fonctionnaires qui bossent. Et comme c'était encore trop pour les braves gens, le dispositif des heures sup semble presque avoir été pensé pour ne pas fonctionner, afin de ne pas coûter trop cher au fisc...
Ainsi le mélange d'incompétence économique et de bêtise idéologique de la politique sarkozienne prend tout son sens. L'idéologie du mérite ne s'embarrasse pas de subtilités, et il n'est pas difficile de comprendre que dans cette vision du monde, la richesse et la pauvreté sont des états quasi-naturels. Cela permet de résoudre les contradictions apparentes : Sarkozy veut du pouvoir d'achat, mais il fabrique de l'épargne ; il dit "je veux 3% de croissance", mais il s'arrête à des mesures de relance mal ciblées qui renforcent encore un peu les inégalités, chose qui l'arrange parfaitement au fond.
Le seul problème de Sarkozy, c'est qu'il est encore obligé de communiquer sur ce thème du pouvoir d'achat ; vivement qu'il puisse dire, une fois pour toute, que ceux qui ont du mal à boucler leurs fins de mois n'ont que ce qu'ils méritent, et il se sentira mieux.