Que je me préoccupe d'un sujet vraiment important, à savoir Sarkozy va-t-il ou non divorcer, et tout le monde m'emmerde pour que je parle de la grève ! C'est le revers du blog, quand on prétend avoir un avis sur tout, on se retrouve sommé de se prononcer. Et une fois qu'on se prononce, on se fait traiter de suppôt du patronat ou d'archéo-gauchiste défendant des dinosaures syndicaux. Sympa.

Bon, allons-y, puisqu'il le faut. Avant tout, la grève est doit être envisagée comme un vécu, puisque c'est ce sont les conséquences sur "les otages" qui servent le plus souvent à disqualifier ce mouvement. Or, spontanément, j'aime bien la grève, avant tout parce que j'ai un goût prononcé pour le désordre. La grève est un folklore, et j'ai d'ailleurs un bon souvenir de 1995, un peu comme Hugues malgré lui. J'ai même éprouvé un certain plaisir à galérer ce matin sur mon vélo pourrave et trop chargé pour rejoindre la (proche) banlieue où je bosse, et ma seule demande aux camarades cheminots serait de ne pas faire grève s'il pleut ! Approche parfaitement égoïste, j'en conviens, qui me rend insensible à la galère de "ceux qui sont en lointaine banlieue et qui peuvent pas aller bosser", mais c'est la limite du vécu.

Ensuite, cette grève est riche d'enseignements. Voir les transports s'arrêter et la ville se paralyser montre bien aux djihadistes de la bagnole qui nous gonflent avec les couloirs de bus et les places de parking bouffée par les stations vélib que leur circulation égoïste n'est possible que parce que la moitié des actifs, au moins, prennent sur eux de ne pas polluer tout seuls dans leur deux tonnes de ferraille et plastiques cancérigènes.

Enfin la contrepartie du service public, c'est justement l'astreinte, bosser le soir et le week end, faire les trois huit, qu'on le veuille ou non, et il s'est trouvé des gens pour accepter un contrat prévoyant, contre ces astreintes, une retraite anticipée. Evidemment, il y a des tonnes de salariés moins bien lotis, moins payés, sans sécurité de l'emploi et qui vont devoir bosser 41 ans pour toucher une retraite de misère. Mais il y également des types chez EADS qui vendent leurs actions (ou leurs stocks) au moment opportun et qui vont toucher, parce qu'ils ont bien su se placer, quelques centaines d'années d'équivalent-retraite d'un coup, et il y a encore beaucoup plus de richesses et de privilèges que la société considère comme acceptable, et qui pourtant ne doivent pas grand chose au "mérite" personnel de ceux qui en profitent. Où est la justice ? C'est d'ailleurs en cela que je suis d'accord avec Versac, il ne sert à rien de raisonner en termes de "privilégiés" ou de "victimes".

Donc je ne suis pas contre la remise en cause de ces régimes, mais je ne m'en réjouis pas car je ne crois pas une seconde que, dans ses modalités, cette réforme profite aux autres salariés : les compensation que l'Etat n'aura plus à verser serviront juste à exonérer d'impôts les copains du sarkozysme pour qu'ils puisse changer de bagnole plus souvent. Une vraie réforme aurait consisté à prendre en compte la pénibilité, d'une façon ou d'une autre, plutôt que de priver quelques prolos mieux lotis (et, certes, quelques cadres surpayés d'EDF) d'une retraite plus confortable que celle qu'ils pouvaient espérer en tant que classe. Si une chose est sûre, c'est que ce gouvernement ne sera jamais celui de la justice sociale.